« Elle s’est donnée la mort » : Line Renaud, 98 ans… le drame survenu sans prévenir
Le 10 septembre 2026, M Radio publie les souvenirs de Patrick Fiori sur une immense chanteuse française. Il avait 17 ans, un seul titre à son actif, et une émission animée par Léon Zitrone. Elle, c’était déjà une star confirmée. Elle l’a fait venir dans sa loge.
Et voilà qu’en quelques heures, une autre histoire remonte à la surface. Plus ancienne. Beaucoup plus glaçante. Elle ne vient pas d’un chanteur de 17 ans, mais d’une femme de 98 ans qui a tout vu, tout entendu, et qui a fini par tout écrire.
Line Renaud. Dans Merci la vie, son livre publié début 2024 chez Robert Laffont, elle raconte une journée d’une banalité absolue. Un spa. Deux amies. Une fiche de renseignements qu’on leur tend, comme à tout le monde. Et une case à remplir.
Une simple case. Son amie a refusé de la remplir, et s’est étonnée que Line, elle, l’accepte. Sur le moment, c’était presque drôle. Quelques années plus tard, cette petite scène est devenue insoutenable. Vous allez comprendre pourquoi.
La gamine qui chantait debout sur un tonneau
Pour saisir le poids de cette confidence, il faut savoir qui la raconte. Jacqueline Simone Alberte Ente naît le 2 juillet 1928 à Nieppe, dans le Nord, quartier de Pont-de-Nieppe. En juillet 2026, elle a soufflé ses 98 bougies.
Elle dit avoir commencé à douze ans. Pas sur une scène : sur un tonneau, dans le café tenu par sa grand-mère, à chanter La Madelon devant des habitués. Son père, lui, est prisonnier. Cette absence-là, elle ne l’a jamais oubliée.
À 14 ans, elle rate son certificat d’études primaires. Un échec scolaire net, sans appel. Mais elle se présente au concours d’entrée du conservatoire de Lille, et le soir même de son audition, le directeur de Radio-Lille lui propose d’intégrer son orchestre.
Elle y chante sous un premier pseudonyme, Jacqueline Ray. En 1945, elle monte à Paris et décroche son premier engagement aux Folies-Belleville. C’est là, par l’intermédiaire de Josette Daydé, qu’elle croise un compositeur de vingt ans son aîné : Loulou Gasté.

C’est lui qui exige un nom de scène. Elle prend celui de sa grand-mère Marguerite Renard, et change une lettre. Renard devient Renaud. Une lettre déplacée, et une carrière de plus de quatre-vingts ans qui commence.
Le Tour de France, une cabane au Canada et un mariage de toute une vie

Au début, le public ne suit pas. Alors elle fait ce que personne ne veut faire : elle monte dans la caravane du Tour de France, celle qui précède les coureurs, dès la première édition d’après-guerre et jusqu’en 1950.
À chaque étape, elle chante. Devant des villages entiers, sur des estrades de fortune, au bord des routes. C’est ça, sa vraie école. Et c’est comme ça qu’elle devient célèbre dans tout le pays, kilomètre après kilomètre.
En 1947, elle enregistre Ma cabane au Canada. Le titre décroche le Grand Prix du disque en 1949. Deux ans plus tard, Étoile des neiges s’installe dans le patrimoine collectif — jusqu’à être parodiée bien plus tard dans Les Bronzés font du ski.
Le 18 décembre 1950, elle épouse Loulou Gasté. Ils resteront mariés jusqu’à la mort du compositeur, en 1995. Le couple n’aura jamais d’enfant. En 2023, elle déclare que cela reste son plus grand regret.
Un regret formulé à 95 ans, sans détour. Voilà le tempérament de la dame : elle ne maquille rien, ni ses échecs scolaires, ni ses manques. Ce détail-là va prendre toute son importance dans quelques paragraphes.
La rivale qui a tenté de la faire taire

