Michel Drucker : révélations sur ses obsèques et l’épitaphe qu’il a choisie
À 84 ans, Michel Drucker vient de faire ce que presque aucune star n’ose faire : parler de sa propre tombe, calmement, comme on parle de la météo. En pleine promotion de Je vous ai tant aimés, son album de souvenirs paru le 15 octobre chez Michel Lafon, il s’est confié à La Tribune du dimanche. Au menu : ses obsèques. Il les veut laïques.

Et l’épitaphe ? Déjà choisie, ou presque. Il hésite entre « Il a aimé les gens et ils l’ont bien aimé » et une pirouette empruntée à Groucho Marx : « J’aurais pu vivre plus longtemps, mais maintenant, c’est trop tard ! » À la maison, son épouse en plaisante elle aussi : « Elle me dit : « Qu’est-ce que je vais avoir comme emmerdements le jour où tu vas claquer ! » »
Vous trouvez ça léger ? Attendez. Cet homme a vu la mort de près, et pas qu’une fois. Derrière la blague de Groucho se cache l’histoire d’un corps poussé à bout pendant six décennies, sans jamais demander grâce.
Car il existe un moment précis où ce corps, entraîné comme celui d’un coureur cycliste, a tranché à sa place. Un verdict que soixante ans d’antenne, de patrons, de rumeurs de retraite et de critiques n’avaient jamais obtenu. Pour le comprendre, il faut remonter loin. Jusqu’à un gamin dont personne ne savait quoi faire.
« Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ? »
Vire, dans le Calvados, 12 septembre 1942. Michel naît en pleine guerre, dans une maison où l’on ne plaisante pas avec les études. Le père, Abraham, médecin de campagne, a quitté la Roumanie pour la France en 1925. Les deux frères brilleront : Jean deviendra patron de télévision, Jacques professeur de médecine.
Michel, lui, c’est le cancre. Le reproche paternel tombe comme un refrain, au point de donner plus tard son titre à son autobiographie : Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ? Dans ce livre, il raconte un père qui « n’hésitait pas à me réveiller la nuit pour me faire réciter mes leçons ». Ambiance.

Cet homme exigeant revient de l’enfer. Arrêté en 1942 sur dénonciation, Abraham est interné à Compiègne, puis devient médecin-chef du camp de Drancy, dont il ne sortira qu’en août 1944. Pendant ce temps, sa femme, enceinte de Michel, est contrôlée par la Gestapo sur un quai de la gare de Rennes.
Un inconnu s’interpose et affirme, en allemand, qu’elle est son épouse. Il s’appelle Jean Le Lay, et c’est le père du futur patron de TF1, Patrick Le Lay. Ce geste lui a probablement sauvé la vie, à elle comme à l’enfant qu’elle portait.
Ironie glaçante : en 1962, Michel fait son service militaire à Compiègne, précisément là où son père avait été détenu. « Je dormais même dans le baraquement où était l’infirmerie d’Abraham Drucker », confiera-t-il à Télé-Loisirs, ajoutant ne l’avoir découvert que près de cinquante ans plus tard, lors de l’inauguration du Mémorial en 2008.
Retenez bien ce père-là : à 80 ans, atteint d’un cancer, il pratiquait encore un accouchement six jours avant sa mort, a raconté Michel à Ciné-Télé-Revue en 2025. Un homme qui n’a jamais lâché son métier. Le fils, vous allez le voir, a hérité de cette obstination jusqu’à l’excès.
Le stagiaire qui dormait presque à la télé

Pour entrer à la télévision, il mise sur une seule arme : le culot. Il aborde la speakerine Catherine Langeais et lui demande un rendez-vous avec son mari, Pierre Sabbagh. Résultat : en 1964, le voilà stagiaire au service des sports de l’ORTF, grâce notamment à Raymond Marcillac.

