Patrick Sébastien vend sa maison de Boulogne : le secret bouleversant caché derrière son nom de scène
Il a fait danser la France entière sur des sardines en boîte, tourner des serviettes dans tous les mariages et rire des millions de téléspectateurs chaque samedi soir. À 72 ans, Patrick Sébastien vend sa maison. Pas un pied-à-terre : une propriété de 450 m² à Boulogne-Billancourt, aux portes de Paris.

La raison officielle ? Un cabaret, le sien, en Corrèze, qui ouvre ses portes le 19 novembre. Et pendant ce temps, l’ancien roi de France 2 publie un thriller, Vénéneuse, sorti le jeudi 29 octobre aux éditions XO. Un homme qui tourne la page, en somme… sauf que.
Sauf que derrière cette vente, il y a deux cambriolages, un départ fracassant du service public et un homme qui a décidé de ne plus remettre les pieds à Paris. Et surtout, il y a un détail que presque tout le monde a oublié. Un détail caché dans son propre nom de scène.
Car Patrick Sébastien ne s’appelle pas Sébastien : il est né Boutot. Alors d’où vient ce prénom qu’il porte comme un nom de famille depuis plus de cinquante ans ? Accrochez-vous, la réponse est au bout de cette histoire, et elle va changer la façon dont vous écouterez ses chansons.
450 m², un jardin à l’abri des regards… et deux effractions
Sur le papier, la maison de Boulogne a tout pour plaire. 450 m², des volumes généreux, une décoration travaillée, des pièces chaleureuses. Et à l’arrière, un jardin privé, protégé des regards. Le genre de demeure qu’on ne quitte pas sur un coup de tête.
Sauf que ce jardin, justement, a une histoire. Le 21 décembre 2023, vers 18h30, un ou plusieurs cambrioleurs sont entrés dans la maison en passant par là, par l’arrière. C’est ce qu’a rapporté BFMTV, repris par Actu17, début janvier 2024. Une enquête préliminaire a été ouverte.

Et pas confiée à n’importe qui : au groupe de répression du banditisme de la police judiciaire des Hauts-de-Seine. À l’époque, d’autres célébrités viennent d’être visées, comme le champion de MMA Ciryl Gane. Selon les premiers éléments cités par Actu17, aucun lien n’est pourtant établi avec l’homme soupçonné d’avoir commandité ce cambriolage-là.
Le pire ? Ce n’était pas une première. Dans la nuit du 2 au 3 août 2019, le domicile boulonnais de l’animateur avait déjà été visité pendant ses vacances dans le Sud, selon des informations de la police relayées par Ici Paris. Les malfrats seraient entrés par la terrasse et auraient laissé les lieux dans un « piteux état ».
Le montant du butin varie selon les sources. Ici Paris évoquait un préjudice qui « pourrait s’élever sans doute à plusieurs centaines de milliers d’euros ». Actu17, plus tard, parlera de bijoux et de vêtements estimés à près de 150 000 euros. Dans tous les cas, une sacrée note.
Et le timing est cruel. En août 2019, Patrick Sébastien sort à peine de l’épisode le plus douloureux de sa carrière : ses adieux forcés à France 2. Sa toute dernière émission a été diffusée le 11 mai, et trois mois plus tard, on lui vide sa maison. Mais on y reviendra, à cette guerre avec la télé publique.
« Je ne reviendrai pratiquement plus » : le grand départ

Cette fois, c’est décidé. Dans une interview à Gala.fr, Patrick Sébastien l’annonce sans détour : « Pour l’instant, ma résidence principale est encore en région parisienne, mais je vends ma maison de Boulogne-Billancourt pour financer mon cabaret. » Vendre Paris pour s’offrir la Corrèze. Il fallait oser.

