Marie Laforêt « infecte » et « toxique » : sa fille Lisa Azuelos révèle la terrible vérité sur son enfance
Elle fête ses 61 ans aujourd’hui. Et pour l’occasion, elle n’a choisi ni les bougies ni les confettis : elle a rouvert la plaie la plus intime de sa vie. Noir sur blanc, dans un livre qui fait vaciller la légende d’une icône de la chanson française.
Lisa Azuelos, la réalisatrice qui a fait rire et pleurer des millions de mères et de filles, publie Sur la plage, abandonnée aux éditions Charleston. Derrière ce titre de carte postale se cache une enfance que personne n’imaginait. Et une mère que tout le monde croyait connaître : Marie Laforêt.
Les mots qu’elle emploie sont d’une violence rare : « infecte », « bipolaire », « toxique ». Paris Match, Marie Claire, Closer, Voici, Femme Actuelle : depuis plusieurs semaines, la presse s’arrache ses confidences. Mais au milieu des blessures, il y a une histoire que personne n’attendait, celle des dernières années de la chanteuse.

Vous pensez connaître « la fille aux yeux d’or » ? Attendez. Ce qui suit va vous faire réécouter ses chansons autrement, et la fin de l’histoire, vous ne la verrez pas venir.
Une simple virgule, et la carte postale vole en éclats
Tout commence par un détail que Paris Match a été le premier à relever. Tout le monde connaît le premier vers de La Madrague, chanté par Brigitte Bardot : « Sur la plage abandonnée ». Sans virgule, c’est une plage vide, désertée par les estivants.
Lisa Azuelos, elle, a glissé une virgule, et tout bascule. Comme l’analyse l’hebdomadaire, ce n’est plus la plage qui est abandonnée : c’est l’enfant, puis l’adolescente, puis la femme. Une simple ponctuation, et la carte postale se transforme en aveu.
Le livre paraît dans une collection baptisée « Paradis perdu », consacrée aux récits d’auteurs qui retournent sur les lieux de leur jeunesse. Pour elle, ce lieu s’appelle Saint-Tropez. Le paradis, vraiment ? Pas tout à fait, car avant le soleil, il y a eu le froid.
Son éditeur résume son parcours d’une formule qui claque : « Lisa Azuelos a eu deux enfances ». La première, il la situe carrément « en enfer ». La seconde a un goût de sucre, et entre les deux, il y a une frontière nette : ses 12 ans.
Dès les premières pages, une silhouette plane au-dessus de tout le reste : celle d’une mère célébrissime, adulée sur scène et à l’écran. Paris Match le résume d’une phrase cruelle. Aux yeux du public, l’actrice brillait par son talent ; aux yeux de sa fille, elle brillait par son absence.
La star que toute la France s’arrachait
Pour mesurer le choc, il faut se souvenir de qui était Marie Laforêt. Née Maïtena Douménach le 5 octobre 1939 à Soulac-sur-Mer, en Gironde, elle entre dans la lumière presque par accident. En 1959, elle remporte le concours « Naissance d’une étoile » d’Europe n° 1… à la place de sa sœur.
Le cinéma l’aspire aussitôt. Sa première apparition remarquée, c’est dans Plein Soleil de René Clément, face à Alain Delon et Maurice Ronet. Puis son premier mari, le réalisateur Jean-Gabriel Albicocco, la fait tourner dans La Fille aux yeux d’or, et le surnom ne la quittera plus.
La chanson suit, et c’est un raz-de-marée. En février 1963 sort Les Vendanges de l’amour, signée Danyel Gérard, qui lui vaut en 1964 le grand prix du Marathon de la chanson française. La même année, Viens sur la montagne décroche le grand prix de la chanson de l’été.
Les tubes s’enchaînent à un rythme fou : La Tendresse, Katy cruelle, La Bague au doigt, Mon amour, mon ami, Ivan, Boris et moi. En 1969, elle chante à l’Olympia, l’année suivante à Bobino. Puis ce sont les scènes du monde entier.