Le coup de chance tombe en octobre 1964. Les Jeux olympiques de Tokyo mobilisent tous les journalistes sportifs, et le petit nouveau hérite d’un match à commenter sur film. Marcillac aime, l’embauche. Le voilà aux côtés de Léon Zitrone et Roger Couderc, vivant quasiment jour et nuit au 15, rue Cognacq-Jay, siège de l’ORTF.
Sa première apparition identifiée à l’écran date du 20 novembre 1964, à Orly. Quelques mois plus tard, en mars 1965, son premier reportage le lance aux trousses de Michel Jazy, qui enchaîne trois courses en trois jours. Tout un symbole : sa carrière commence par une histoire d’endurance.
Puis vient Mai 68. « On se prenait tous pour Che Guevara, on se baladait tous avec des pancartes », s’est-il souvenu au micro de Didier Barbelivien sur Europe 1. Il scande « Libérez l’ORTF ! » avec les autres. La réponse est cinglante : « Il nous a bien libérés. J’ai été lourdé, j’avais 25 ans. »
Licencié le 5 août 1968, il rentre à Vire chez sa mère et se casse le pied en jouant au football. Claude François résume l’absurdité de la situation d’une formule : « Drucker, c’est le journaliste qu’on a viré, pas le présentateur de variétés. » La productrice Michèle Arnaud plaide sa cause, encore et encore.
Le 27 décembre 1968, il est de retour à l’antenne, face à Charles Trenet. La leçon est posée : on peut le mettre dehors, il revient toujours. Ce réflexe, revenir coûte que coûte, fera sa légende. Et des décennies plus tard, il deviendra son plus grand danger.
Quinze heures par jour, vingt ans sans vacances

Le cancre de Vire se transforme en bourreau de travail. Il l’a résumé lui-même, sans fausse modestie : « Jusqu’à l’âge de 50 ans, je ne pensais qu’au travail. Je n’étais jamais là ; je travaillais quinze heures par jour et n’ai pas pris de vacances pendant vingt ans ! »
Relisez ce chiffre : vingt ans sans vacances. À l’époque, c’est une médaille. Aujourd’hui, on y lit autre chose : l’animateur infatigable avait un corps qui encaissait en silence, et qui prenait des notes. La facture arrivera, mais pas tout de suite.
Derrière cette rage, il y a une angoisse que personne ne soupçonne. « Très tôt, dès mes 22 ans, j’ai voulu m’inscrire dans la durée. Dès mes débuts, je m’interrogeais : « Est-ce que je serai encore là dans dix ans ? » », a-t-il confié à Paris Match. Il parle de « la peur de l’échec ». Le moteur, c’est elle.
Dans cette course, un homme compte plus que tous les autres : Claude François. « Sans Claude, je n’aurais jamais fait la carrière que j’ai faite, il m’a tout appris », répète Drucker. Les deux hommes resteront amis jusqu’au bout. Et c’est Cloclo qui va lui offrir le plus beau cadeau de sa vie.
C’est en effet par Cloclo qu’il rencontre la femme de sa vie, l’actrice Dany Saval, partenaire de Tony Curtis et Jerry Lewis dans Boeing Boeing. « Dès qu’il m’a vue, il ne m’a plus quittée des yeux », a-t-elle raconté à Paris Match. Le soir même, vers 22 heures, il la rappelle : « Je pense beaucoup à vous. »
Problème : elle n’est pas libre. « J’avais un compagnon, j’ai répondu : « On verra ça demain. » » Le lendemain, sur le tournage, il lui lâche qu’elle est la femme de sa vie. Elle objecte qu’ils ne se connaissent pas. Lui : « Moi, j’en suis sûr. » Ils se marient à Las Vegas le 28 juillet 1973.

En 1982, Champs-Élysées fait de lui une immense star populaire sur Antenne 2. Johnny, Dalida, Gainsbourg défilent, et en 1983, il fait découvrir aux Français une jeune Québécoise nommée Céline Dion. Deux ans plus tard, Silvio Berlusconi tente de l’attirer sur La Cinq. Raté : son frère Jean, tout juste nommé PDG d’Antenne 2, le retient.
Jugé « has-been », il finit par s’emparer du dimanche