Sa nouvelle base ? Le Lot, à Martel, où il possède une maison de campagne sur un terrain de 35 hectares acquis en 1978, avec piscine et court de tennis. « Le maire est d’ailleurs ravi que nous nous installions dans son village : il va être connu dans toute la France ! », s’amuse-t-il auprès de Gala.
Et Paris, alors ? Rayé de la carte, ou presque. « Je suis remonté quatre jours pour la promotion, mais je ne reviendrai pratiquement plus. Quand ce sera le cas, j’irai à l’hôtel », lâche-t-il. L’homme qui a régné sur les plateaux parisiens pendant des décennies dormira désormais à l’hôtel quand il passera par la capitale.
Le projet qui justifie tout ça s’appelle « Chez Patoche », présenté comme son « Plus Petit Cabaret du monde ». Il ouvre le 19 novembre à La Chapelle-aux-Brocs, en Corrèze. Notez la date : Patrick Sébastien soufflera ses 73 bougies le 14 novembre. Cinq jours plus tard, il lève le rideau.
Et il ne compte pas faire de la figuration. Il promet d’être « sur scène du début à la fin ». « Physiquement, ce sera costaud, avec les vendredis, les samedis, les dimanches après-midi et sans doute certains jeudis pour les groupes », prévient-il. La revue tiendra jusqu’au 31 mai, avant trois mois de tournée estivale.
Au programme, des transformistes, quatre danseuses dont deux feront du transformisme, un chanteur et une chanteuse. « C’est un vrai spectacle, avec des personnages comme Michael Jackson, Mylène Farmer ou Céline Dion, mais présentés à ma façon », détaille-t-il dans des propos relayés par Purepeople. Un retour aux sources du cabaret, en somme, mais pour comprendre jusqu’où remontent ces sources, il faut retourner en Corrèze. Très loin en arrière.
Le gamin de Juillac qui ne savait pas qui était son père

Patrick Boutot voit le jour le 14 novembre 1953 à Brive-la-Gaillarde. Son enfance, il la passe à Juillac, un village de Corrèze. Sa mère, Andrée, n’a que 18 ans quand il naît.
Elle l’élève seule. Et le père ? Personne. Un trou noir au milieu de l’enfance d’un gamin qui deviendra l’homme le plus populaire des samedis soir.
Ce trou noir, il ne s’est jamais refermé. En 2023, dans le podcast Les portraits de Real Life, Patrick Sébastien déclare toujours ignorer qui est son père. Soixante-dix ans de questions sans réponse. C’est son oncle maternel, Jeannot, qui s’occupe beaucoup de lui pendant sa jeunesse.
Plus tard, sa mère se marie et a deux autres enfants, Michel et Françoise. Elle disparaîtra en 2008. Il lui consacrera un livre, Tu m’appelles en arrivant ?, récompensé en 2009 par le prix Kangourou de la Maison du Rire et de l’Humour de Cluny. Un hommage de fils, signé par un homme qui sait ce que perdre veut dire.
Mais à l’adolescence, le jeune Boutot ne rêve pas de télé. Il rêve de rugby. Il joue au CA Brive, veut en faire son métier, et part même en tournée en Afrique du Sud en 1973. Un espoir du ballon ovale, pas un saltimbanque.
Le destin va pourtant bifurquer : de brèves études en faculté de lettres, puis un concours d’inspecteur de police… raté d’un point, un seul. Imaginez la France des samedis soir si ce point-là avait été gagné.