1954. Line Renaud chante au Moulin-Rouge et fait salle comble. Elle enchaîne les 78 tours, sort son premier 33 tours de chansons originales, Je veux. Tout lui réussit. Trop, apparemment, pour une autre artiste de la même maison de disques.
Cette autre artiste, c’est Édith Piaf. Selon Line Renaud, Piaf fait alors pression sur le directeur pour que la jeune vedette cesse d’enregistrer. Rien à voir avec la concurrence artistique : les deux femmes ne chantent même pas dans le même registre.
C’est en 2021, au micro de France Inter, que Line Renaud raconte l’épisode. Piaf, dit-elle, avait « une revanche à prendre sur la vie [et elle] détestait les femmes plus jeunes et plus belles ».
Toujours selon elle, cette jalousie aurait été amplifiée par le fait que Piaf n’avait plus connu de succès musical depuis un certain temps. Traduction : dans ce métier, le temps qui passe transforme parfois les consœurs en adversaires.
Gardez cette idée en tête. L’âge, la peur de vieillir, la terreur de n’être plus la plus jeune dans la pièce : c’est le fil rouge de toute cette histoire. Et il mène droit à une autre femme.
Elvis dans sa loge, Sinatra à sa table
Repérée au Moulin-Rouge, Line Renaud se voit proposer un contrat par Bob Hope. Direction les États-Unis. Sa première américaine a lieu le 1er février 1955 à l’Empire Room, le cabaret du Waldorf Astoria à New York.
Elle devient la première Française à apparaître dans un show de la télévision américaine déjà en couleur. Elle chante Relaxez-vous et Two Sleepy People en duo avec Dean Martin. À Paris, on la croit chanteuse populaire ; à New York, elle est une attraction.

Janvier 1960. À l’issue d’une représentation au Casino de Paris, un garçon de Memphis débarque dans sa loge et lui offre un concert privé. Elvis Presley, rien que pour elle, entre deux portants de costumes.
Quelques mois plus tard, en avril 1960, elle est la marraine d’un jeune homme dans L’École des vedettes d’Aimée Mortimer. Le jeune homme s’appelle Johnny Hallyday. Elle ne le lâchera plus jamais.
De 1963 à 1966, elle est engagée au Dunes, à Las Vegas. Sa vie devient un carnet d’adresses hallucinant : Frank Sinatra, Marlon Brando, Paul Anka, Elizabeth Taylor. En 1965, elle rencontre Nate Jacobson, patron du Caesars Palace, qui sera son amant pendant dix-huit ans.
En octobre 2017, à 89 ans, elle inaugure une rue à son nom à Las Vegas, non loin de celles qui portent les noms de Sinatra et de Dean Martin. Ses amis, littéralement, au coin de la rue.
Puis, une à une, les chaises se sont vidées
Le revers d’une vie aussi longue, c’est celui-là : on enterre tout le monde. Début 1995, Loulou Gasté meurt. Elle lui consacrera un livre entier en 2002, Loulou, envoie-moi un arc-en-ciel, chez Anne Carrière.
En 1996, elle publie Maman, aux Éditions du Rocher. Écrire pour ne pas laisser partir. C’est devenu sa méthode : quand quelqu’un s’en va, Line Renaud prend un stylo.
En septembre 2020, la mort de Juliette Gréco fait d’elle l’artiste la plus âgée de la scène musicale française. Un titre dont personne ne veut. Suivront Marcel Amont, mort en 2023, puis Hugues Aufray.

Elle, pendant ce temps, continue de tourner. Depuis 1991, sans interruption, elle apparaît au moins une fois par an dans un téléfilm français. En 2008, à 80 ans, elle est à l’affiche de Bienvenue chez les Ch’tis et de ses plus de 20 millions d’entrées.
Le 12 mai 2025, elle fait don à l’État français de l’ensemble de ses archives personnelles, et de celles de son époux. Le fonds part aux Archives nationales. Une manière de ranger sa vie avant de partir.
La femme qui veut choisir sa sortie
Il y a un combat dont on parle moins que du Sidaction, et qui éclaire tout le reste. Line Renaud est engagée auprès de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, dont elle est membre du comité décisionnaire.
En 2017, elle est marraine de l’ADMD Tour. En 2023, elle préface Le serment de Berne : de la mort solitaire à la mort solidaire, de Jean-Luc Romero-Michel, publié à L’Archipel. Le titre, à lui seul, dit tout de ce qu’elle défend.
Cette femme-là ne détourne pas le regard devant la mort. Elle la regarde, elle en parle, elle milite pour qu’on puisse en discuter. Ce n’est pas un détail quand on sait quelle amie elle a perdue.
Son autre grand combat, elle l’a payé cher. Dès 1985, elle aide à l’importation du Sidaction, aux côtés d’Elizabeth Taylor et de Pierre Bergé. Un gala de charité, au départ. Et une avalanche de lettres d’insultes en retour.
Des lettres d’insultes, en 1985, pour avoir osé parler du sida. Elle devient malgré tout vice-présidente de l’association l’année suivante. En 2024, elle préside la soirée du Sidaction pour la trentième année consécutive.

