Lio en couple à 17 ans avec Alain Chamfort, 30 ans : la chanteuse évoque une relation toxique qui a failli briser sa vie : « J’étais une enfant, sa femme était enceinte »
Dimanche 1er novembre 2026, une icône des années 80 se livre au Monde et ouvre un tiroir qu’on croyait refermé depuis quarante ans. Lio, 64 ans, la gamine pétillante du Banana Split, parle de ses hommes, de ses six enfants, de ses fins de mois difficiles et de son deuil. Et puis, au détour d’une question, elle parle de lui.
Lui, c’est un chanteur qui était déjà une vedette quand elle n’était qu’une adolescente, avec treize ans de plus qu’elle. Marié, père de famille. Et, détail qui fait froid dans le dos, sa femme attendait un heureux événement au moment précis où il a commencé à la courtiser.
En quelques heures, la confidence fait le tour des rédactions, de la RTBF à Paris Match Belgique en passant par Purepeople et Voici. Car ce qu’elle décrit n’a plus rien d’une jolie romance de studio. Elle parle d’une histoire qui l’a « abîmée », et de sa santé mentale.
Vous pensez connaître la vie sentimentale de Lio ? Attendez. Derrière les refrains acidulés, il y a cinq années qui ont failli tout lui coûter, une nuit d’hôtel à Los Angeles avec une légende de la chanson, des rôles de cinéma sacrifiés et une rupture que lui-même qualifiera de « très violente ». Et au bout, un nom que toute la France connaît.
Une gamine de Charleroi propulsée dans la lumière
Pour comprendre la violence de ce qui va suivre, il faut revenir au point de départ. Vanda Maria Ribeiro Furtado Tavares de Vasconcelos naît le 17 juin 1962 à Mangualde, un village du nord du Portugal. C’est son propre grand-père, médecin, qui l’aide à venir au monde.
En 1968, sa mère quitte le Portugal avec son compagnon et la petite fille, direction la France. Sauf que Mai 68 met Paris sens dessus dessous, et la famille bifurque vers Charleroi, en Belgique. La mère fait des ménages, puis décroche un poste dans une médiathèque. Ce détail-là, retenez-le : c’est là que tout commence.
Car c’est dans cette médiathèque que la fillette croise un certain Jacques Duvall, de son vrai nom Éric Verwilghen. Il deviendra quelques années plus tard son producteur. Sous son influence, elle s’initie à la pop, au rock, au punk, à Gainsbourg, Iggy Pop et David Bowie.
La gamine est tout sauf sage. Enfant, elle dévore Marx, Trotsky, Engels ou Bakounine, et des livres plutôt réservés aux adultes. Sur les murs de sa chambre, pas de posters d’idoles de variétés : les photos d’Andreas Baader, Gudrun Ensslin et Ulrike Meinhof. Une adolescente qui se croit armée contre le monde des adultes.
Le hasard fait bien les choses, ou pas. Interrogé par Vice, Duvall a raconté que la personne venue le chercher au terme de son stage de préparation dans l’institution n’était autre que le beau-père de la future Lio. Sa mère travaillait dans un autre département du même établissement.
« J’ai toujours été adulte », disait-elle à 17 ans

À partir de 1976, Duvall devient son amant : elle a 14 ans, lui dix de plus. En 1978, c’est son frère, Claude Verwilghen, lui aussi auteur-compositeur, qui noue une relation amoureuse avec elle. Relisez ces lignes avec les yeux de 2026 : le décor de toute la suite est planté.
En 1979, étudiante à Bruxelles, Vanda devient Lio, un nom emprunté à un personnage de la bande dessinée Barbarella, une petite fille brune qui emporte partout les images nécessaires à sa survie. Son premier titre, Le Banana Split, s’écoulera à plus de deux millions d’exemplaires. Une comptine en apparence, avec des paroles à double sens érotique dans la bouche d’une nymphette.