En 1990, le nouveau président d’Antenne 2, Philippe Guilhaume, arrête Champs-Élysées et le juge « has-been ». Le mot est cruel. La réponse de Drucker l’est aussi : il file sur TF1, devenue privée, et cartonne avec Stars 90, en pleine époque dorée des Foucault, Sabatier et Sébastien.
En 1994, il retrouve le service public avec Studio Gabriel, une quotidienne avec notamment Laurent Gerra et Virginie Lemoine, qui passe devant Coucou ! de Christophe Dechavanne sur TF1. Une quotidienne, encore. Un rythme d’athlète, encore.
Le 20 septembre 1998, il hérite de la case de Jacques Martin le dimanche après-midi et lance Vivement dimanche. Le canapé rouge devient un monument : vingt-quatre ans sur France 2, puis un basculement sur France 3 en 2022. Peu d’émissions peuvent se vanter d’une telle longévité à la télévision française.
En 2014, un sondage pour TV Magazine le sacre « l’animateur le plus emblématique du PAF depuis 1950 ». La même année, l’INA lui compte plus de six mille heures d’antenne. Six mille heures. Derrière ce chiffre, une vie entière passée sous les projecteurs.

Même les Guignols de l’info s’en mêlent, avec sa marionnette qui demande sans cesse : « Vous aimez les chiens ? » Ses chiennes, Zaza puis Olga, l’accompagnent sur les plateaux. Le personnage est installé, rassurant, éternel en apparence.
Le 20 mai 2006, il commente pour la première fois l’Eurovision, avec Claudy Siar, en direct d’Athènes. À l’annonce de la victoire des hard-rockeurs finlandais de Lordi, les deux hommes explosent de colère en pleine émission. Le gendre idéal a donc un tempérament. Bon à savoir pour la suite.
Les adieux qu’il a dû présenter
Être l’ami des stars a un prix : il faut aussi leur dire adieu. Le premier choc, c’est Claude François, mort le samedi 11 mars 1978, alors qu’il devait justement participer à l’enregistrement des Rendez-vous du dimanche. L’émission de son ami.
Le 6 décembre 2017, c’est à lui qu’on confie la soirée spéciale en hommage à Johnny Hallyday, qui vient de mourir. À l’antenne, il apparaît particulièrement ému et peine à clôturer l’émission. Près de 3,1 millions de téléspectateurs partagent ce moment avec lui.
Dans l’ombre, une femme tient la boutique : Françoise Coquet, sa productrice, née le même jour et la même année que lui. « J’ai deux femmes dans ma vie. Françoise est la sœur que je n’ai pas eue », confiait-il à Télérama en 2022. Elle s’est éteinte cet été, à 83 ans, a annoncé Paris Match.

À force d’accompagner les départs des autres, on finit forcément par penser au sien. Lui, pendant des décennies, a préféré regarder ailleurs et foncer.
Éternel ? C’est toute la question, car cet homme qui semble indestructible a un secret de fabrication, dont il parle volontiers. Et c’est ce secret qui, des années plus tard, va le sauver… sans pouvoir le protéger.
Un corps de coureur, une hygiène de moine
Drucker est pilote d’hélicoptère expérimenté. Il lui arrivait de rendre visite à Jean Ferrat à Antraigues-sur-Volane par la voie des airs, en réservant la veille le parking en contrebas du village. Mais sa vraie religion, c’est le vélo.
La scène aussi l’attire. Le 29 janvier 2016, à 73 ans, il se lance seul en spectacle avec Seul… avec vous !, à Pacé, près de Rennes. Le lieu n’a rien d’un hasard : c’est en souvenir de sa mère, qui avait échappé de peu à l’arrestation sur un quai de la gare de Rennes. Le spectacle tourne jusqu’en 2018.
En janvier 2020, interrogé sur sa préparation pour une tournée de spectacle, il détaille un programme de sportif de haut niveau : natation, home trainer, « à peu près une heure de sport tous les matins ». Et cette phrase, qui fait sourire avec le recul : « Je me suis préparé à cette tournée comme pour le Tour de France. »

Ce n’est pas une image. Les mois précédents, raconte-t-il, c’était « trois heures de sport et trois heures de préparation de mon spectacle » chaque jour. Vélo le matin, travail l’après-midi, natation le soir. « C’était un régime à haute dose, avec la télévision à faire en plus. »
Seul regret de cette saison-là : le mont Ventoux, qu’il espérait grimper en septembre. Pas eu le temps, trop occupé à travailler son spectacle. Dans les Alpilles, il avoue même avoir adopté le VTT à assistance électrique. Un premier aveu de limite, glissé l’air de rien.
Il ne fume pas, ne boit pas, surveille son alimentation. Sur le papier, c’est le septuagénaire modèle. Le genre d’homme dont on se dit qu’il enterrera tout le monde.
Janvier 2020, donc : il se prépare comme pour le Tour de France. Sept mois plus tard, il est sous perfusion d’antibiotiques, et personne n’en sait rien. Mais avant d’ouvrir ce chapitre, il faut parler d’un drame plus ancien. Un précédent familial que le public a oublié.
Le précédent que personne n’a voulu voir

Jean Drucker, le grand frère né en 1941, est un poids lourd de l’audiovisuel : dirigeant de télévision, nommé PDG d’Antenne 2 en 1985. Chez les Drucker, la télé est une affaire de frères.