Reste un don, présent depuis l’enfance : l’imitation. Bourvil, Salvatore Adamo, le général de Gaulle, Joe Dassin… le gamin de Juillac les a tous dans la gorge. Et dans sa vie de très jeune homme, il y a déjà autre chose qui compte plus que tout : un petit garçon. Gardez-le en tête, c’est lui la clé de toute cette histoire.
600 francs en poche et un nom de famille encombrant

Septembre 1974. Le Corrézien débarque à Paris avec 600 francs en poche. Il monte un spectacle d’imitations, Bourvil, Joe Dassin, Charles Trenet, et écume les cabarets pour des cachets de misère. Pour tenir, il bosse un temps aux Halles : le glamour, ce sera pour plus tard.
La chance a un nom, Jacques Gauthier, qui lui ouvre la scène de La Main au panier, un cabaret parisien. Première montée sur les planches le 14 novembre 1974. Ce jour-là, il fête ses 21 ans : joli cadeau d’anniversaire.
Mais un problème se pose. « Boutot », ça ne passe pas. Selon sa biographie officielle, quelques années plus tôt, Jacques Martin et Jean Yanne ont créé un personnage de Français moyen qui porte justement ce nom. Difficile de faire carrière avec le patronyme d’un sketch.
Il lui faut donc un nom de scène. Il choisit « Sébastien ». Un prénom, pas un nom de famille. Étrange choix pour un artiste qui veut se faire un nom.

Pourquoi ce prénom-là, et pas un autre ? La réponse est intime. Elle remonte à 1974 et à ce petit garçon dont on vous a parlé. Patience, elle arrive.
Le chèque secret d’une star de la chanson
Les débuts s’enchaînent. En 1975, il présente Annie Cordy à l’Olympia. Le 19 octobre de la même année, il fait sa première apparition sur une grande chaîne nationale, dans Système Deux, l’émission de Guy Lux et Sophie Darel sur Antenne 2. En 1976, il passe chez Michel Drucker et chez Maritie et Gilbert Carpentier.
La même année, il assure la première partie de Michel Sardou à l’Olympia. Le chanteur est alors en pleine tempête autour de Je suis pour. Patrick Sébastien l’a raconté sur Sud Radio en novembre 2025 : des concerts « entourés de CRS », des « alertes à la bombe ». Et puis, la même année, un grave accident de voiture qui le laisse sans véhicule et sans argent pour en racheter un.
« Je me suis planté en bagnole, mais grave », se souvenait-il. Fauché, il demande à Sardou de lui avancer l’argent. « Il m’a fait le chèque tout de suite. »
Quelques jours plus tard, la star le convoque dans sa loge : « Bon, l’argent qu’on ne t’a pas donné, on va te le donner et pour le reste tu ne me dois rien, mais à une condition, tu n’en parles à personne. » Retenez bien le nom de Michel Sardou. Il va revenir. Et pas pour une histoire d’argent.

Fiancé à une gagnante de l’Eurovision, roi des samedis soir
En février et mars 1977, le jeune imitateur coprésente sur TF1 Le Grand Concours de la chanson française, la sélection française pour l’Eurovision, avec Évelyne Leclercq et Yves Lecoq. Le public y choisit une chanteuse pour représenter la France : Marie Myriam.
La suite ressemble à un roman-photo : en mars 1978, Patrick Sébastien se fiance avec elle. Ils vivront ensemble quatre ans, sans jamais se marier. En 1980, il écrit même les paroles de Toujours partir pour son album Comme un coup de blush. Déjà, il écrit pour les autres, un détail qui comptera.
Mais la vraie bascule a lieu en 1984. TF1, alors pilotée par un trio, Hervé Bourges, Pascal Josèphe et Marie-France Brière, cherche un nouveau visage pour ses samedis soir, raconte le site Puremédias. L’imitateur a une centaine de voix à son actif. On lui confie les clés.
Ce sera Carnaval, de 1984 à 1986. Le principe est fou pour l’époque : tout le monde se déguise, invités, public, stars. Lui adore « se faire la tête de quelqu’un », se maquiller jusqu’à devenir quelqu’un d’autre. Et il impose à ses invités comme au public du studio de se grimer à leur tour.
Le résultat a de quoi faire tourner la tête. Dans l’émission du 2 janvier 1987, archivée par l’INA, Bruno Masure et lui jouent des Romains, Christophe Dechavanne chante Dorothée, et Line Renaud imite Thierry Le Luron… en train d’imiter Line Renaud. Selon Puremédias, toutes les stars acceptent de venir.