Ce tube a pourtant bien failli ne jamais exister. Selon le site Histoire des chansons, la maison de disques Ariola réclame un artiste belge avant la fin de 1979 pour des raisons fiscales. La chanson aurait d’abord été proposée à Marie Trintignant, qui l’a refusée, et le compositeur Jay Alanski en aurait trouvé la musique en cinq minutes.
Pour signer, la jeune fille a besoin de l’autorisation de sa mère et de son beau-père, qui la donnent. Le 45 tours démarre en Belgique, puis déferle sur la France au début de 1980. En mai, Lio trône en tête des ventes de 45 tours pendant quatre semaines. Une gamine vient de conquérir le pays.
À l’époque, elle se décrit comme une jeune fille bien plus mûre que son âge. Elle raconte avoir lu Marx et Lénine à onze ans, et lâche, selon les propos repris par Pop Music Deluxe : « J’ai l’impression que j’ai toujours été adulte. » Gardez cette phrase en tête : quarante-six ans plus tard, elle dira exactement l’inverse.
L’étiquette de « lolita » lui colle aussitôt à la peau. Selon la RTBF, Banana Split est d’ailleurs un titre qu’elle ne comprend toujours pas dans sa totalité. Elle a 17 ans, des tubes plein les charts, et c’est précisément à ce moment-là qu’un homme bien plus âgé, déjà installé au sommet, entre dans sa vie.
Le producteur, l’homme marié et la phrase qui glace
Ce qu’elle raconte au Monde tient en une phrase, mais elle pèse une tonne : « Il était beaucoup plus âgé que moi et sa femme était enceinte quand il a commencé à me draguer. » Pas de cri, pas d’insulte. Juste les faits, posés froidement, avec la distance de quelqu’un qui a eu quarante ans pour y réfléchir.
Lui a 30 ans. Ce n’est pas un inconnu croisé dans un bar : c’est un chanteur qui enchaîne les succès depuis le début des années 70. Il va aussi devenir son producteur. Autrement dit, l’homme qui l’aime est aussi celui qui tient une partie de sa carrière entre ses mains.
Et à la maison ? Une compagne, mère d’une petite fille de 3 ans, et des jumeaux en route. Le principal intéressé ne l’a jamais nié. En 2018, dans Voici, il le reconnaissait lui-même : « je vivais à l’époque avec la maman de ma fille de 3 ans, qui était enceinte de jumeaux ».
La suite de sa confession, reprise par Purepeople, est encore plus troublante. Selon lui, « c’était irrésistible d’aller vers elle, mais avec une chape de culpabilité du même poids que mon envie ». Irrésistible : le mot est lâché, et il ne vient pas de Lio.
Deux récits, donc, pour une même histoire. D’un côté, un homme qui parle d’élan irrépressible et de culpabilité. De l’autre, une femme qui, quarante ans plus tard, se revoit adolescente face à un adulte installé. Le même amour, vu de deux rives qui ne se rejoignent plus.
Paris Match Belgique le souligne sans détour : aujourd’hui, une telle relation, médiatisée qui plus est, ferait sans doute bien plus parler qu’à l’époque. Relue avec les yeux d’aujourd’hui, l’équation a de quoi faire tiquer : une chanteuse de 17 ans, un homme marié de 30 ans.
Le site Radio Paname met le doigt sur le vrai malaise : l’écart d’âge ne dit pas tout. Il s’ajoute à une asymétrie de statut et d’expérience, dans un métier où la très jeune artiste dépend de son producteur. Et ce qui va se passer à Los Angeles en dit long sur le monde dans lequel elle évolue.
Los Angeles : la nuit où une légende a franchi la ligne
L’histoire d’amour n’a que quelques semaines, selon Purepeople, quand le chanteur embarque sa jeune conquête de l’autre côté de l’Atlantique. Direction Los Angeles, pour travailler sur un album. Pour en écrire les textes, il compte sur un parolier pas comme les autres : Serge Gainsbourg en personne.