Le livre où elle ouvre enfin tous les tiroirs
Début 2024, Line Renaud publie donc Merci la vie, écrit avec David Lelait-Helo chez Robert Laffont. C’est son vingtième ouvrage environ, et le ton n’est plus le même : on y sent une femme qui solde ses comptes avec le temps.
Elle y parle des rencontres, des amitiés, des instants qui ont compté. Elvis, Alain Delon, Frank Sinatra : la galerie est vertigineuse. Mais ce n’est pas une star américaine qui donne au livre son passage le plus lourd.
Sur son propre rapport à l’âge, elle est d’une franchise désarmante. Dans le livre, cité par Parlons Basket, elle écrit : « Si mon âge n’est pas un problème, c’est sans doute que je ne l’ai jamais caché et que je n’ai pas triché. »
Et elle ajoute, pas peu fière : « Il paraît que je suis la grand-mère qu’on aimerait avoir, et voici qu’on me place en tête du classement des séniors préférés des Français ! » Voilà pour elle.
Mais si elle insiste autant sur ce point, ce n’est pas par coquetterie inversée. C’est parce qu’elle a vu, de très près, ce que l’angoisse du temps qui passe peut faire à une femme. Une femme qu’elle aimait énormément.
L’amie qui ne remplissait jamais la case
Revenons à ce spa. Deux femmes, une après-midi, un moment de détente comme des milliers d’autres. On leur tend une fiche de renseignements à remplir. Nom, coordonnées, la routine administrative la plus banale du monde.

Line remplit tout, sans réfléchir. Son amie, elle, s’arrête net. Ce qui la sidère, ce n’est pas la question posée. C’est que sa copine accepte d’y répondre.
« Je me souviens de mon amie… À 50 ans, elle était encore très belle mais son âge la hantait », écrit Line Renaud dans Merci la vie. Le mot est choisi : hantée. Pas gênée, pas agacée. Hantée.
Et la suite de la phrase, telle qu’elle la raconte : « Un jour que nous étions allées ensemble dans un Spa, on nous avait tendu une fiche de renseignements à remplir, elle s’était étonnée que j’accepte d’y indiquer mon âge. »
Deux amies, deux mondes. L’une inscrit son année de naissance sans y penser une seconde. L’autre considère cette ligne comme un aveu, presque comme une trahison de soi.
Sur le moment, Line Renaud n’en fait pas une affaire. C’est plus tard, beaucoup plus tard, qu’elle comprend ce qu’elle avait sous les yeux ce jour-là. Et ce qu’elle n’a pas vu.
Les après-midi entre filles, à flâner dans Paris
Parce que ces deux-là ne se connaissaient pas depuis la veille. Selon Chartsinfrance, rien ne les prédestinait à se rencontrer, et pourtant elles se croisent sur un plateau de télévision un jour de 1959.
Line Renaud connaît déjà les plateaux : sa toute première apparition à la télévision française remonte au 4 février 1957, dans l’émission 36 chandelles, à 28 ans. L’autre, elle, est en train de devenir une vedette planétaire.

