Natalie Portman brise le silence sur la décision radicale prise à 13 ans avec ses parents
Elle a 45 ans, un Oscar, trois enfants et une adresse à Paris. Lundi, en couverture du numéro de novembre de Harper’s Bazaar, Natalie Portman a pourtant lâché une confidence qui oblige à revoir trente ans de souvenirs. Vous pensez la connaître ? Attendez.

La femme sérieuse, la première de la classe, la perfectionniste de Black Swan : tout ça serait un malentendu. « Avec le temps, c’est devenu comme si tout le monde pensait que je suis vraiment sérieuse », glisse-t-elle au magazine américain. « Je suis très loufoque, et j’aime rire plus que tout. »
Alors d’où vient cette image qui lui colle à la peau ? L’actrice l’admet sans détour : au départ, il y a eu de sa part « un effort conscient ». Une construction. Un choix délibéré, fait très jeune, avec ses parents.
Ce choix, elle l’a fait à 13 ans. La raison, elle ne l’a racontée que bien plus tard, et elle glace le sang. Pour la comprendre, il faut remonter le fil : Jérusalem, une pizzeria de Long Island, un tueur à gages et une galaxie très, très lointaine.
Avant Hollywood, une petite fille qui détestait les ratures
Elle naît le 9 juin 1981 à Jérusalem, sous le nom de Natalie Hershlag. Fille unique d’Avner Hershlag, médecin israélien spécialiste de l’infertilité, et de Shelley Stevens, Américaine et femme au foyer. Aucun projecteur à l’horizon. Rien qui annonce une star.
Son arbre généalogique, lui, porte déjà tout le poids du XXe siècle. Ses arrière-grands-parents paternels ont été assassinés à Auschwitz. Une de ses arrière-grands-mères a été espionne pour le Royaume-Uni. Une histoire familiale qui, vous le verrez, finira par la rattraper sur scène.
À 3 ans, la famille quitte Israël pour le Maryland : le père veut poursuivre sa formation aux États-Unis. Trois ans plus tard, cap sur New Haven. Puis Long Island, dans l’État de New York, où il décroche un poste de médecin. Natalie a 9 ans, et déjà l’habitude des cartons.
À la maison, la culture est une religion. La fillette fréquente les cinémas, les théâtres, les opéras, les musées. De 4 à 12 ans, elle enchaîne les cours de danse moderne plusieurs fois par semaine. Elle parle anglais et hébreu, et apprendra le français et le japonais au lycée de Syosset.
Ses camarades, raconte-t-elle en 2015 devant les diplômés de Harvard, la connaissaient moins comme actrice que pour le correcteur blanc sur ses mains, « parce que je détestais avoir quoi que ce soit de raturé dans mes cahiers ». En terminale, on l’élit la plus susceptible de participer au jeu Jeopardy!. Traduction, selon elle : « la plus nerd ».
Elle-même se décrit sans fard en interview : « J’étais différente des autres enfants. J’étais plus ambitieuse. […] J’étais une enfant très sérieuse. » Retenez bien ce dernier mot, car il va la poursuivre pendant trente ans.
Une pizzeria, un agent… et un nom emprunté à sa grand-mère

Tout bascule devant une part de pizza. Elle a 10 ans quand un agent de la marque Revlon la repère dans une pizzeria et veut la recruter pour une campagne publicitaire. Le rêve de beaucoup de parents. Pas le sien.
Mannequin, très peu pour elle : la gamine explique qu’elle veut être actrice. Les agents l’aident alors à trouver des auditions et à s’y présenter. À dix ans, elle négocie déjà sa trajectoire au lieu de la subir.
Puis vient le premier grand rôle, et avec lui une décision étonnante. Natalie Hershlag disparaît des génériques. Elle emprunte le nom de naissance de sa grand-mère maternelle : Portman. Objectif officiel : protéger sa vie privée et celle de ses parents.
Prenez la mesure de la scène. Une enfant de 12 ans qui, avant même la sortie de son premier film, dresse un mur entre elle et le public. D’un côté, Natalie Hershlag, l’élève qui déteste les ratures. De l’autre, Natalie Portman, le visage sur l’affiche.
Le mur n’est d’ailleurs pas étanche : dans la version longue du film sortie en DVD, elle est créditée sous son vrai nom. Mais l’essentiel est ailleurs. Une petite fille protège les siens derrière un pseudonyme.