Des années plus tard, dans Le Point, il a raconté la scène sans prendre de gants. Lio, selon lui, était très séduite par Gainsbourg et son charisme. Un soir, à l’hôtel, ils sont tous les trois. Gainsbourg commence à s’approcher d’elle en lui expliquant comment on embrasse au cinéma.
Et lui, l’amoureux, que fait-il ? Sa réponse, relayée par Purepeople, laisse sans voix : « Moi je n’étais pas contre faire un plan à trois. » Il explique qu’il ne la connaissait pas encore assez pour savoir où étaient les limites de leur relation. Alors il n’est pas intervenu.
C’est elle qui règle le problème, seule. D’après son récit, elle n’était pas du tout d’accord et a hurlé sur Gainsbourg. Une adolescente qui doit se défendre seule pendant que son compagnon regarde : l’image, relue aujourd’hui, a de quoi glacer.
Dans son autobiographie Pop Model, parue en 2004, Lio décrit d’ailleurs de façon très explicite un épisode de « baiser japonais » évoqué par Gainsbourg. Le genre de souvenir qu’on ne raconte pas à la légère, et qui dit tout de l’ambiance de l’époque autour d’une très jeune chanteuse.
Los Angeles a laissé d’autres traces. Bambou, la compagne de Gainsbourg, a raconté dans son autobiographie Pas à pas dans la nuit un séjour sur place avec le couple. Elle y décrit une jeune chanteuse qui, écrit-elle, « semble me détester au premier regard. Elle me fait comprendre ma place ».
Selon le récit de Bambou relayé par Purepeople, le chanteur ne voulait pas qu’elle mette les pieds au studio, jusqu’à ce que Gainsbourg découvre que Lio, elle, y avait accès. Furieux, il aurait quitté l’hôtel avec sa compagne. Une ambiance électrique, où les egos se percutent pendant que la plus jeune de la bande tente de trouver sa place.
Lio, elle, ne reste pas les bras croisés. D’après le site Pop Music Deluxe, après la défection de Gainsbourg sur l’un des titres, c’est elle qui propose son parolier fétiche, Jacques Duvall, pour écrire à sa place. L’homme de la médiathèque de Charleroi entre ainsi dans l’univers de son amoureux.
Trois semaines avec un autre
L’histoire n’a rien d’un long fleuve tranquille. En 1981, le couple connaît une parenthèse : pendant trois semaines, Lio vit une aventure avec Julien Clerc. Ils se sont rencontrés sur le tournage d’un Numéro un consacré au chanteur, diffusé le 18 avril 1981.
Le timing est troublant. Julien Clerc traverse alors sa séparation d’avec Miou-Miou ; il a 34 ans, Lio en a 18. Encore un homme plus âgé, encore une star installée : le schéma se répète. Comme si, depuis la médiathèque de Charleroi, sa vie amoureuse ne s’écrivait qu’avec des hommes qui avaient toujours une longueur d’avance.
Car pendant ce temps, Lio est devenue une star européenne. À l’automne 1980, Amoureux solitaires grimpe à la première place en France et en Italie, à la deuxième en Espagne, et cartonne jusqu’aux Pays-Bas et en Autriche. Le monde entier lui tend les bras. Retenez bien ce détail, il va prendre un tout autre sens.
La passade ne dure pas. Lio revient vers son amoureux, et la liaison reprend pour s’étirer jusqu’au milieu des années 1980. Cinq ans au total, selon ses propres mots. Trois semaines d’escapade contre cinq années de liaison : l’aimant reste plus fort que tout.
Cinq ans pendant lesquels sa carrière, à l’inverse de celle de son compagnon, va connaître un drôle de trou d’air. Car elle commence à dire non, notamment aux tournées à l’étranger. Pourquoi une jeune star au sommet ferait-elle ce choix ?
La réponse, elle ne la donnera que quarante ans plus tard. Avant d’y venir, il faut entrer dans le studio. C’est là, entre deux consoles de mixage, que l’amour et le travail vont se mélanger au point de ne plus pouvoir être démêlés.