Il y a un titre de 1966 qui, avec le recul, sonne comme une prophétie : Marie-douceur, Marie-colère. Retenez-le bien. C’est exactement ce que sa fille va décrire des décennies plus tard, avec des mots beaucoup moins poétiques.
Car c’est au cœur de cette tornade que naît une petite fille, le 6 novembre 1965, à Neuilly-sur-Seine. Sa mère a 26 ans et elle est au sommet. La place qu’elle va faire à ce bébé dans sa vie, c’est toute la question de ce livre.

Un prénom refusé, un couple qui explose
Dès le départ, rien n’est simple. Le prénom choisi, Lisa, est refusé par l’administration, et ses parents déclarent donc Élise à l’état civil. Bien plus tard, elle fera modifier ses papiers pour devenir officiellement celle qu’elle a toujours été.
Son père, Judas Azuelos, est un homme d’affaires juif marocain, qui partage la vie de la chanteuse de 1965 à 1967. Un fils naît en 1967, Jean-Mehdi, puis le couple se sépare quand Lisa a deux ans. Elle reste avec sa mère, dont elle dira n’avoir jamais été proche.
Le décor est posé : une maman star, adorée par la France entière et très prise par son travail. En face, deux tout-petits qui vont vite comprendre qu’ils ne sont pas la priorité. Ce qui suit, elle le raconte aujourd’hui sans filtre.
Dans une interview à Marie Claire, elle résume ces premières années d’une phrase sèche comme un verdict : « De zéro à huit ans, je suis élevée sans parents ». Sans parents. Alors que les siens sont bien vivants, et que l’un d’eux enchaîne les émissions de télévision.
Bienvenue chez les Sept Nains
Le nom évoque un conte de fées : le pensionnat des Sept Nains, à Verbier, en Suisse. La réalité que décrit Lisa Azuelos n’a rien d’un dessin animé. Son petit frère y est placé avec elle.
Elle y est envoyée toute petite : le résumé de son livre parle d’une pension « froide et austère » où elle atterrit dès l’âge de quatre ans. En 2020, Purepeople évoquait même un placement à 3 ans. Dans tous les cas, une toute petite fille.
Paris Match précise que, dans le meilleur des cas, la fillette est confiée à des beaux-parents ou à des grands-parents. Et dans le pire ? Verbier, un endroit où, écrit-elle, ça « sent le moisi et la pédophilie ».
Elle va plus loin encore. Dans Closer, elle lâche une comparaison qui glace le sang : « C’était Bétharram avant l’heure ». À Marie Claire, elle explique que beaucoup d’enfants de son époque ont été placés dans des lieux où, selon ses mots, « la torture sur enfants était commune ».
Ce ne sont pas que des souvenirs d’enfant. D’après Voici, une femme s’est manifestée sur son compte Facebook pour se rappeler, elle aussi, les caméras et des hommes qui imposaient des actes sexuels avant de distribuer des bonbons. Toujours selon le magazine, la pension aurait fermé avant qu’un scandale n’éclate.
Les Sept Nains ne seront pas la seule étape. Lisa et son frère sont ensuite envoyés dans un home pour enfants tenu par une certaine mademoiselle Geneviève Thirouard, aux Aulneaux, une petite commune de la Sarthe. Encore un lit qui n’est pas le sien.
Trois visites par an, et personne pour applaudir
Combien de fois voit-elle ses parents pendant ces années ? La réponse fait mal. Dans le podcast Conversations avant la fin du monde, rapporté par Femme Actuelle, elle explique ne les avoir vus que trois fois par an à la pension.
Ce qui reste, ce n’est pas seulement l’absence, c’est un vertige. Elle le décrit à Marie Claire avec des mots d’une simplicité désarmante : « Ce qui est terrible quand t’es enfant, c’est ce sentiment que tu n’appartiens à personne ».
Et elle complète, comme pour faire comprendre ce que rate un enfant mis de côté : « Personne n’est là pour surveiller tes premiers pas et t’applaudir ». Les premiers pas, les premiers mots, les premières victoires minuscules : sans témoin.