Et elle, qui la protège ? De quoi, au juste, cette précaution précoce allait-elle devoir la tenir à l’abri ? À ce moment-là, personne n’imagine encore ce que ce premier rôle va déclencher.
Deux mille fillettes auditionnées, et soudain, elle
Ce rôle, c’est Mathilda dans Léon, de Luc Besson. Selon CinéSérie, le cinéaste avait eu l’idée du film après Nikita, où Jean Reno campait un tueur nommé Victor. Il voulait lui offrir un personnage proche, « un cousin », selon ses propres mots rapportés par le site.
Le pitch fait frissonner : à New York, un tueur à gages solitaire recueille une fillette de 12 ans dont la famille vient d’être massacrée sur son palier. Elle veut se venger, et lui demande de lui apprendre le métier. Trouver l’enfant capable de porter ça ? Un casse-tête.
D’après CinéSérie, Besson auditionne plusieurs centaines de jeunes filles. Il écume les écoles, les cours de danse et de théâtre de New York, passe même des annonces dans les journaux de Los Angeles, Chicago, Miami et Boston. En vain.
Puis le téléphone sonne. Un agent new-yorkais lui parle d’une jeune mannequin de bientôt 12 ans, à la sacrée personnalité. Le réalisateur accepte de la voir. Et là, il ne la ménage pas : il lui fait jouer la scène la plus dure du film, celle où Mathilda fond en larmes après la mort des siens.
Elle la joue avec une facilité déconcertante. Besson la juge surdouée, toujours selon CinéSérie. Mais la fillette, la tête sur les épaules, le prévient aussitôt : elle veut le film, sauf que ses parents, très à cheval sur la morale, vont avoir du mal avec le scénario tel qu’il est écrit.
Une gamine de 11 ans qui annonce au réalisateur que le script ne passera pas en l’état. Le réalisateur, convaincu que son film sera meilleur avec elle, se dit prêt à des concessions. Reste à savoir lesquelles.
Cinq cigarettes, pas une de plus : le pacte des parents
Un déjeuner est organisé entre la famille et la production. Sur la table, raconte CinéSérie, des conditions non négociables. Mathilda ne tuera personne, ne touchera pas à l’alcool, n’apparaîtra jamais nue et ne fumera pas à l’écran.
Sur la cigarette, un compromis presque comique : la fillette pourra apparaître dans cinq scènes une cigarette à la main, sans la fumer, et son personnage finira par arrêter. Le scénario est remanié, le contrat signé. Selon CinéSérie, Besson tient enfin sa Mathilda après 2000 auditions.
Les parents ne s’arrêtent pas aux cigarettes. Ils négocient aussi avec le cinéaste la sexualité sous-entendue de certaines scènes. Pourquoi une telle vigilance sur ce point précis ? La suite de l’histoire va donner à ce détail une résonance terrible.
Le film sort en 1994. Natalie a 13 ans, elle en avait 12 au tournage. En France, 3,5 millions de spectateurs se ruent en salles, d’après CinéSérie, et le film décroche sept nominations aux César. Petit détail savoureux : en version française, c’est une certaine Ludivine Sagnier qui lui prête sa voix.
Le plus troublant, c’est qu’elle ne garde pas du tout ce souvenir de triomphe. À Harper’s Bazaar, elle affirme aujourd’hui que son premier film a eu « des critiques horribles » et « aucun box-office ». Mémoire sélective, ou trace d’un malaise que les chiffres ne disent pas ?
En 2023, au Hollywood Reporter, elle met enfin des mots dessus. « C’est un film qui est toujours aimé, et les gens m’en parlent plus que presque tout ce que j’ai jamais fait, et il m’a donné ma carrière ; mais quand vous le regardez maintenant, il a définitivement des aspects malaisants. Alors, oui, c’est compliqué pour moi. »
Gangsters, martiens et une adolescente trop mûre pour son âge

Après Léon, les propositions pleuvent. En 1995, elle joue la belle-fille du flic incarné par Al Pacino dans Heat, de Michael Mann. L’année suivante, Beautiful Girls. Des films aux thèmes sombres, comme le note la presse américaine en revenant sur ses débuts.
Dans Beautiful Girls, elle incarne Marty, une jeune fille particulièrement mûre dont le personnage de Timothy Hutton a l’impression de tomber amoureux. Encore une très jeune fille regardée par un homme adulte. Le schéma de Léon se répète.