En studio, l’amoureux tient les manettes

Pour son deuxième album, Amour toujours, Lio veut que la production soit confiée à son compagnon. Le disque est enregistré à Londres à l’été 1983. Selon Pop Music Deluxe, il contient trois compositions de son amoureux, dont La Reine des pommes.
Le virage est assumé : Lio choisit des titres plus mélancoliques. Le public, lui, ne suit pas. Malgré les singles et une grosse promotion télé, l’album ne retrouve pas le succès du premier. La lolita pop a voulu grandir, et le public ne le lui a pas pardonné tout de suite.
Le duo continue pourtant de fonctionner sur le plan artistique. Dans la foulée, c’est encore lui qui compose et réalise Tétèoù ?, le duo de Lio avec Jacky, qui entre au Top 50. Vu de l’extérieur, tout roule pour ce couple de la pop.
D’autres hommes de la pop gravitent autour d’elle. En 1984, Étienne Daho l’invite à poser sa voix sur Week-end à Rome et à tourner dans le clip. En retour, il lui écrit Cache-cache dans l’espace, publié en face B de Tétèoù ?. Sur le papier, tout le métier se l’arrache.
Le tableau a tout d’une success story : une chanteuse adulée, un compagnon producteur, des artistes qui se bousculent pour travailler avec elle. Mais derrière la vitrine, quelque chose est en train de se refermer. Et c’est le cinéma qui va en payer le prix.
Le film culte qu’elle a laissé filer par amour
Dans la vraie vie, Lio passe à côté de deux occasions en or. Elle refuse L’Été meurtrier de Jean Becker, sorti en 1983. Puis Mauvais sang de Leos Carax, en 1986.
Elle l’avait déjà avoué fin août 2026 à Télé-Loisirs, sans détour : « J’ai refusé L’Été meurtrier par amour. » Selon Femme Actuelle, qui relaie l’entretien, c’est elle qui avait été sollicitée à la place d’Isabelle Adjani. Le film de Jean Becker raflera finalement quatre César en 1984.
Imaginez un instant la carrière qui aurait pu s’ouvrir. Lio en tire aujourd’hui une boutade amère : « Si l’on veut compter le nombre de mes erreurs, je pense que c’est vraiment là que je suis millionnaire. » Le rire cache mal le vertige.
Regardez bien les dates : 1983, puis 1986. Les deux refus tombent en plein cœur de la liaison, à trois ans d’écart. Ce n’est pas un coup de tête isolé, c’est une ligne de conduite qui s’installe dans la durée, film après film, tournée après tournée.
Deux rôles qui auraient pu changer sa trajectoire d’actrice. Pourquoi les refuser ? Au Monde, elle répond avec une simplicité désarmante : par amour, parce qu’elle était avec lui.
Pas pour une question d’agenda, pas parce que les scénarios ne lui plaisaient pas. Et c’est là que tout bascule, car ce qu’elle raconte ensuite ne ressemble plus du tout à une histoire de cœur.
« Tout le monde souffrait »
« Cette histoire qui a duré cinq ans m’a abîmée. Ma santé mentale a été en jeu. » Voilà les mots que Lio a choisis. Pas « une passion », pas « une belle époque » : une histoire qui l’a abîmée. Le vocabulaire n’est plus celui de la romance, c’est celui de la blessure.
Elle poursuit, et chaque phrase est un coup de scalpel : « Tout le monde souffrait, je ne travaillais plus, je refusais les tournées à l’étranger. » Tout le monde. Comment ne pas penser aussi à cette famille restée à la maison, avec une petite fille et deux nourrissons ?
Puis vient la phrase qui résume tout : « J’étais une enfant et je pensais que par amour il fallait faire ce genre de sacrifices. » La jeune fille qui se disait « toujours adulte » en 1980 se revoit aujourd’hui comme une enfant. Et toute la suite de l’histoire se relit à travers ce mot.