Elle a fini par trouver une formule pour tout résumer, couchée d’abord dans l’un de ses livres : « J’ai été orpheline de parents vivants ». Une phrase qui, raconte-t-elle à Marie Claire, lui a valu des reproches pendant des années. Surtout de la part de son père.
Il y a un autre fardeau, plus pernicieux : le regard des autres. Aux yeux du monde, être la fille de Marie Laforêt, c’était forcément une chance. « On m’a souvent dit : ‘Ah, t’as de la chance d’avoir une mère comme ça’ », se souvient-elle dans Marie Claire.
Que peut répondre une petite fille à ça ? Elle l’explique sans détour : impossible de dire qu’elle avait été placée en pension, que sa mère lui avait fait du mal, qu’elle la terrorisait. « Je ne peux pas répondre ça », tranche-t-elle. Alors elle s’est tue, longtemps.
Le retour de la mère : Cruella ou Cendrillon ?
Puis vient le moment tant attendu : vivre enfin avec maman. Selon Femme Actuelle, elle reste en pension en Suisse jusqu’à ses 8 ans. De 8 à 12 ans, elle partage enfin le quotidien de la star.
Sauf que le rêve tourne court. Dans le podcast, elle raconte une cohabitation étrange : « Je vivais avec quelqu’un que je connaissais pas ». La mère est une inconnue, et elle fait un peu peur.
Elle décrit une femme très autoritaire, et par moments hyper sympa. Puis elle trouve l’image qui frappe : « C’est comme si tu vis avec Cruella qui se transforme en Cendrillon, tu sais jamais avec laquelle tu vas te réveiller le matin ».
Vous vous souvenez de Marie-douceur, Marie-colère ? Le titre que la France fredonnait en 1966 décrit presque mot pour mot la mère que sa fille découvre une décennie plus tard. La douceur, puis la colère, sans prévenir.
Dans Paris Match, elle va encore plus loin : « Elle était délicieuse et, d’un coup, infecte ». Puis elle avance un mot que personne n’avait posé aussi frontalement sur la chanteuse : « On ne l’a jamais diagnostiquée bipolaire, mais je suis certaine qu’elle l’était ».
Attention, c’est son ressenti de fille, pas un diagnostic médical : elle le dit elle-même, personne ne l’a jamais posé. Mais ce qu’elle raconte ensuite donne une idée précise de ce qu’elle a vécu. Et c’est là que tout devient vraiment glaçant.
Des confidences qu’aucune ado ne devrait entendre
Il y a d’abord cette absence totale de frontières. Selon son récit, sa mère était capable de détailler à son adolescente sa propre épilation intime. Le genre de confidence qu’on ne fait pas à une enfant.
Et puis il y a la scène la plus dure du livre. Avant une soirée, sa mère lui lâche une phrase glaçante, et au cours de cette soirée, Lisa sera violée. La proximité des deux moments, telle qu’elle apparaît dans son récit, laisse sans voix.
Comment une mère en arrive-t-elle là ? Pour le comprendre, il faut remonter à l’enfance de la chanteuse elle-même. Pendant la Seconde Guerre mondiale, son père est prisonnier en Allemagne, et la petite Maïtena, sa sœur et leur mère vivent difficilement, réfugiées à Cahors puis à Lavelanet.
Le père ne rentre de captivité qu’en mai 1945 : la fillette a alors 5 ans. Plus tard, elle se rapproche de la religion au point d’envisager d’entrer au couvent. Puis elle découvre le théâtre, qui a sur elle un effet cathartique.
Mais le pire est ailleurs, enfoui. En 1998, la chanteuse révèle avoir été violée à plusieurs reprises par un voisin, à l’âge de trois ans. Un souvenir refoulé pendant près de quarante ans avant de remonter à la surface.

Pour sa fille, ce traumatisme explique beaucoup de choses. Dans le podcast relayé par Femme Actuelle, elle estime que sa mère avait « ce lien à l’enfance détruit à l’intérieur d’elle ». Selon elle, sa mère devait sentir inconsciemment qu’elle allait lui faire du mal.