Elle tourne ensuite avec Woody Allen dans Tout le monde dit I love you, puis chez Tim Burton dans Mars Attacks!, où elle est la fille du président joué par Jack Nicholson. Avant même sa majorité, son carnet d’adresses ferait pâlir bien des stars adultes.
Et puis, en 1997, ce choix qui étonne. Elle se retire de L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, de Robert Redford. C’est Scarlett Johansson qui récupère la place. Elle, elle part jouer Anne Frank au théâtre, dans l’adaptation du célèbre Journal.
Le livre, elle l’avait découvert pendant le tournage de Léon, lors d’un voyage à Amsterdam. Jouer ce rôle soir après soir, explique-t-elle, a quelque chose de fort pour elle, juive, dont les arrière-grands-parents sont morts à Auschwitz. Elle est aussi le premier choix pour une Juliette de Shakespeare sur scène, mais les producteurs la trouvent trop jeune.
Seize ans, une couronne de reine… et un chagrin gardé pour elle
À la fin des années 1990, le coup de tonnerre : George Lucas lui confie Padmé Amidala dans la nouvelle trilogie Star Wars. Détail qui fait sourire, elle n’avait jamais vu un seul des trois premiers films. Elle a 16 ans au tournage de La Menace fantôme.
Le tournage se déroule à Londres et en Tunisie. Et l’adolescente pose une condition : elle obtient de George Lucas d’avoir ses amies avec elle, pour ne pas se sentir seule. Même au cœur de la plus grande saga du cinéma, elle s’entoure d’un cercle de protection.
Pendant ce temps, l’élève modèle ne lâche rien. En 1998, son travail de recherche au lycée la propulse avec son équipe en finale de l’Intel Science Talent Search, un prestigieux concours scientifique. Elle termine ses études à Syosset en 1999.
La même année, un autre épisode passe presque inaperçu. On lui propose un premier rôle dans Ma mère, moi et ma mère, avec Susan Sarandon. Elle refuse d’abord : le rôle implique une scène sexuelle. C’est Susan Sarandon qui insiste auprès du réalisateur Wayne Wang pour réécrire le script, et elle finit par rejoindre le projet.
Sorti en 1999, ce film lui vaut une nomination au Golden Globe. La Menace fantôme, lui, est un triomphe commercial qui la propulse au rang de star mondiale. Mais la critique est féroce. « J’avais 16 ans, et ça s’est fait massacrer », résume-t-elle aujourd’hui à Harper’s Bazaar.
Elle se souvient des reproches, en vrac : on aurait « ruiné la franchise », aucun des acteurs ne saurait jouer. Elle a tout encaissé en silence. « Je ne me souviens pas en avoir parlé à qui que ce soit. Je ne voulais montrer à personne que j’étais blessée. »
Harvard plutôt que les paillettes
Septembre 1999. Au lieu de surfer sur la vague Star Wars, la jeune star entre à Harvard pour étudier la psychologie. Elle loge à Lowell House, l’une des résidences étudiantes. Pour la première fois, elle vit loin de ses parents.
Sa phrase de l’époque, rapportée par le Khaleej Times, dit tout : « Je me fiche que Harvard ruine ma carrière. Je préfère être intelligente plutôt qu’une star de cinéma. » À 18 ans, elle tourne le dos au tapis rouge pour les bibliothèques.
Le campus, pourtant, l’impressionne. Elle racontera aux diplômés de 2015 qu’elle s’attendait à ce que ses camarades croient qu’elle avait été admise pour sa célébrité, pas pour son intelligence. Elle n’avait jamais rédigé un devoir de dix pages, et se disait « alarmée et intimidée » par le « regard calme » des autres étudiants.
Le premier jour d’orientation, cinq étudiants différents se présentent à elle avec la même phrase : « Salut, je vais être président. Souviens-toi que je te l’ai dit. » Elle les croit tous. « Leur assurance semblait être la preuve de leur prophétie, alors que je n’arrivais pas à me débarrasser de mes doutes. »
Sa réponse ? S’inscrire aux cours les plus durs, en neurobiologie et en littérature avancée, pour être prise au sérieux. Et quand Lucas tourne L’Attaque des clones, c’est pendant les vacances d’été, de juin à septembre 2000, entre Sydney et Londres. Les études d’abord.
En 2002, elle est même assistante dans le laboratoire de neuropsychologie de Stephen Kosslyn. Elle participe à une étude sur la capacité des nourrissons à comprendre qu’un objet ne disparaît pas quand il sort de leur champ de vision. Padmé Amidala, en blouse de labo.