Même les stars du JT plongent. Puremédias se souvient d’Yves Mourousi et Marie-Laure Augry, présentateurs vedettes du 13h de TF1, déguisés en rockers pour un faux journal complètement déjanté. Mais le plus fort reste à venir. Car bientôt, ce ne sont plus seulement les journalistes qui viennent se déguiser.
Jospin chante, Chirac face à une marionnette : la télé devient un carnaval
À la fin des années 80, il est, selon Puremédias, le premier à inviter des hommes politiques dans une émission de variétés. Lionel Jospin entonne Les Feuilles mortes. François Léotard s’attaque à Méditerranée de Tino Rossi. Jacques Chirac, alors maire de Paris, accepte d’être interviewé par la marionnette Tatayet.
Jack Lang, lui, rejoue avec Miou-Miou le célèbre sketch de Guy Bedos et Sophie Daumier, La Drague. Pour Puremédias, c’est rien de moins que le début de l’ère de la « politique-spectacle ». Le gamin de Juillac fait danser la République.
Tout ne réussit pas pour autant. En septembre 1987, il cède aux sirènes de La Cinq et y anime Farandole. Le succès n’est pas au rendez-vous et dès janvier 1988, c’est terminé : retour au bercail.
En février 1988, TF1 lance Sébastien, c’est fou !. Même recette : imitations, sketchs, déguisements. Selon Puremédias, plus de 10 millions de téléspectateurs regardent TF1 le samedi. Et en 1990, la profession lui décerne le 7 d’or du meilleur animateur de variétés.

1990, c’est aussi l’année où il coanime avec Marcel Béliveau Surprise sur prise !, l’émission de caméras cachées. Au sommet, partout, tout le temps. Sur le papier, c’est la plus belle année de sa vie.
Sur le papier seulement. Car l’été 1990, il y a une route de Petite Camargue, un drame, et une chanson que personne n’a jamais reliée au rire de Patoche. À l’écran, le samedi soir, le spectacle continue.
17,5 millions de Français devant un faux candidat

Le 26 décembre 1992, TF1 diffuse Le Grand Bluff. Le concept : en 1992, Patrick Sébastien s’est grimé en anonyme pour s’incruster dans les émissions de ses confrères. La Roue de la fortune, Une famille en or, Tournez manège, Sacrée Soirée… Animateurs et invités se sont fait avoir.
Chez Jean-Pierre Foucault, il joue un homme qui réclame des autographes pour toute sa famille. Foucault rit, le faux fan se vexe et lui lâche : « Vous êtes gros et vous êtes con. » Chez Philippe Risoli, il récite un poème absurde, La Pintade aux yeux violets. L’animateur se retient d’exploser de rire.
Certaines victimes ont moins apprécié. Le producteur Gérard Louvin a révélé des années plus tard que Pierre Palmade avait demandé qu’on ne diffuse pas sa séquence. Sa réaction apeurée face au faux candidat agressif le faisait passer pour un lâche, selon Louvin.