De cette rencontre naît une amitié de femmes, loin des projecteurs. Line Renaud l’a racontée elle-même sur son compte X, le 3 mai 2022 : « Nous en avons passé des après-midi entre filles à nous raconter nos vies en flânant dans Paris. »
Et il y avait une phrase, toujours la même, que son amie lui répétait. Trois mots, comme une commande passée à une copine : « Fais-moi rire ! » Ce n’est pas anodin, de réclamer le rire comme un médicament.
Dans le même message, Line Renaud rappelle autre chose : « Elle fut également une des premières à s’engager à mes côtés dans la lutte contre le sida. » En 1985, les deux femmes organisent ensemble un gala pour la recherche.
Autour d’elles ce soir-là, d’autres noms se joignent au combat, dont Thierry Le Luron et Nana Mouskouri. Deux artistes qui montent au front quand la maladie touche leur entourage. Un détail qui vous serrera la gorge dans quelques minutes.
Le même réflexe, dans une salle de gym
La scène du spa n’était pas un accident. Line Renaud avait déjà raconté, au micro de RTL, un épisode jumeau — dans une tout autre ambiance, et avec exactement le même geste.
Cette fois, il ne s’agissait pas de détente en peignoir, mais de sport. Les deux amies partageaient des séances de gymnastique et, d’après le récit relayé par Amomama, des fous rires en pagaille.
Et à chaque inscription, le même petit rituel silencieux. « Quand on remplissait les papiers pour la gymnastique, elle sautait la ligne de l’âge », se souvient Line Renaud dans cet entretien.

Elle sautait la ligne. Pas une fois : à chaque fois. Une femme adulée, applaudie dans le monde entier, qui refusait d’écrire un nombre sur un formulaire de club de sport.
Selon ce même récit, même dans ses jeunes années, cette femme n’avait jamais envie de parler de son âge. La peur n’est donc pas arrivée avec les rides. Elle était là avant.
Derrière les paillettes, quelqu’un qui s’éteignait doucement
Ce que le public voyait ? Des robes, des ovations, des tubes dans une dizaine de langues, une silhouette impeccable. Ce que Line Renaud voyait, elle, c’était une autre femme.
Une femme rongée par le temps qui passe, mais aussi par une série d’épreuves personnelles dont le grand public ne mesurait pas l’ampleur. Des deuils, des ruptures, des drames en cascade.
Et surtout, cette solitude particulière des artistes de scène. Le contraste absolu entre les 3 000 personnes qui hurlent votre nom à 22 heures et l’appartement vide à 1 heure du matin.
Selon le récit rapporté par Amomama, Line Renaud estime que son amie avait des tendances suicidaires — tout en gardant d’elle le souvenir d’une âme pure et d’un grand cœur, jusqu’au bout.
Une amie qui réclame qu’on la fasse rire. Une amie qui saute la case de l’âge. Une amie qui s’engage en 1985 pour les malades du sida alors que d’autres fuient le sujet. Le portrait se précise.

Il manque encore une pièce. Une pièce que Patrick Fiori, sans le vouloir, vient de remettre sur la table en septembre 2026.
Ce que Patrick Fiori a vu dans cette loge
Rembobinons. Patrick Fiori n’a alors que 17 ans et un seul morceau derrière lui. Personne, dans sa famille, ne fait partie du milieu artistique. Il participe à une émission animée par Léon Zitrone, et la star du plateau le remarque.
Elle l’invite dans sa loge. Lui s’assoit, intimidé. Et elle lui dit, telle qu’il l’a raconté : « Elle me regarde avec une grande tendresse, elle me dit : « Venez vous asseoir. » »
Puis vient la phrase qui l’a suivi toute sa vie : « J’espère que vous rencontrerez des artistes qui feront des chansons à la hauteur de votre voix et de votre gentillesse, et ça ne va pas tarder. »
Quelque temps plus tard, Fiori participe à l’Eurovision avec Mama Corsica, sort son premier album, puis intègre la troupe de Notre-Dame de Paris. La prédiction de loge s’est réalisée, à la lettre.
Une femme qui prend le temps d’encourager un gamin inconnu, alors qu’elle-même est déjà une légende. La même qui sautait la ligne de l’âge sur les papiers de gym. La même qui répétait « Fais-moi rire ! ».
Chaque 3 mai, Line Renaud écrit à quelqu’un qui ne répond plus