Le film le plus rentable de la décennie, et le téléphone qui ne sonne plus

Juillet 2001. Elle joue Nina dans La Mouette de Tchekhov, mise en scène par Mike Nichols au Delacorte Theater de Central Park. Sur les planches avec elle : Meryl Streep, Kevin Kline, Philip Seymour Hoffman. Sur le papier, une consécration.
Mais derrière le prestige, la réalité est cruelle. « Star Wars était sorti à peu près au même moment, et les gens pensaient que j’étais une actrice catastrophique », confiera-t-elle en 2014 au New York Magazine, propos traduits par Puremédias. « J’étais au générique du film le plus lucratif de la décennie, et aucun réalisateur ne voulait travailler avec moi. »
C’est Mike Nichols qui la sauve. Toujours selon son récit, il écrit au réalisateur Anthony Minghella une lettre pour lui demander de la prendre dans Retour à Cold Mountain, en se portant garant d’elle. Minghella la recommande ensuite à Tom Tykwer, qui la recommande aux Wachowski.
Une chaîne de confiance, maillon après maillon, qui la ramène au premier plan. Elle rendra cet hommage à Nichols après sa mort, survenue le 19 novembre 2014. Ironie de l’histoire : c’est aussi lui qui lui offrira le rôle d’adulte qui va tout changer.
Ce rôle, c’est Alice dans Closer, entre adultes consentants. En 2005, il lui rapporte le Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle et une nomination aux Oscars. La statuette lui échappe au profit de Cate Blanchett. Mais l’ex-enfant star a gagné ses galons d’actrice adulte.
La dépression qu’elle cachait derrière ses notes
Derrière la vitrine de l’étudiante parfaite, il y a une faille que personne ne voit. Devant les diplômés de Harvard, en 2015, elle avoue avoir traversé une dépression lors de sa deuxième année. Elle l’attribue à un mélange de chagrin d’amour, de pilule contraceptive et de trop de temps passé loin de la lumière du soleil.
« J’étais complètement dépassée et je pensais que lire 1 000 pages par semaine était inimaginable, et qu’écrire un mémoire de 50 pages était quelque chose dont je serais incapable », raconte-t-elle. Elle jouait depuis l’âge de 11 ans, mais trouvait ce métier « trop frivole ».
Pour tenir, elle se donne une devise qui détonne chez une élève réputée perfectionniste : « Done, not good ». Fait, pas forcément bien. Retenez aussi cette formule : elle ressortira, un quart de siècle plus tard, dans la bouche d’une femme qui a changé de vie.
Juin 2003, elle décroche son diplôme. Et une révélation l’attend au bout du parcours. « Quand je suis arrivée à ma remise de diplôme, après quatre ans à essayer d’être quelqu’un d’autre, je me suis avoué que j’avais hâte de retourner faire des films. »
Avant d’y retourner, elle file pourtant un semestre en Israël, à l’Université hébraïque de Jérusalem. Au programme : l’arabe, l’hébreu, l’histoire d’Israël, celle de l’islam et l’anthropologie de la violence. La ville de sa naissance, revisitée en étudiante.
Quatre ans à essayer d’être quelqu’un d’autre. La phrase est lâchée comme une plaisanterie devant un parterre de diplômés. Mais qui essayait-elle d’être, exactement ? Et surtout, contre quoi cette carapace d’intellectuelle était-elle censée la protéger ?
Le soir où la première de la classe a fait exploser son image
Le 4 mars 2006, Natalie Portman présente le Saturday Night Live. Dans un sketch, elle se mue en rappeuse gangsta colérique, prétend avoir triché à Harvard et se droguer. Les gros mots pleuvent.
À l’époque, AlloCiné résume parfaitement le choc : à l’occasion de la sortie de V pour Vendetta, « la douce comédienne a accepté de casser son image ». Le mot est juste. Une image, ça se casse. Encore faut-il l’avoir construite.
Car V pour Vendetta marque aussi une rupture. Pour la première fois, elle est tête d’affiche d’un blockbuster hollywoodien. Elle travaille l’accent anglais avec un coach vocal, se rase la tête pour le rôle d’Evey Hammond, et décroche le Saturn Award de la meilleure actrice.