D’où cette conclusion vertigineuse : en sa compagnie, juge-t-elle, ça aurait probablement été pire. L’éloignement, la pension, l’absence : et si tout cela était, à sa façon tordue, une forme de protection ? Gardez cette question en tête, elle est au cœur de tout le livre.
À 12 ans, elle choisit son camp
À 12 ans, Lisa prend une décision que peu d’enfants osent prendre : elle part vivre chez son père. Le résumé de son livre, publié par ActuaLitté, est limpide. Adolescente, elle choisit ce « play-boy séduisant » plutôt que sa mère, « si bancale dans son rôle maternel ».
Le timing est troublant. En août 1977, la chanteuse s’installe en Suisse et renonce aux enregistrements, pour échapper à la surmédiatisation et écrire dans l’anonymat. Lisa a alors 11 ans, et elle fête ses 12 ans quelques mois plus tard. La star tourne une page, sa fille aussi.
Ce choix, selon Voici, ne plaît pas du tout à Marie Laforêt. Le magazine évoque aussi, dans cette période, un compagnon de la chanteuse que Lisa surnomme « Barbe-Rousse » dans son livre. Un surnom de pirate qui en dit long sur la place qu’il occupe dans son récit.
Le père n’est pas un saint pour autant. Voici rapporte que la cinéaste le décrit comme narcissique et caractériel. Mais, malgré ses défauts, l’environnement qu’il lui offre lui paraît bien plus sain que celui qu’elle vient de quitter.
Chez lui, elle découvre une part d’elle-même qu’elle connaissait mal : la culture séfarade. Elle fait aussi la connaissance de sa demi-sœur, Deborah, née en 1974 du mariage de sa mère avec l’homme d’affaires Alain Kahn-Sriber. La famille, enfin, prend un visage.
Elle n’oubliera jamais. En 2006, dans Comme t’y es belle, elle rend hommage aux femmes de cette communauté séfarade de Paris, à sa grand-mère et à ses tantes paternelles. Celles qui, estime-t-elle, lui ont tant apporté.
Saint-Tropez, l’enfance « au goût de sucre »
C’est là que commence la deuxième enfance. Celle que le résumé du livre décrit avec une gourmandise presque palpable : la douceur du nougat de chez Sénéquier, le sel sur la peau après la baignade, le temps qui s’étire dans une petite librairie où elle dévore les classiques.
Après la pension « froide et austère », c’est un autre monde. Voici le souligne : le contraste est saisissant entre les années sombres en Suisse et la vie tropézienne, festive et insouciante. Lisa trouve le mot juste : une enfance « au goût de sucre ».
Le livre ne raconte pas seulement sa propre métamorphose. Il raconte aussi celle de Saint-Tropez, des années 1980 à aujourd’hui : un petit village de pêcheurs devenu un repère pour ultra-riches. Les fêtes s’enchaînent, les déboires familiaux aussi, mais le village reste son refuge.
Même adulte, même partie, elle n’a jamais cessé d’y revenir. Pour s’autoriser encore, selon les mots de son éditeur, à rire et à danser. Comme si c’était le seul endroit au monde où l’enfant abandonnée avait le droit d’être légère.
Et la mère, pendant ce temps ? Elle justifiait l’éloignement de ses enfants par un argument imparable : le bon air. Une explication qui a longtemps tenu, jusqu’à ce que Lisa, aidée par un psy, en propose une tout autre lecture.
La mère aux quatre maris
Pendant que sa fille grandit loin d’elle, la vie sentimentale de la chanteuse ressemble à un feuilleton : quatre mariages, quatre divorces. Jean-Gabriel Albicocco en 1961, Alain Kahn-Sriber en 1971, le chirurgien Pierre Meyer en 1980 à Genève. Puis, le 7 septembre 1990, l’agent de change Éric de Lavandeyra.
Ce dernier chapitre virera au feuilleton judiciaire en Suisse. Le 9 février 2002, sur le plateau de Tout le monde en parle, elle se dit persécutée par une organisation criminelle et accuse son ex-mari d’en vouloir à sa vie. Le grand public découvre une star au discours déroutant.