Le farceur n’épargne même pas sa propre mère, qu’il piège en caméra cachée déguisé en gendarme. Il pousse le vice jusqu’à interroger des passants dans la rue sur… Patrick Sébastien. Et à la fin de chaque piège, il demandait à sa victime si elle connaissait Patrick Sébastien… avant de se démasquer.
Le soir de la diffusion, c’est un raz-de-marée : 17,5 millions de téléspectateurs, 74 % de parts de marché. Record absolu toutes chaînes confondues, inscrit au Livre Guinness des records. Il faudra attendre le 12 juillet 1998 et la finale France-Brésil de la Coupe du monde, avec 20,5 millions de téléspectateurs, pour le détrôner.
Aujourd’hui encore, aucun divertissement n’a fait mieux en France. Mais pourquoi cette idée de se cacher derrière des visages d’inconnus, et pourquoi à ce moment-là ? Il ne le racontera que trente ans plus tard. Et sa réponse n’a rien de drôle.
Chez Mitterrand, puis devant le juge
Sébastien a désormais tous les culots. En 1994, avec Laurent Gerra, il se rend au palais de l’Élysée déguisé, comme dans le film Tenue de soirée, en Gérard Depardieu et Michel Blanc. Les CRS les refoulent. Quelques jours plus tard, ils reviennent en civil, et François Mitterrand leur accorde un entretien.
L’année suivante, il pousse la blague jusqu’à la présidentielle, avec une candidature « canular » de Marlène Mourreau sous les couleurs d’un parti imaginaire, le Parti de la liberté et de l’amour. Tout lui réussit. Jusqu’au sketch de trop.

En 1995, dans son émission Osons sur TF1, il se grime en Jean-Marie Le Pen et chante Casser du noir sur l’air de Casser la voix de Patrick Bruel. Le Mrap porte plainte. La 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris le condamne à 30 000 francs d’amende pour provocation à la haine raciale.
Le patron de TF1, Patrick Le Lay, est condamné avec lui à verser un franc symbolique au Mrap et à la Licra. Et le samedi 16 mars 1996, à la fin du journal de TF1, la condamnation doit être lue à l’antenne. Pour la chaîne qui l’a fait roi, c’est l’humiliation.
Après La Dernière de Sébastien, il quitte TF1. Direction France 2, en 1996. On aurait pu le croire fini. Erreur : sa plus grande aventure télé n’a même pas commencé.
Le cabaret qui a fait de lui l’empereur du samedi soir
Le 26 décembre 1998, France 2 lance Le Plus Grand Cabaret du monde. Clowns, acrobates, jongleurs, magiciens, danseurs venus du monde entier. Le pari semble ringard sur le papier. Il devient un phénomène, récompensé par deux 7 d’or, en 2000 et en 2003.
À partir de 2004, la version du réveillon, Le Grand Cabaret sur son 31, arrive le plus souvent en tête des audiences le soir du 31 décembre. Devant TF1, devant Arthur, devant Christophe Dechavanne. Le ringard a battu les branchés.

Tout ne lui sourit pas pour autant. En 1999, il écrit, produit, réalise et interprète son unique long métrage, T’aime, avec Annie Girardot et Michel Duchaussoy. Il y joue un médecin qui tente de réunir deux amoureux dans un asile psychiatrique. Les critiques sont extrêmement négatives.
Le public ne suit pas davantage : 28 353 spectateurs en salles. Un immense échec. Le site Nanarland le répertorie, tout en lui trouvant des qualités de montage et de mise en scène. Le grand film dont il rêvait devient une curiosité.
Peu importe : la télé, elle, lui reste fidèle. Le 16 décembre 2006, il lance Les Années bonheur, hommage aux chansons des années 70 et 80, avec le chroniqueur Fabien Lecœuvre et l’orchestre de son ami René Coll. Encore un rendez-vous qui va durer plus de dix ans.
Des tubes pour les mariages… et pour les enterrements

Car en parallèle, il chante. En 1997, il enregistre avec René Coll le générique de Fiesta. Le single dépasse les 500 000 exemplaires et grimpe à la 7e place du Top 50. À partir de 1998, il sort à peu près un album par an. Ses chansons s’appellent Le Petit Bonhomme en mousse, Tournez les serviettes, Les Sardines…
Ce dernier titre a un destin à part. En 2010, un mash-up mêlant la chanson aux images d’un concert des Foo Fighters circule sur Internet, au point que Libération y consacre un article. Le rock américain et la fiesta corrézienne dans la même vidéo : il fallait le voir pour le croire.