Elle ajoute, selon les extraits publiés par Femme Actuelle : « Je suis aujourd’hui libérée à 100 % de cette misogynie intégrée par les femmes. » Comme si, pendant toutes ces années, elle avait elle-même appliqué les règles d’un jeu dont elle était la première perdante.
Lui n’a jamais prétendu que tout était rose. En 2016, il publie un livre de souvenirs, Intime, et se confie au JDD. À propos de cette passion qui l’a amené à quitter son épouse enceinte, il lâche : « Je ne voudrais pas revivre cela. »
Il se dit alors tiraillé entre deux sentiments qui s’entrechoquaient, et avoue avoir beaucoup culpabilisé. Il assure n’avoir jamais abandonné sa famille, passant week-ends et vacances avec ses enfants, comme dans un couple divorcé.
Il reconnaît pourtant, selon Purepeople, qu’il imagine que pour eux, une plaie ne s’est jamais vraiment cicatrisée. Une plaie. Chez elle aussi, visiblement. Deux familles, deux blessures, pour une seule et même passion.
Une rupture « très violente »
Comment se termine une histoire pareille ? Pas en douceur. En 2015, dans le magazine Têtu, il a eu cette phrase : « Quand on s’est quittés, ça a été très violent. Deux mois après notre rupture, elle était enceinte de Michel Esteban. »
Qui est ce Michel Esteban ? Selon Pop Music Deluxe, Lio le rencontre pendant la promotion de Tétèoù ?, alors qu’il accompagne sa protégée Lizzy Mercier Descloux. Figure de la scène punk-rock, il a fondé à New York en 1978 le label ZE Records, référence de la new wave.
Et voici l’ironie du sort la plus savoureuse de l’histoire. Toujours selon Pop Music Deluxe, Esteban devait au départ travailler avec le compagnon de Lio, qui cherchait un manager. La rencontre avec la chanteuse change tout : c’est à elle qu’il propose ses services, en lui promettant de relancer sa carrière.
Esteban devient vite bien plus qu’un collaborateur, et le père de sa première fille, Nubia, née le 15 septembre 1987. Dans Gala, son ex parlera d’un épisode « bouleversant, remuant ». L’homme qui cherchait un manager a vu partir sa compagne avec celui qu’il espérait engager.
Le lien, lui, ne s’est jamais rompu. Selon Purepeople, Lio est toujours restée proche de Michel Esteban, installé depuis 2013 sur l’île thaïlandaise de Koh Phangan, où il a ouvert un petit studio d’enregistrement. Nubia, devenue chanteuse à son tour, a même repris avec sa mère L’Amour à la plage lors de la tournée RFM Party 80 en 2012.
Ironie supplémentaire, le cadeau d’adieu artistique de l’ex-compagnon sera l’un des plus gros tubes de Lio. En 1986, il produit Les brunes comptent pas pour des prunes, extrait de l’album Pop Model, qui relance sa carrière. L’histoire d’amour se meurt, le disque cartonne.
Et pourquoi se quitter ? Lio a sa version : elle voulait des enfants, lui n’en voulait plus, il en avait déjà trois. Elle rêvait d’une grande tribu. Elle l’aura, avec six enfants de quatre pères différents.
Enceinte sur la scène de l’Olympia : le pied de nez
La rupture ne l’a pas brisée artistiquement, bien au contraire. Porté par Les brunes, Fallait pas commencer et Je casse tout ce que je touche, Pop Model est un grand succès populaire. Aux Victoires de la musique 1987, elle est nommée dans la catégorie artiste interprète féminine. Libérée, elle brille.
En mai 1987, elle monte sur la scène de l’Olympia, enceinte. Polémique immédiate : selon la RTBF, sa maison de disques lui explique qu’elle est en train de tuer sa carrière. Des centaines de femmes, elles, l’ont remerciée. La gamine qui refusait les tournées par amour vient de tourner les talons.
Le symbole est d’autant plus fort que la scène lui avait longtemps échappé. D’après Pop Music Deluxe, elle n’avait pas voulu tourner avec son premier album, faute de répertoire suffisant, et en avait été privée pour le deuxième, qui n’avait pas marché. En mai 1987, elle tient l’affiche de l’Olympia pour cinq représentations.