Ces hommes successifs, Lisa Azuelos les relie directement à son enfance en pointillés. Dans le podcast relayé par Femme Actuelle, elle lâche : « À chaque fois qu’elle tombait amoureuse d’un homme, elle voulait se débarrasser de ses enfants ». Et dès qu’elle se retrouvait seule, elle voulait les récupérer.
Puis elle ajoute, avec un humour noir qui fait mouche : « Bon, comme elle a eu beaucoup d’hommes parce qu’elle était très belle, très convoitée, on n’a pas été beaucoup avec elle ! » Une phrase qui fait sourire, puis qui fait mal.
Côté carrière, la chanteuse n’est pas plus apaisée. À la fin des années 1960, elle rêve de berceuses yiddish, de chansons yougoslaves et de rythmes latino-américains, quand sa maison de disques CBS attend des tubes légers. En 1972, chez Polydor, elle finit par renoncer à ses goûts pour suivre ses producteurs.
Elle ne lâche jamais la scène pour autant. En 1999, elle incarne Maria Callas dans Master Class, ce qui lui vaut une nomination aux Molières. En septembre 2005, aux Bouffes-Parisiens, son premier tour de chant depuis 1972 se joue à guichets fermés, avant qu’une tournée d’adieux annoncée ne soit annulée pour raisons de santé.

Dauphine, la Bourse… puis le cinéma
En attendant, sa fille avance, et vite. Baccalauréat en poche à seize ans, elle s’inscrit en sciences de la gestion à Dauphine, puis devient gestionnaire de portefeuille. Rien ne la destine au cinéma.
Puis survient le krach d’octobre 1987. Elle mesure la fragilité du monde des affaires et claque la porte. Sur des tournages, elle croise Luc Besson, qui lui achète un scénario jamais tourné mais la conforte dans son choix.
C’est aussi Besson qui lui présente le réalisateur Patrick Alessandrin. Ils auront trois enfants, Carmen, Illan et Thaïs, et divorceront onze ans plus tard. La petite fille sans parents fonde, à son tour, une famille.
Et elle fait une chose surprenante : en 1995, elle coréalise avec Patrick Alessandrin le film Ainsi soient-elles. Au générique figure Marie Laforêt. Et devinez quel personnage on lui confie ? La mère de l’une des héroïnes.
Des années plus tard, selon Purepeople, elle confiera avoir aimé travailler avec sa mère, tout en qualifiant l’expérience de « pas facile ». Diriger sur un plateau celle qui ne vous a pas élevée, lui dire où se placer, quoi jouer : il y a de quoi méditer.
La naissance qui a tout changé
Le vrai tournant, c’est la maternité. Une peur hante beaucoup d’enfants mal aimés : reproduire, devenir à leur tour la mère qu’ils ont eue. Puis naît sa fille Carmen.
Et là, une découverte bouleversante. « J’ai compris que ma mère n’avait pas abîmé la mère que j’étais », écrit-elle. Il subsistait en elle, poursuit-elle, « un fond sain, une capacité d’amour non contaminée ».
Selon Voici, qui relaie son entretien à Marie Claire, ses enfants lui ont même permis de « revivre son enfance ». Celle qui n’avait personne pour applaudir ses premiers pas allait applaudir ceux de trois enfants.
Une autre phrase confiée à Marie Claire résume ce paradoxe avec une tendresse inattendue : « Ses chansons m’ont bercée à un moment où elle n’était pas encore une mauvaise mère, puisqu’elle était obligée de me porter et de me supporter ». Une berceuse, avant l’abandon.
Ses blessures deviennent aussi des combats. Militante des droits des femmes, elle dénonce le mariage forcé en 2014 dans le court-métrage 14 millions de cris, contribue en 2015 au livre Ensemble contre la gynophobie, puis signe YoLove, un documentaire sur le harcèlement en milieu scolaire, projeté dans des établissements à partir de janvier 2019.