Le 18 avril 2003, Jean meurt d’une crise cardiaque. Il avait 61 ans. Le cœur, déjà, dans la famille Drucker. Peu après ce deuil, Michel découvre l’existence d’un demi-frère prénommé Patrick, révélation qu’il fera sur Europe 1 en 2010.
Le deuil, cette famille le connaît depuis toujours. Avant les trois garçons, il y avait eu une sœur aînée, Monique, née en 1939 et morte à l’âge de huit mois. Michel ne l’a jamais connue. Le petit dernier, Jacques, deviendra professeur de médecine : chez les Drucker, la santé est une affaire de famille.
Un frère emporté par le cœur, un père qui a soigné jusqu’au bout malgré la maladie. Michel, lui, continue de pédaler et d’enchaîner les directs. Dix-sept ans après la mort de Jean, c’est son propre cœur qui va envoyer le premier signal. Et il va tout faire pour le cacher.
Été 2020 : le secret du Luberon
Août 2020. Drucker est en vacances dans sa maison du Luberon quand il se sent « très fatigué », avec de la « fièvre tous les jours », a-t-il raconté au Parisien. Il appelle le chef du service de cardiologie de l’hôpital Georges-Pompidou, qui lui ordonne de rentrer immédiatement à Paris.
Le diagnostic est presque absurde : une infection « provenant de la bouche à la suite d’un soin dentaire ». La bactérie se dissémine et provoque une septicémie, avec atteinte de la valve mitrale, du rein et de la rate. Un soin dentaire. Pour l’homme aux trois heures de sport quotidiennes.

Et là, réflexe Drucker : silence radio. « Pendant un mois, j’ai été mis sous perfusion avec un antibiotique de choc. Une période que j’ai gardée secrète », confie-t-il plus tard au quotidien. Le public, lui, ne se doute de rien.
Le 26 septembre, l’infection persistant, il est opéré en urgence. Puis les chirurgiens découvrent qu’il lui faut aussi un triple pontage. « Ça m’a assommé. Je n’arrivais pas à comprendre. J’ai une bonne hygiène de vie, je fais du sport, je ne fume pas, ne bois pas… »
La suite de la phrase est la clé de toute cette histoire : « C’est d’ailleurs grâce à ça que je suis encore en vie. » Le sport ne l’a pas protégé de la maladie. Mais il lui a donné de quoi y survivre. Nuance capitale.
L’opération à cœur ouvert dure plus de huit heures. « Mon cœur a été arrêté pendant quelques heures et branché à une machine. Je n’ai refait surface que beaucoup plus tard », raconte-t-il au Parisien. Il a 78 ans.
« J’étais une ombre »
Au réveil, le miroir est sans pitié. « J’avais les joues creusées, j’étais une ombre. Perdre 10 kg, c’est beaucoup quand on en pèse 72 », confie-t-il. Pour ce sportif acharné, le choc est autant physique que mental.

Et ça ne s’arrête pas là : la cicatrice s’infecte. Il restera hospitalisé près de trois mois, dont plusieurs semaines de rééducation à la clinique Bizet. Fin novembre 2020, quand il se livre enfin au Parisien, il n’est toujours pas rentré chez lui.
Un moment le marque à jamais. Ses patrons de France Télévisions, Delphine Ernotte et Stéphane Sitbon-Gomez, viennent le voir à l’hôpital et lui disent : « On va t’attendre. » Lui n’y croit pas : « Je vais être opéré, je serai handicapé, je vais perdre la mémoire. C’est fini tout ça… »
Ce n’était pas fini. Le 24 mars 2021, il réapparaît sur France 2 aux côtés de Julian Bugier, puis le 25 avril auprès de Laurent Delahousse. En juin 2021, il retourne voir les soignants qui ont sauvé son cœur et devient ambassadeur de La Chaîne de l’espoir.
Plus tard, il résumera cette première bataille au micro de Pascal Praud : « On m’a déjà opéré en 2020 (…) ils en avaient profité pour me changer le coeur complètement. » Puis : « J’ai repris du poil de la bête, je ne lâche rien, entre les soins intensifs et la rééducation. Ça a pris des mois. »
Fin de l’alerte ? C’est ce que tout le monde croit. C’est ce qu’il croit aussi. Mais ce premier épisode a révélé un trait de caractère que peu de gens soupçonnaient chez l’homme le plus exposé de la télé : sa capacité à garder un secret.
L’homme qui savait garder un secret