La même année, en mars, l’Université Columbia l’invite à intervenir dans un cours sur le terrorisme et l’antiterrorisme. En 2008, elle devient le plus jeune membre du jury du Festival de Cannes, présidé par Sean Penn, et présente son premier court métrage, Eve, à la Mostra de Venise.
Rappeuse trash un soir, conférencière à Columbia le même mois. La jeune femme semble tester les limites de son personnage public. Mais cette liberté nouvelle a un prix, et le rôle qui va la consacrer va le lui faire payer dans sa chair.
Black Swan : un an de pointes, des nuits d’effroi et un chorégraphe

Le rôle, c’est Nina, ballerine rongée par la folie dans Black Swan, de Darren Aronofsky. Pour s’y préparer, elle prend un an de cours de danse et perd du poids, rapporte AlloCiné. Elle paie même elle-même ses leçons en attendant que le studio donne son feu vert.
C’est elle qui suggère Mila Kunis pour jouer sa rivale. Et d’après le réalisateur, cité par AlloCiné, elle exécute « 90 % » des scènes de danse. Le tournage est d’une intensité folle, elle se blesse régulièrement, notamment à l’orteil.
Des années plus tard, elle confie à Entertainment Weekly, propos relayés par AlloCiné : « Il y avait des nuits où je pensais littéralement que j’allais mourir. C’était la première fois que j’ai réalisé qu’on pouvait être tellement impliqué dans un rôle qu’il pouvait vous tirer vers le bas. »
Sur ce plateau, il y a aussi le chorégraphe du film, un danseur français : Benjamin Millepied. « Il m’apprenait à danser », racontera-t-elle en 2018 sur SiriusXM, selon The List. « C’était beau. » Le film ouvre la Mostra de Venise le 1er septembre 2010 et rafle ensuite plus de vingt récompenses.
Début 2011, le grand chelem : Golden Globe, BAFTA, Screen Actors Guild Award et l’Oscar de la meilleure actrice. Le soir de la cérémonie, elle est enceinte. Elle confiera plus tard, dans un podcast cité par CNews, avoir été « probablement la seule actrice à manger » ce soir-là.
Sur scène, elle remercie ses parents, Luc Besson, Mike Nichols, Darren Aronofsky. Puis elle se tourne vers son fiancé : « Mon magnifique amour, Benjamin Millepied, qui a chorégraphié le film et m’a désormais offert le rôle le plus important de ma vie. » Le conte de fées est lancé.
Big Sur, puis Paris : la star choisit de s’effacer
Le 4 août 2012, ils se marient sur la côte de Big Sur, en Californie. Millepied, ancien danseur étoile du New York City Ballet, a quitté la troupe en 2011 pour fonder sa propre compagnie à Los Angeles, le L.A. Dance Project, selon CBS News.
Puis l’Opéra de Paris l’appelle. Nommé directeur de la danse, il succède à Brigitte Lefèvre, et le couple s’installe dans la capitale en octobre 2014. Millepied annoncera sa démission de l’Opéra le 4 février 2016. Mais c’est bien à Paris qu’on retrouvera l’actrice, des années plus tard, avec ses enfants.
Elle ne cesse d’en chanter les louanges. À Net-a-Porter, elle s’émerveille, selon Purepeople : « Tous les enfants qui viennent chez moi me disent « bonjour Madame » et me font la bise. » Et de confier : « Maintenant, quand je retourne aux États-Unis, je me dis : « Oh, j’irais dans un magasin sans dire bonjour à tout le monde ? C’est bizarre ». »
Surtout, Paris lui offre ce qu’Hollywood lui a toujours refusé. « Ils sont très doués pour la discrétion ici », expliquait-elle au même titre en mai 2025, d’après The List. Le plus beau compliment, à ses yeux ? Qu’on dise d’elle : « Elle est très discrète. »
La comparaison qu’elle livre aujourd’hui à Harper’s Bazaar est saisissante. « Quand j’étais enceinte à New York et à Los Angeles, j’étais suivie par 20 hommes tous les jours. » À Paris, en revanche, elle dit avoir été « presque complètement laissée tranquille ».
Vingt hommes chaque jour derrière une femme enceinte. La phrase mérite qu’on s’y arrête. Car ce sentiment d’être traquée, scrutée, commentée, n’est pas né avec ses grossesses. Il remonte beaucoup plus loin, à une époque où elle n’était encore qu’une enfant.