Pendant des années, les deux anciens amants se croisent peu. Et quand ils se croisent, c’est glacial : d’après Purepeople, Lio l’ignore à chaque fois. Le genre de rupture dont on ne se remet pas en quelques mois, ni même en quelques années.
La décennie suivante sera rude pour elle. À la fin des années 1990, un autre compagnon exerce sur elle et ses enfants une emprise violente et abusive ; il sera condamné en 1999. Dans Pop Model, son autobiographie de 2004 écrite avec Gilles Verlant, elle évoque la détresse des femmes battues.
Le silence, puis un livre qui pique

Dans ce même livre, l’ex-amoureux des années 80 en prend aussi pour son grade. En 2018, il le racontait à Voici : « J’appréhendais parce qu’elle avait balancé des trucs pas sympas dans un livre, comme quoi j’étais pingre… » Pingre. L’image du dandy élégant en prend un coup.
Il assure pourtant ne pas lui en avoir tenu rigueur, jugeant inutile d’entretenir des rancœurs. Dans le même entretien, selon Purepeople, il se dit même « peiné » de la manière dont elle a été traitée par les hommes qui lui ont succédé.
Sa propre vie amoureuse ne s’est pas assagie tout de suite. En 2015, il confiait à Gala avoir toujours été avec des femmes plus jeunes que lui. Une phrase qui, relue à la lumière des confidences de Lio, résonne étrangement.
Lio, elle, a fini par regarder en face ses propres choix. À Télé-Loisirs, elle a raconté s’être un jour parlé à elle-même, en s’appelant par son vrai prénom. Son constat, implacable : « C’est quand même à chaque fois les mêmes que tu choisis ! » C’est à 50 ans, dit-elle, qu’elle a arrêté l’amour pour prendre le temps de le déconstruire.
Il faudra une émission de télévision, et un animateur légendaire, pour que les deux ex se retrouvent enfin face à face. Et la scène va surprendre tout le monde, à commencer par lui.
2012 : la robe en sparadrap
2012. Michel Drucker réunit les deux anciens amants sur le plateau de Vivement dimanche. Pour lui, c’est un saut dans l’inconnu : « Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre », a-t-il raconté plus tard à Femme Actuelle.
Lio débarque dans une robe faite de sparadrap, pour attirer l’attention sur son rôle d’ambassadrice de la Croix-Rouge de Belgique. La même année, elle prête son image à une campagne de l’organisation dans une robe de pansements signée Édouard Vermeulen. Des pansements pour des retrouvailles avec une vieille blessure : difficile de rêver symbole plus fort.
Et contre toute attente, tout se passe bien. Il se souvient d’une Lio finalement charmante. Puis vient la confidence qui le bouleverse : « Elle m’a dit qu’elle avait été très amoureuse de moi et que je n’avais pas la place que je mérite. »
« Je n’avais pas la place que je mérite. » Relisez bien. En 2012, c’est elle qui console sa fierté d’artiste. Quatorze ans plus tard, c’est elle qui parle de sa santé mentale mise en jeu.
La réconciliation se confirme en 2015. Lio participe à une émission spéciale de France 3 consacrée à son ancien compagnon, Du côté de chez Dave. Ensemble, ils interprètent en live Baby Lou. Sur le plateau, plus aucune trace apparente des années de silence. L’histoire semble enfin apaisée, rangée au rayon des souvenirs de jeunesse.
Alors, que s’est-il passé entre la chanteuse émue de 2012 et la femme lucide de 2026 ? Pour le comprendre, il faut regarder le chemin que Lio a parcouru seule, loin des plateaux de variétés.
Lio, la voix qu’on a voulu faire taire
Lio n’a jamais été une chanteuse qui se tait. En 2006, sur le plateau de Thierry Ardisson, elle s’oppose violemment à la romancière Muriel Cerf, à qui elle reproche une forme d’« absolution » de Bertrand Cantat. Marie Trintignant, tuée sous ses coups en 2003, était l’une de ses plus proches amies.