Car l’opération de 2020 n’est pas la seule chose qu’il ait cachée. Invité récemment du podcast En Raphaël, il a avoué une autre vie, menée loin du canapé rouge : « C’est vrai que j’ai visité des prisons plusieurs fois. Je l’ai fait clandestinement, car je ne voulais surtout pas que ça se sache. »
Pourquoi tant de mystère ? Il ne voulait surtout pas « se retrouver avec des photos volées ou des magazines people de mauvais goût à la sortie des prisons ». Tout est parti de l’association Relais parents-enfants, qui cherchait des bénévoles pour accompagner de très jeunes enfants auprès de leurs parents incarcérés.
La cause le bouleverse, notamment le sort des femmes qui accouchent en détention et doivent parfois être séparées de leur bébé. « Si ce pauvre gamin n’a pas des grands-parents et des proches pour l’aider, ça peut être une tragédie », s’émeut-il. Difficile de ne pas penser au père médecin qui faisait naître des enfants jusqu’au bout.
Une visite l’a marqué plus que toutes les autres : à la prison de Rouen, il conduit un petit garçon de quelques mois jusqu’à son père, que personne n’a prévenu. « D’abord, le gars, il se demandait ce que je faisais là. Il n’était pas prévenu. Il voit un mec de la télé avec son enfant dans les bras. »
La stupeur laisse vite place aux larmes. « Je lui ai remis l’enfant. Il a beaucoup pleuré, le gars. Il me dit : « Je vous remercie beaucoup… » », raconte Drucker. Le père passe environ trois quarts d’heure avec son fils.
Sur la route du retour vers Paris, la scène ne le quitte pas. « Ça m’a beaucoup marqué », confie-t-il. Voilà l’homme : capable de taire sa souffrance comme ses bonnes actions. Une discrétion qui, en 2023, va pourtant voler en éclats.

Février 2023 : le cauchemar recommence
Le 8 février 2023, Le Parisien révèle que Drucker est hospitalisé pour une batterie de tests, en lien avec son opération de 2020. Vivement dimanche bascule en rediffusion dès le 12 février. Les fans retiennent leur souffle.
Sur Europe 1, Stéphane Sitbon-Gomez se veut rassurant, avec une anecdote qui dit tout du personnage : « Il regarde beaucoup la télé, il fait les meilleures analyses des audiences comme toujours. » Même sur un lit d’hôpital, Drucker reste un homme de télé.
Mais les examens détectent une bactérie. Le lundi 20 mars 2023, il est opéré au niveau de la valve mitrale, à la suite d’une endocardite infectieuse. Selon Le Parisien, il passe près de cinq heures au bloc. « L’opération s’est très bien passée », assure Sitbon-Gomez.
Lui raconte la chose autrement. « Ce qui arrive rarement, il m’est arrivé exactement la même chose il y a quelques mois », confie-t-il à Pascal Praud en mai. « J’ai l’impression d’être un revenant, d’être un survivant », ajoute-t-il, évoquant trois années « extrêmement compliquées sur le plan cardiaque ».
À TV Mag, l’été suivant, il va plus loin : « J’étais très pessimiste, parfaitement conscient que c’était très grave. Cette fois-ci, j’ai commencé par me dire que c’était cuit. » Et il lâche ce chiffre glaçant : les médecins lui donnaient « à peu près 20 % de chance » de s’en sortir.