Et il lui fallait un lieu à elle. Selon Closer, la réalisatrice a longtemps cherché un endroit où se sentir chez elle, avant de trouver son refuge en Corse-du-Sud. Une maison où elle s’est sentie, selon ses mots rapportés par Closer, « accueillie avec bienveillance ». Pour une enfant de pension, ce n’est pas un détail.
LOL, ou la revanche d’une enfant abandonnée
Et puis il y a le cinéma. En 2009, LOL fait un carton : plus de trois millions de spectateurs dans les salles françaises. Le sujet ? Les relations mère-fille, incarnées par Sophie Marceau et Christa Theret.
Celle qui n’a pas eu de mère présente invente à l’écran une mère imparfaite, mais là. Ses films prolongent sa reconstruction, en montrant des liens mère-fille bien moins idéalisés que sur les cartes de vœux. Et un détail dit tout le reste.
Dans la bande originale de LOL, on entend L’Amour comme à seize ans, interprétée par Marie Laforêt. La fille glisse la voix de sa mère dans son plus grand succès. Hommage, clin d’œil, appel discret ? Chacun y lira ce qu’il veut.
En 2026, rebelote. Pour LOL 2.0, sorti en février, elle choisit Je voudrais tant que tu comprennes, chanté par sa mère en 1966 et repris par Mylène Farmer lors de sa tournée de 1989. Dans ce contexte, le titre sonne comme un message.
Entre-temps, en 2016, elle a raconté à l’écran une autre diva avec le biopic Dalida. Sur Sud Radio, elle expliquera savoir que, dans la vie de tous les jours, les artistes étaient malheureux. « J’en ai fréquenté d’autres que ma mère », glisse-t-elle.
Le thème ne la lâche jamais. En 2018, elle coproduit le premier film de sa fille Carmen, Interrail, et tourne Mon bébé, qui revient sur les relations mère-fille dix ans après LOL. Le film lui vaut le grand prix du festival de l’Alpe d’Huez.
Et la mère, qu’en pensait-elle ? Une confidence lâchée des années plus tard par un ami de la chanteuse va faire rire tout un plateau. Et révéler, au passage, l’état réel de leur relation.
Le jour où Laurent Ruquier a lâché un secret en direct
Le 19 mars 2022, Lisa Azuelos est l’invitée d’On est en direct sur France 2, face à Laurent Ruquier et Léa Salamé. Ruquier a été un ami proche de la chanteuse dans la dernière partie de sa vie. Il l’avait fait jouer dans sa pièce La presse est unanime et l’avait accueillie dans On va s’gêner sur Europe 1.
L’animateur se tourne vers la réalisatrice : « Je ne vous ai jamais fait cette confidence… ». Puis il rapporte les mots de Marie Laforêt à propos de LOL : « Bon, Françoise Fabian dans le rôle de la mère de Sophie Marceau… Très bien mais j’aurais été beaucoup mieux ». L’anecdote fait rire les invités.
Ruquier demande alors si sa mère aurait aimé jouer dans le film. La réponse, rapportée par Purepeople, est d’une honnêteté désarmante : « Je ne sais où on en était à ce moment-là, peut-être qu’on ne se parlait pas. Parce qu’il y a eu des hauts et des bas ».
Des hauts et des bas : une litote, quand on lit ce qu’elle raconte aujourd’hui. La mère se voyait bien jouer la mère dans le film de sa fille, pendant que mère et fille ne se parlaient peut-être même pas. Tout est dit.
Et pourtant, quelque chose finira par bouger. Pas grâce à un film, pas grâce à un plateau télé. Mais avant d’y arriver, il faut comprendre la phrase la plus choquante du livre.
« En ne m’aimant pas, elle m’a protégée »
C’est la phrase qui a fait le tour des rédactions : « En ne m’aimant pas, elle m’a protégée ». Lue d’une traite, elle paraît monstrueuse. Lue après tout ce qui précède, elle prend un autre sens.
La suite est encore plus forte : « Une mère toxique qui vous aime, elle vous tue ». Autrement dit, l’éloignement a peut-être sauvé l’enfant. Une mère toxique et absente blesse, une mère toxique et fusionnelle détruit.