« Marie est morte sous ses coups, dans un visage tuméfié », lance-t-elle ce soir-là, selon la RTBF. À l’époque, beaucoup de médias parlent encore de drame amoureux. Lio, elle, parle déjà de violences conjugales et de consentement.
En septembre 2020, sur Arte Radio, elle s’attaque à une autre idole : Serge Gainsbourg, l’homme qui s’était montré si pressant à Los Angeles. Elle le décrit comme « un harceleur, tout simplement ». Et va jusqu’à le qualifier de « Weinstein de la chanson ».
Dans la même intervention, elle revient sur Les Sucettes, chanson que Gainsbourg avait fait interpréter à France Gall en la laissant dans l’ignorance du sens pornographique des paroles. Une adolescente piégée par un homme puissant de la chanson : le parallèle avec sa propre histoire saute aux yeux.
La même année, après la fin d’une relation avec un médecin, elle annonce ne plus vouloir de rapports sexuels avec les hommes. Au Monde, elle le redit avec humour, selon Paris Match Belgique : « Je ne déteste pas les hommes, j’ai de bons souvenirs avec eux. » Mais pas assez, ajoute-t-elle, pour avoir envie de réessayer.
Si elle devait se rouvrir à quelqu’un, confie-t-elle, ce serait plutôt à une femme. Et elle résume, d’après la RTBF : « Les hommes ont trop longtemps été moteurs dans ma vie. » La gamine qui suivait les hommes est devenue une femme qui n’attend plus rien d’eux.
Ses positions, jugées dérangeantes dans les années 1990 et 2000, sont aujourd’hui portées par le mouvement #MeToo, souligne la RTBF. Avec ces lunettes-là, une liaison entre une adolescente et un homme marié de 30 ans ne se raconte plus du tout de la même façon. Et c’est exactement ce qu’elle va faire.
Un dernier Olympia avant le grand silence
Si Lio parle aujourd’hui, c’est aussi parce qu’elle s’apprête à disparaître un temps. En septembre 2026, elle présidait encore le jury Révélation du Festival du cinéma américain de Deauville. Mais elle prépare surtout une tournée en France et en Suisse, de Lille à Genève.
Au Monde, elle précise que les pères de ses enfants n’ont jamais payé de pension alimentaire. Elle a eu du mal, parfois, à joindre les deux bouts, enchaînant les tournées des années 80 et les fauteuils de jurée dans The Voice. La scène, pour elle, n’a jamais été un luxe.
Point d’orgue de la tournée : un concert unique à l’Olympia, le jeudi 17 décembre 2026. Ironie de l’histoire, c’est sur cette même scène qu’elle s’était présentée enceinte en 1987, quand on lui prédisait la fin de sa carrière. Trente-neuf ans plus tard, elle y revient seule à l’affiche.
Après, elle compte se retirer. « Je dois faire un deuil, celui de mon fils Diego, que je n’ai pas eu le temps de faire », a-t-elle confié au Monde, selon Purepeople. Diego est mort en mars 2025, à 21 ans.
Son dernier album, Geoid Party in the Sky, porte sa trace : « Geoid » est l’anagramme de « Diego ». Elle y travaillait encore quand le drame est survenu, et l’a mené au bout grâce à un financement participatif.
C’est donc une femme qui solde ses comptes qui s’est confiée au Monde. Et c’est dans ce contexte que le récit de ses 17 ans prend tout son poids. Car en face, l’homme concerné avait, lui, donné une version bien plus légère un an plus tôt.
« On n’est pas fâchés »

Le 11 novembre 2025, il est l’invité de Télématin sur France 2, pour célébrer ses 50 ans de carrière avec un triple best-of. La chroniqueuse Mathilde Terrier l’interroge sur ses souvenirs avec Lio.