Il y a une date que Line Renaud ne laisse jamais passer. Le 3 mai. Le 3 mai 2022, pour les 35 ans de la disparition de son amie, elle publie une longue lettre en rimes sur ses réseaux.
Elle s’y adresse directement à elle, comme au téléphone. Et elle vise juste sur ce que les projecteurs cachent : « Les plumes, les paillettes, les chansons, les bravos, ça sert à consoler quand on a le cœur gros. »
Puis viennent les questions, celles auxquelles personne n’a jamais répondu : « Mais qui séchait tes larmes après ton tour de chant, après les ovations, les applaudissements ? Le spectacle fini, qui t’écoutait vraiment ? »
Et cette ligne qui résume une vie entière : « Ton désespoir à toi n’était pas d’ornements. Qui pouvait apaiser ta douleur infinie ? » Trente-cinq ans après, Line Renaud cherchait encore.
Elle lui donne même des nouvelles du monde : « Mon Loulou est parti et Maman après lui, mais je vis avec eux chaque jour de ma vie. » Une femme de 93 ans qui fait le point avec ses fantômes.
Et elle conclut, imparable : « On aura beau partir, que veux-tu, c’est comme ça, on aura beau mourir, on ne disparaît pas. » Alors, cette amie qui refusait d’écrire son âge, c’était qui ?
Cette amie du spa, c’était elle
Cette amie, c’était Dalida. Iolanda Cristina Gigliotti, née le 17 janvier 1933 au Caire, star absolue de la chanson française et internationale, plus de sept cents chansons interprétées en plusieurs langues.

Et voici la phrase du livre, celle qui transforme l’anecdote du spa en gouffre. Dans Merci la vie, juste après avoir raconté la fiche de renseignements, Line Renaud écrit : « Et quelques années plus tard, elle se donnait la mort. »
Elle poursuit : « Le temps qui passe n’était sans doute pas étranger à sa souffrance. » Pas une accusation, pas une explication définitive. Une hypothèse murmurée par celle qui était là, dans la cabine, ce jour-là.
Dalida est morte le 3 mai 1987, à 54 ans. Dans la nuit du 2 au 3 mai, restée seule dans sa maison du 11 bis, rue d’Orchampt à Montmartre, elle absorbe une surdose de barbituriques avec du whisky. Son habilleuse découvre son corps en fin d’après-midi.
Elle laisse un mot, sans doute destiné à son public, et il tient en six mots : « La vie m’est insupportable. Pardonnez-moi. » Le 4 mai, Le Républicain lorrain titre en une « Ciao ciao Dalida ».
Alors relisez la scène du spa. Une femme de 50 ans, « encore très belle », qui n’arrive pas à écrire son âge sur un bout de papier. Et une amie qui, quarante ans plus tard, n’a toujours pas digéré.
Les hommes de sa vie sont tous partis avant elle
Parce que le temps qui passe n’était évidemment pas le seul poids. Le 26 janvier 1967, au festival de Sanremo, son compagnon Luigi Tenco se suicide dans sa chambre d’hôtel après l’élimination de leur chanson. C’est elle qui découvre son corps.
Un mois plus tard, le 26 février 1967, elle tente elle-même de mettre fin à ses jours à l’hôtel Prince de Galles. Elle reste plusieurs jours dans le coma, puis passe des mois à l’hôpital en convalescence.
Le 11 septembre 1970, Lucien Morisse, l’homme qui avait lancé sa carrière et qu’elle avait épousé en 1961, se suicide d’une balle dans la tempe. En 1983, c’est Richard Chanfray, son compagnon pendant neuf ans, qui se donne la mort.
Trois hommes. Trois suicides. Dalida déclarera « porte[r] malheur aux hommes qu'[elle] aime ». Difficile de faire plus lourd à porter, entre deux tours de chant.
Et en 1983, justement, elle enregistre Les P’tits Mots, un album à trois chansons autobiographiques. Dans Bravo, elle s’imagine en l’an 2000, oubliée du public, face au miroir d’une Dalida vieillissante.
Dans Mourir sur scène, elle s’adresse frontalement à la mort et chante : « Moi qui ai tout choisi dans ma vie / Je veux choisir ma mort aussi. » Quatre ans avant la rue d’Orchampt.
Ses funérailles se tiennent le 7 mai 1987, par dérogation, en l’église de la Madeleine — celle de Montmartre était trop petite. Quelque 40 000 personnes y assistent. Elle repose au cimetière de Montmartre, sous une statue d’Aslan.
Quant à Line Renaud, elle n’a jamais lâché sa « Dali ». En 2022, elle a signé la préface de Dalida, le mal d’aimer, de David Lelait-Helo — le même auteur avec qui elle écrira Merci la vie deux ans plus tard. Comme si, à 98 ans, il lui restait encore une case à remplir.