Le fameux « bon air » invoqué par sa mère ? Avec l’aide d’un psy, Lisa y lit tout autre chose. Selon elle, Marie Laforêt se savait toxique, et la distance était une protection.
Ça ne rend pas les Sept Nains moins terribles, ni les trois visites par an moins cruelles. Mais ça change le regard. Et ce regard nouveau va trouver, au crépuscule de la vie de sa mère, une occasion de se poser.
Car ces années-là, loin des projecteurs, la chanteuse écrit encore. Une longue lettre, rédigée au cours des trois dernières années de sa vie en réponse au roman Le Royaume d’Emmanuel Carrère, qui l’a à la fois fascinée et interrogée. Elle sera publiée en 2020 sous un titre qui en dit long : Nous n’avons pas d’autre choix que de croire.

2016 : le verdict qui renverse tout
En 2016, l’année même où sort Dalida, la nouvelle tombe : on ne donne plus à la chanteuse que quelques mois à vivre. Et c’est là que l’impensable se produit. Lisa l’héberge : la fille placée en pension accueille la mère qui l’y avait envoyée, et c’est dans cette proximité tardive que vient enfin l’accalmie.
Ce qu’elle voit alors la sidère : sa mère ne subit pas la mort, elle l’organise. Dans un podcast relayé par le Journal des Femmes, Lisa Azuelos a trouvé l’image parfaite. « Elle a vraiment programmé sa mort comme un général programme une bataille », raconte-t-elle.
Installée à Genolier, en Suisse, la chanteuse règle elle-même ses obsèques. Rien n’est laissé au hasard : même face à la mort, elle garde la main. Et les quelques mois annoncés se prolongent jusqu’en 2019.
En septembre 2019, Lisa Azuelos part aux États-Unis. Elle met en scène une comédie musicale sur le disco à New York quand sa sœur l’appelle : leur mère va partir. « J’ai pris le premier avion pour Paris », raconte-t-elle dans le dossier de presse cité par AlloCiné.
Selon le site, Marie Laforêt meurt trois heures après l’arrivée de sa fille en France. Elle s’éteint le 2 novembre 2019 à Genolier, emportée à 80 ans par un cancer des os généralisé. Le 7 novembre, ses obsèques, annoncées par ses enfants Lisa, Jean-Mehdi et Deborah, sont célébrées à Saint-Eustache, avant une inhumation dans l’intimité au Père-Lachaise.
« Ce n’est pas parce que les gens meurent que la relation cesse »
Aujourd’hui, voici le verdict qu’elle pose sur cette femme : « Ce n’était pas une mère indigne, mais une femme qui n’a jamais réussi à combiner la mère et la femme ». Ni condamnation ni absolution. En juin 2020, dans Gala, elle confiait déjà qu’à la disparition des parents s’installe « un lien nouveau », « plus apaisé, plus doux ».
« J’ai pu ressentir beaucoup d’amour », ajoutait-elle dans le magazine. Avant de trancher : « Pour toutes les femmes, choisir, c’est renoncer. Ma mère a choisi une carrière, puis une vie de femme, ce n’était pas dirigé contre moi ».
Début 2022 sort I Love America sur Prime Video, avec Sophie Marceau dans le rôle d’une Lisa dont la mère chanteuse est souvent absente. Le film est dédié à Marie Laforêt, et son générique de fin défile sur La Tendresse. Sur Sud Radio, sa fille assure qu’elle ne l’aurait pas fait du vivant de sa mère, car « ça lui aurait fait de la peine ».
« Non seulement je lui pardonne, mais j’ai été touchée par son amour et je pense qu’elle a été touchée par le mien », y confie-t-elle. Puis cette phrase, quatre ans avant le livre : « Ce n’est pas parce que les gens meurent que la relation cesse ».
Sur la plage, abandonnée n’est donc pas un règlement de comptes. C’est le récit d’une enfant qui a fini par comprendre pourquoi on l’avait laissée sur le sable. Et d’une femme qui, à 61 ans tout juste, regarde sa mère telle qu’elle était : délicieuse, infecte, et aimée quand même.