2023, l’année où le conte de fées se fissure
Et puis le vernis craque. En février 2023, selon The List, le magazine Voici aurait publié des éléments laissant penser que le chorégraphe entretenait une liaison. Ni Benjamin Millepied ni Natalie Portman n’ont confirmé ces rumeurs.
La presse américaine s’emballe. En juin 2023, une source citée par People assure que Millepied « sait qu’il a fait une énorme erreur » et fait tout pour obtenir son pardon. Une autre, citée par Us Weekly, tranche : « Elle ne pouvait pas lui pardonner. »
Selon The List, elle dépose discrètement une demande de divorce en juillet 2023. Le divorce est prononcé en 2024, après onze ans de mariage. Elle garde le silence, ou presque. À Vanity Fair, qui l’interroge sur l’exposition de son couple dans les médias, elle répond d’une phrase : « C’est terrible, et je n’ai aucune envie d’y contribuer. »
Quand le journaliste avoue ne pas se sentir à l’aise de poser la question, elle lâche, rapporte The List : « J’imagine. » Deux mots. Pas un de plus. La fille qui ne voulait montrer à personne qu’elle était blessée n’a pas changé de méthode.
En avril 2025, face à Jenna Ortega pour Interview Magazine, elle laisse pourtant filtrer quelque chose. « Il est important d’aller vers la joie », dit-elle. Et de préciser qu’on veut trouver cette joie, cette légèreté et cet humour dans son travail « quand les choses sont plus difficiles à la maison ».
Elle choisit de rester à Paris avec ses deux enfants. La ville qui la laisse tranquille. Et c’est là, justement, qu’une nouvelle histoire va commencer, avec un homme qui fuit les projecteurs presque autant qu’elle.
Un producteur de l’ombre, un bébé et une médaille

Mars 2025 : sa romance avec Tanguy Destable est confirmée, révélée par Voici selon Just Jared. Le couple est aperçu peu après à une soirée Louis Vuitton pendant la Fashion Week de Paris. Lui a 46 ans, il est musicien, et le grand public ne le connaît pas.
Le milieu de la musique, si. Sous le pseudonyme de Tepr, il compose, produit, réalise. Il a été producteur et DJ de tournée du groupe Yelle, dont il a remixé « À cause des garçons », un tube en 2007. Il a travaillé avec Woodkid, Calvin Harris, Martin Solveig, Mylène Farmer ou David Guetta.
Selon un portrait de Madame Figaro cité par Just Jared, il signe aussi depuis 2018 les bandes-son des défilés Louis Vuitton de Nicolas Ghesquière. Il est par ailleurs père de deux garçons, nés de sa relation passée avec l’actrice Louise Bourgoin.
Le 17 avril 2026, dans Harper’s Bazaar, elle annonce attendre leur premier enfant. « Tanguy et moi sommes très enthousiastes. Je suis profondément reconnaissante. Je sais que c’est un privilège et un miracle », confie-t-elle, ajoutant, selon Purepeople : « en sachant que ce sera probablement la dernière fois, je savoure chaque instant ».
Lui sort à peine de sa réserve. Au Télégramme, le 20 avril, il lâche quatre mots : « Nous sommes très heureux. » Le 14 juillet, un décret fait de Natalie Portman chevalier de la Légion d’honneur, parmi 619 personnalités distinguées, dont Christine Lagarde. Fin août, le bébé naît à Paris.
Harvard, Star Wars, Black Swan, l’Oscar, Paris, la Légion d’honneur. Une carrière sans fausse note, une vie privée verrouillée. Mais une question demeure : de quoi cette existence impeccable cherchait-elle, depuis le début, à la tenir à l’abri ?
Le bébé, la Côte d’Azur et le malaise qui ne la lâche pas
À peine quelques semaines après l’accouchement, la voilà de retour sur un plateau. Selon Purepeople, les quais des États-Unis et Rauba-Capeù, à Nice, ont été fermés aux véhicules motorisés pour le tournage de Pumping Black, un thriller américain où elle donne la réplique à Jonathan Bailey. Seuls les vélos passent.
Et dans Harper’s Bazaar, entre deux confidences de jeune maman, elle évoque un agacement qui dure. À cause de sa petite taille et de sa longue carrière, des gens la traitent encore comme une enfant, lui tapotent même la tête, rapporte le magazine.