Puis viennent Cyril Hanouna et Touche pas à mon poste !. Patrick Sébastien l’a reconnu plusieurs fois : l’animateur « en a fait un tube ». La chanson devient un incontournable des fêtes, des bals et des mariages.
Thierry Ardisson l’a résumé d’une formule dans Salut les Terriens. « Aujourd’hui en France, les mariages c’est Patrick Sébastien et les divorces, c’est Benjamin Biolay ! », s’est-il amusé. Et l’intéressé a encore surenchéri.
« Les enterrements aussi, je fais. C’est arrivé deux fois récemment de se faire enterrer sur ‘Les Sardines’ », a-t-il raconté. Du rire jusqu’à la tombe. Ironie du sort, la mort et le rire n’ont jamais été très loin l’un de l’autre dans sa vie. Vous allez comprendre pourquoi.
Ce que Laurence Boccolini a ramené chez elle après le Cabaret
Le Cabaret avait aussi ses coulisses. Le jeudi 29 octobre 2026, sur le plateau de TBT9, sur W9, Patrick Sébastien a balancé une anecdote vieille de vingt-huit ans. Sa cible était assise à quelques centimètres de lui : Laurence Boccolini, l’ex-présentatrice du Maillon faible.
Elle a senti le coup venir. « Donne pas trop de détails, c’est tout », a-t-elle tenté. Peine perdue. En 1998, l’année où l’émission démarre, un contorsionniste américain se produit au Cabaret. Patrick Sébastien mime le numéro, jambes par-dessus la tête, avant de lâcher, hilare : « Et elle a fini avec. »

Cyril Hanouna n’en revient pas : « Non, mais arrête ! » Mais Laurence Boccolini, loin de rougir, corrige la version de son camarade… en allant plus loin. « Quoi ‘elle a fini avec’ ? Je l’ai ramené chez moi. À la fin de son Grand Cabaret. »
Hanouna veut savoir si l’artiste a fait étalage de sa souplesse. « Il s’est contorsionné ? » « Pas besoin », répond-elle. Son souvenir du numéro est plutôt moqueur : « C’était très con ce qu’il faisait. Il s’allongeait, il mettait ses jambes par-dessus sa tête et il avait des yeux dessinés sur son dos. »
Tout s’est joué en coulisses. À la sortie de sa loge, l’artiste lui confie ne pas vouloir dormir dans « un hôtel pourri ». Elle tient d’ailleurs à rassurer son ancien hôte : « C’était pas pourri où tu les mettais, mais il voulait pas dormir là. »
Sa réponse au contorsionniste ne manquait pas de franchise. Elle lui a lancé : « Mais j’habite à la campagne, au milieu de nulle part. Si vous voulez, vous pouvez venir. » Avant de préciser, pour que tout soit clair : « J’étais célibataire. »
La suite ? « On est toujours en contact. Oui, on a passé un très bon moment ensemble », assure l’animatrice, qui affirme que son contorsionniste serait aujourd’hui directeur du Cirque du Soleil. Un fou rire en plateau. Mais derrière la légende du Cabaret, il y a aussi un talent moins connu de Patrick Sébastien : celui de dénicher les autres.
Le découvreur de talents qui finit viré en cinq minutes