Le récit des soins intensifs fait froid dans le dos. « J’avais perdu tous mes muscles, et je ne voulais pas me regarder dans une glace de peur de découvrir le visage d’un fantôme. Quand j’allais sous la douche, je n’enlevais pas la buée ! »
Puis vient le jour où il ose essuyer le miroir. « J’ai pris un coup terrible. Je ne me suis pas reconnu. J’étais un vieillard. J’ai alors vraiment pensé ne jamais refaire surface. » Celui qui se préparait comme pour le Tour de France ne se reconnaît plus.
« Terminator » est de retour

Le 1er juin 2023, une vidéo surgit sur Instagram. Face caméra, il lance : « Je suis en pleine forme ou presque », avant cette pique devenue culte : « Ceux qui me croyaient mort devront attendre. » Rendez-vous est donné en septembre, sur son canapé.
En commentaire, sa belle-fille Stéfanie indique rendre « la main » du compte Instagram à l’animateur. « Je vous remercie tous pour votre bienveillance, cela nous a aidé à passer cette épreuve. Ma mère et ma famille sommes très touchées », écrit-elle.
À l’hôpital Georges-Pompidou, l’équipe médicale l’a surnommé « Terminator », rapporte Puremédias. Le 27 août 2023, à l’aube de ses 81 ans, il retrouve le canapé rouge de Vivement dimanche sur France 3. Pari tenu.

Mais rien n’est plus comme avant. Régime établi par une diététicienne, vie sociale rayée de l’agenda : « J’ai décidé de couper avec ma vie d’avant et de ne plus sortir le soir. Les pièces de théâtre, j’irai les applaudir en matinée », explique-t-il à TV Mag.
Pendant sa convalescence à Eygalières, selon Starmag, il marche une heure dès 7 heures du matin, enchaîne rééducation, sieste, rameur, puis douze kilomètres sur un vélo d’appartement. Le cycliste n’a pas abdiqué. Il a juste changé de terrain.
Il s’assume aussi hypocondriaque, avec des tensiomètres dans chaque pièce de la maison pour vérifier son état après chaque exercice. Le corps, longtemps ignoré, est désormais surveillé comme le lait sur le feu.
Et déjà, il fait des projets. Dès mai 2023, à peine remis de l’opération, il annonce sur BFMTV qu’il animera aussi un talk-show pendant le grand événement sportif de l’été 2024. Soixante ans pile après ses débuts au service des sports. Retenez-le : c’est là que tout va se jouer.
Jusqu’à quand ? La question qui le poursuit
La question de la retraite le suit depuis des années. En 2019, au Parisien, il avait coupé court : « Je n’arrêterai jamais, comme Aznavour. » Il se disait « incapable de faire autre chose » et « parti pour un long moment ».

À la maison, pourtant, une voix s’inquiète. Dans le même entretien, il rapportait les mots de Dany, sans les contredire : « Ma femme me dit que je vais être malheureux si je fais le combat de trop. » Le combat de trop. Gardez cette expression en tête.
À la mi-août 2023, il semble enfin fixer une date : il raccrocherait à la fin du second mandat de Delphine Ernotte, en 2025. Quelques mois plus tard, volte-face dans Télé-Loisirs : Sitbon-Gomez lui a dit de continuer tant qu’il s’en sentait capable. « La passion ne fatigue pas », tranche-t-il.
Tout le monde n’applaudit pas. Le 29 juin 2026, dans Les Grandes Gueules sur RMC, Alain Marschall dégaine : « Je le dis à titre personnel, je partirai avant d’être diminué. Je n’ai pas envie que les téléspectateurs me voient avoir du mal à respirer. Et c’est le cas de Michel. »
Il enfonce le clou : « La télévision n’est pas faite pour te voir t’éteindre petit à petit comme une chandelle. » Sur le même plateau, Emmanuel de Villiers prend la défense de l’animateur : « Ne nous enlevez pas Michel Drucker. » Avant d’ajouter qu’il « devrait être classé Monuments historiques ».
Olivier Truchot, co-animateur de l’émission, abonde dans le même sens : « Il n’empêche aucun jeune animateur de se montrer et de s’illustrer auprès d’un directeur des programmes. » Le débat est lancé, et il dépasse largement le plateau de RMC.
Drucker, lui, a re-signé : Vivement dimanche repart pour une 29e saison sur France 3. Mais ces débats passent à côté de l’essentiel. Car la seule chose qui ait jamais fait plier Drucker, ce n’est ni un patron, ni un chroniqueur, ni l’âge. C’est arrivé une seule fois, au moment précis où il s’apprêtait à boucler la boucle de toute sa carrière.