« Enfin, j’ai 45 ans. Je suis très loin d’être encore une enfant », s’agace-t-elle. « Juste le fait d’être petite, je pense que beaucoup de gens se comportent différemment avec vous. Et je pense que ça aggrave encore le problème quand vous avez été une enfant actrice. »
Sa partenaire dans The Gallerist, Jenna Ortega, elle aussi passée par la case enfant star, confirme au magazine : on ne vous parle pas, on vous parle « à ». Les gens ont du mal, dit-elle, à cesser de vous infantiliser quand ils vous ont connue jeune.
Enfant actrice : tout, dans l’histoire de Natalie Portman, ramène à ces années-là. Au pseudonyme, au pacte des cigarettes, à la scène sexuelle refusée, au refuge de Harvard. Il manquait une pièce au puzzle, et elle l’a donnée.
La première lettre de fan qu’une enfant n’aurait jamais dû ouvrir
Samedi 20 janvier 2018, Los Angeles. La Marche des femmes rassemble 500 000 personnes dans la ville, selon AlloCiné. Natalie Portman prend la parole. Devant la foule, elle raconte ce qui s’est passé à la sortie de Léon.
« J’étais si excitée à 13 ans, à la sortie du film, parce que mon travail allait rencontrer un écho humain ! Toute excitée j’ai ouvert ma première lettre de fan, et c’était un viol fantasmé qu’un homme m’avait écrite », dit-elle, dans la traduction publiée par AlloCiné.
Ce n’est pas tout. « Un compte à rebours a commencé à la radio locale, jusqu’à mes 18 ans, c’est-à-dire le jour où il serait légal de coucher avec moi. » Et dans les articles, poursuit-elle, des critiques parlaient de sa poitrine naissante. Elle avait 13 ans.
Alors l’enfant comprend : si elle s’exprime sexuellement, elle ne se sentira pas en sécurité. « Alors j’ai vite adapté mon comportement. J’ai rejeté les films avec des scènes de baisers, j’ai parlé de ce choix dans les interviews, je mettais surtout en valeur mon côté sérieuse. »
Voilà la décision prise à 13 ans. Natalie Portman s’est volontairement construit une réputation de femme « prude » afin que « son corps soit en sécurité, et que sa voix soit écoutée ». Ce que le monde entier a pris pour de la sagesse était un bouclier. Elle parlera ce jour-là de « terrorisme sexuel ».
Huit ans plus tard, dans Harper’s Bazaar, elle complète l’aveu : « Je pense qu’il y a eu un effort conscient, parce qu’on me présentait comme cette Lolita sexualisée, pour dire : « Non, je suis sérieuse, je suis une gentille fille, je suis prude, je suis intelligente, je suis une étudiante », en mettant ça en avant presque comme un mécanisme de sécurité. » Le mot est lâché.
Le bouclier est tombé, il reste un éclat de rire

Relisez tout à la lumière de cet aveu : le nom d’emprunt, le pacte des cigarettes, la scène sexuelle refusée, Harvard plutôt que les paillettes. Selon la presse américaine, ses parents et elle ont soigneusement séparé son image à l’écran de la vraie jeune fille, avec des tenues sages sur les tapis rouges et les études en priorité.
Ce bouclier a eu un prix. En 2020, dans le podcast Armchair Expert, elle confiait, selon la traduction d’AlloCiné : « Le fait d’avoir été sexualisée dans mon enfance m’a, je pense, éloignée de ma propre sexualité parce que cela m’a fait peur. » Elle choisissait, ado, « des rôles moins sexy » parce qu’elle était inquiète pour sa sécurité.
Le masque a fini par coller au visage, d’où cette lassitude d’être prise pour une perfectionniste. « Je suis tout le contraire. Je suis indulgente avec moi-même », assure-t-elle, rappelant qu’à l’université, on avait une expression : « Done, not good ». La devise de l’étudiante en souffrance est devenue celle d’une femme apaisée.
Aujourd’hui, elle veut autre chose. « En ce moment, c’est beaucoup de joie », dit-elle à Harper’s Bazaar. Face à tout ce qui est lourd dans l’actualité, « le plus grand service que vous puissiez rendre en ce moment en tant qu’artiste, c’est d’apporter de la joie ».
Ironie délicieuse du destin : celle qui refusait les scènes de baisers à l’adolescence est attendue dans Good Sex, une comédie romantique de Lena Dunham, en thérapeute de couple qui se remet à fréquenter. Et de son nouveau-né, elle se dit « émerveillée et comblée par ce petit être magique ». La fille modèle a posé son armure.