Muriel Robin, phénix à 71 ans : « un litre de champagne chaque soir », le déclic qui a tout changé

Elle fait rire la France depuis quarante ans. Ses sketchs sont cultes, sa carrière impressionne. Mais derrière les projecteurs, Muriel Robin cachait un naufrage silencieux que personne n’imaginait.
Alcoolisme sévère, quatre dépressions, un burn-out, une fausse couche et une embolie pulmonaire qui aurait pu la tuer. Ce 2 août, l’humoriste souffle ses 71 bougies. Elle le fait aujourd’hui avec une franchise qui bouleverse.
Le premier verre à 12 ans, avec son père
Tout commence bien avant la célébrité. Dans le documentaire Alcool au féminin : elles brisent le tabou, diffusé en 2025 sur France 5, Muriel Robin raconte son premier contact avec l’alcool. Elle a 12 ans, et c’est son propre père qui lui fait partager une bouteille de vin.
L’habitude s’installe vite. Adolescente, elle boit déjà dans les cafés, sans que cela n’alerte personne autour d’elle. Puis viennent les années de succès à Paris, les soirées qui s’enchaînent, et l’alcool qui devient peu à peu un refuge.
« C’était une vraie béquille. Je me sentais tellement différente que j’étais très seule. J’étais en grande souffrance », confie-t-elle aujourd’hui. Le rire cachait une solitude immense.
Un litre de champagne, chaque soir
Avec les années, la dépendance prend une ampleur vertigineuse. « Je buvais un litre minimum de champagne chaque soir », révèle l’humoriste sans détour. Chaque émotion négative déclenchait automatiquement un verre.
« Boire était normal. Je croyais que c’était du plaisir », raconte-t-elle avec une lucidité tardive. Son poids grimpe jusqu’à 99 kilos, son moral s’effondre après chaque spectacle.
Elle traverse quatre dépressions, dont certaines particulièrement violentes. Le bilan, elle le résume aujourd’hui d’une phrase qui dit tout : « Je réalise que c’est trente ans que je n’ai pas vu passer… Je réalise que c’est l’alcool qui me les a volés. C’est cher payé. »

D’autres artistes ont connu la même spirale destructrice. Serge Gainsbourg a lui aussi été humilié par son alcoolisme, selon les mots de sa dernière compagne.
Une fausse couche, puis un corps qui dit stop
Les blessures de Muriel Robin ne se limitent pas à l’alcool. Avant d’assumer pleinement son homosexualité, elle a vécu une fausse couche, épisode qu’elle décrit comme l’une des grandes douleurs de sa jeunesse.
À l’approche de la cinquantaine, un burn-out particulièrement violent la frappe. La pression accumulée depuis des années finit par la faire s’effondrer. Son corps et son esprit lâchent en même temps, l’obligeant à tout interrompre.
D’autres humoristes ont traversé des zones sombres similaires. Bruno Solo a lui aussi vécu au plus mal pendant des années, tout comme Yannick Noah, qui a confié avoir voulu « se foutre en l’air ».
Le soir où son corps a pris feu sur scène
L’épreuve la plus spectaculaire survient en 2016, pendant la pièce Momo avec François Berléand. Dès la veille, Muriel Robin ressent un malaise inhabituel. Elle monte quand même sur scène.
Très vite, tout se dégrade. « Je sentais que l’énergie me quittait », raconte-t-elle. « Je ne parvenais plus à marcher vite, à dire mes répliques assez fort. Tout mon corps était en feu. »
Comprenant la gravité de la situation, elle glisse quelques mots à son partenaire de jeu : « Je ne suis pas bien, fais quelque chose. » Le rideau tombe quelques instants plus tard.

Le diagnostic tombe : une embolie pulmonaire. « Le corps fabrique un caillot de sang qui remonte. S’il est gros, il bouche le cœur. S’il éclate en plusieurs morceaux, il vient obstruer les artères des poumons. Dans les deux cas, on meurt », explique-t-elle. Son caillot s’était divisé en deux.
La vidéo qui a tout déclenché
Hospitalisée, sous anticoagulants, Muriel Robin refuse pourtant de sombrer. Sa reconstruction commence par un geste de sa compagne, Anne Le Nen, aujourd’hui son épouse.
Un soir, après une nouvelle consommation excessive, Anne décide de la filmer. Le lendemain, elle lui montre les images. Le choc est immense. Elle lui annonce aussi qu’elle partira si rien ne change.
Pour Muriel Robin, cette confrontation agit comme un électrochoc. Elle accepte enfin l’aide et entame un sevrage. « Je ne sais pas si toute seule j’aurais réussi », admet-elle avec humilité.
Aujourd’hui, l’humoriste parle ouvertement de son parcours pour briser les tabous autour de l’alcoolisme et de la santé mentale. Après avoir traversé les pires tempêtes, elle continue de monter sur scène. Son histoire prouve qu’il est possible de renaître, même après les nuits les plus sombres.