Le jour où son cœur a dit non
Pour les Jeux olympiques de Paris 2024, France Télévisions a sorti l’artillerie lourde. Dans ce dispositif figure un talk quotidien de deuxième partie de soirée, Quels jeux !, confié à Léa Salamé et Michel Drucker. Pour lui, c’est un retour symbolique : soixante ans après ses débuts au service des sports.
Le choix fait grincer des dents. Début décembre 2023, Matthieu Lartot confie à L’Équipe la frustration de la rédaction des sports : « Léa Salamé et Michel Drucker sont de grands professionnels, il n’y a pas de débat. » Mais elle aurait aimé être mobilisée elle aussi.
Le 2 janvier 2024, dans C à vous, Drucker rend hommage à ses patrons : « Ils m’ont attendu. Deuxième opération, ils m’ont encore attendu. Donc je leur suis infiniment reconnaissant. Ma fin de carrière, je leur dois. » Tout semble prêt pour l’été.
Et puis, le 6 janvier 2024, la nouvelle tombe : Michel Drucker renonce à animer la quotidienne, sur avis de ses cardiologues. À TV Mag, il l’explique sans détour : « Mes cardiologues ne veulent pas que je fasse ça tous les jours parce que je reviens de très loin. »
Le détail achève de tout dire : « C’est un talk-show diffusé du 26 juillet au 11 août vers 23 heures, c’est considérable ! Moi, je me couche très tôt et j’ai toujours des médicaments à prendre. » L’homme des quinze heures par jour se couche désormais tôt.
Puis cet aveu : « Mes cardiologues me considèrent comme un extraterrestre, je ne devrais plus être là. Le pronostic vital était engagé plusieurs fois, on m’a opéré deux fois gravement avec huit à dix heures d’anesthésie à chaque fois. » Le corps a rendu son verdict. Et pour une fois, Drucker l’a écouté.
Il participera tout de même plusieurs fois au programme, puis à la formule prévue pour les Jeux paralympiques. Mais le symbole est là : ni le licenciement de 1968, ni le « has-been » de Guilhaume, ni les rumeurs n’avaient pu le faire reculer. Son cœur, si.
« Le jour où je ne fais plus de télé, je meurs »

Alors pourquoi ne s’arrête-t-il pas tout à fait ? Il a donné la réponse ce dimanche 18 octobre, dans La Tribune Dimanche, et elle est vertigineuse : « Le jour où je ne fais plus de télé, je meurs. C’est aussi simple que ça. » Le corps l’a obligé à lever le pied. Lui retirer l’antenne, ce serait l’achever autrement.
Sa fin idéale, il l’a d’ailleurs déjà écrite : « Je n’imagine pas d’autre fin pour moi que là où je suis le plus heureux : mourir sur mon canapé rouge, après le générique de fin. » Une phrase qui fait sourire. Et frissonner un peu.
En attendant, il ménage la machine. « Mes médecins savent que mon métier est ma passion, et ma passion ne me fatigue pas. En revanche, je ne travaille plus comme avant », expliquait-il à Télé-Loisirs fin 2024. Marche, gym, vélo, et un rameur offert par Jean-Claude Killy : « Je fais une heure de sport par jour. »
Et ça paie. Dans Paris Match, il se dit « au top » et assure n’avoir « rien perdu actuellement ». Il y glisse même un aveu inattendu : « Ça fait 60 ans que je fais ce métier. Je me sens bien depuis, en gros, trois ans seulement. »
Pour la suite, tout est prévu. Baptisé enfant pour le protéger, ce fils d’un père juif se dit laïc. Il rêve d’obsèques sobres, comme celles de Françoise Hardy, morte en 2024 : une cérémonie entourée de ses proches au crématorium du Père-Lachaise. Elle l’a profondément touché.
Et sur la pierre, une phrase qui résume soixante ans de télé et un cœur qui a fini par dicter ses conditions : « Il a aimé les gens et ils l’ont bien aimé. » Ou alors Groucho Marx, pour le dernier éclat de rire. Le générique de fin, lui, peut attendre.