Sa réponse, rapportée par Starmag, est presque nostalgique : « On était jeunes tous les deux, on profitait de l’énergie de la période des années 80. » Jeunes tous les deux. Elle avait 17 ans, lui 30.
Sont-ils toujours en contact ? Il explique qu’ils se font de temps en temps un petit signe, et qu’il a trouvé très beau le documentaire consacré à Lio. Avant de conclure, un brin malicieux : « On se voit de temps en temps, on n’est pas fâchés si c’est ça que vous vouliez savoir. »
Le contraste est saisissant avec la version que les lecteurs du Monde découvriront un an plus tard. D’un côté, un artiste qui parle d’énergie, de succès et d’une amitié intacte. De l’autre, une femme qui choisit précisément ce moment de sa vie, juste avant de se retirer, pour poser d’autres mots sur la même histoire.
Douze mois plus tard, le ton a radicalement changé. Lui parlait de jeunesse partagée et de succès réciproques. Elle parle d’une enfant, de sacrifices et d’une histoire qui l’a abîmée. Entre les deux versions, il y a toute la distance entre 1980 et 2026.
Alors, qui est cet homme de treize ans son aîné, ce producteur marié, ce dandy pudique qui n’était « pas contre » un plan à trois avec Gainsbourg ? Vous l’avez peut-être deviné. Mais le détail qui suit, lui, devrait vous surprendre.
L’homme derrière l’histoire
Cet homme, c’est Alain Chamfort. Né Alain Le Govic le 2 mars 1949 à Paris, ancien protégé de Claude François, il est l’interprète de Manureva, signé Gainsbourg, le plus grand succès de sa carrière. L’amoureux de Los Angeles, le producteur d’Amour toujours et des Brunes comptent pas pour des prunes, c’était lui.
Dans l’interview au Monde, Lio le nomme d’ailleurs sans détour, citée par Femme Actuelle : « Moi, je voulais des enfants, et Alain n’en voulait plus, il en avait déjà trois. » Sa fille Clémentine, née le 11 mai 1977, et les jumeaux Gary et Lucas, nés de son union avec sa première compagne, Corinne.
La date de naissance des jumeaux donne le vertige : le 3 novembre 1980. Ce mardi, ils ont eu 46 ans, deux jours à peine après la parution de l’interview où Lio rappelle que leur mère était enceinte quand leur père a commencé à la draguer. Chamfort, lui, l’avait reconnu dans Gala : « J’ai cruellement laissé tomber Corinne, même si elle et les enfants ne sont jamais sortis de ma vie. »
Cloclo, cinq côtes cassées et un silence
L’emprise d’un homme plus puissant, Chamfort l’a lui aussi connue. Dans Le Grand Échiquier, il a raconté un Claude François jaloux du succès des autres : « Un soir sur scène, il a fait débrancher le courant de ma sono pour saboter mon tour de chant. » Au JDD, il ajoutait que son mentor déclenchait parfois une alerte à la bombe.
À 77 ans, il a survécu à un cancer des os, diagnostiqué en 2015 : « Tout est réglé ! », a-t-il confié à Télé Star. En janvier 2026, il chante avec les Enfoirés à l’Accor Arena, et frôle le drame lors du dernier concert en tombant lourdement en arrière.
Porté par l’adrénaline, il enchaîne. « Le lendemain j’ai passé une radio, on ne voyait rien, puis trois-quatre jours après j’ai passé un scanner », a-t-il raconté sur Novo19. Verdict : cinq côtes cassées.
Face aux nouvelles confidences de Lio, en revanche, aucune réaction publique d’Alain Chamfort n’a été relayée à ce stade. Il y a un an, il assurait qu’ils n’étaient « pas fâchés ». Le petit signe d’amitié survivra-t-il à ces mots-là ?
Lio, elle, a déjà tiré son bilan au Monde : « J’ai été soumise aux hommes, ce qui ne m’a pas empêchée de tourner les talons. » Quarante ans plus tard, la gamine du Banana Split a repris la main sur son histoire.