La liste donne le vertige. En 1993, il produit et lance Dany Boon, puis en 2001 le premier spectacle de Nicolas Canteloup, Tous des guignols. La même année, il fait de Shirley et Dino les vedettes du Cabaret. En 2011, il découvre le ventriloque Jeff Panacloc, qui y fait ses débuts télé.
Mais le vent tourne. Le 11 février 2017, il lance en direct sur France 2 Le Grand Burlesque. Audience très moyenne, critiques virulentes sur les réseaux sociaux. Le lendemain, il s’excuse : « cet humour n’est pas adapté pour la télé d’aujourd’hui. » L’émission s’arrête après un seul numéro.
Ironie : dans la foulée, il est salué comme acteur. Dans le téléfilm Une chance sur six, diffusé sur France 2 en janvier 2018, il incarne un antiquaire bisexuel. En février 2019, ce rôle lui vaut le prix d’interprétation masculine aux Lauriers de l’audiovisuel.
Entre-temps, l’orage a éclaté. Le 5 octobre 2018, dans une interview à Télé Star, il fixe ses conditions à France Télévisions : « S’ils me donnent moins, je ne resterai pas. Et s’ils me donnent la même chose, je ne resterai pas non plus. » Quelques jours plus tard, le couperet tombe : le contrat de sa société de production n’est pas reconduit.
Le samedi 20 octobre 2018, face à Thierry Ardisson dans Les Terriens du samedi sur C8, il ne mâche pas ses mots. « Je me suis fait virer », lâche-t-il. Il raconte qu’on lui a retiré un tiers de ses commandes deux années de suite, qu’il a baissé son salaire pour garder celui de ses employés.
Et la méthode le blesse. « On a convoqué ma femme qui est la directrice de ma boîte pour lui dire en cinq minutes que c’était fini », dénonce-t-il. Après 22 ans de maison, pas un face-à-face. « Déjà ça, c’est quand même un peu violent. »

La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, en prend pour son grade. Il tacle : « En quatre ans, je l’ai vue dix minutes et quand je l’ai vue, elle ne savait pas que j’avais fait Le Grand Bluff. C’est comme le patron de la Fédération de tennis qui ne sait pas que Noah a gagné Roland-Garros. »
Il cite aussi une étude interne de France 2 selon laquelle il ferait de l’audience grâce à son « pouvoir contaminant ». Sa réplique fait mouche. Il lance : « C’est comme ça que j’ai appris que j’étais un virus. J’ai quand même une dignité, je ne suis pas un paillasson, allez essuyer vos pieds ailleurs. »
Des techniciens en larmes, un procès et un règlement de comptes à l’Assemblée

Le 30 octobre 2018, il enregistre son tout dernier Grand Cabaret sur son 31. Pour l’occasion, il n’invite que des humoristes, dont Jeff Panacloc, Anne Roumanoff et Caroline Vigneaux. Sa femme Nathalie, productrice de l’émission, a raconté la fin du tournage à Télé-Loisirs.
Elle raconte : « Patrick a souhaité qu’après le décompte et la fin de l’émission, tous les techniciens montent sur scène autour de lui. Évidemment ce fut très éprouvant pour tout le monde et beaucoup ont pleuré. » Et d’ajouter : « Mais aujourd’hui, il est très triste. » Le 11 mai 2019, la dernière des Années bonheur referme le chapitre.
Il ne compte pas en rester là : il attaque France Télévisions et réclame 26 millions d’euros. En première instance, le groupe est condamné à lui verser 652 000 euros pour rupture brutale de leur relation commerciale. En appel, le 15 mai 2024, la somme est ramenée à 331 850 euros. Delphine Ernotte, elle, justifie l’éviction par un refus de moderniser le Cabaret.

Le silence des chaînes le surprend. À l’été 2020, il confie au Midi libre : « C’est étrange, je pars avec 3 millions de téléspectateurs et, depuis un an et demi, je n’ai de proposition de personne. Ça ne me gêne pas, je suis libre, en roue libre. » C8 finira par l’accueillir d’avril 2021 à décembre 2023.
Le 31 mars 2026, il est auditionné par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’audiovisuel public, aux côtés de Michel Drucker. Cité par TV Magazine, il qualifie la direction de « fossoyeur du divertissement populaire ». Et à propos de Delphine Ernotte : « Elle n’aime pas les gens, elle aime les chiffres et une certaine idée de la France qui n’est pas la mienne. »
Il compare aussi le nombre de ses prime time à celui de Nagui : « j’avais 16 prime time », Nagui « en avait trois », puis l’année suivante « plus que dix » contre sept, avant de tomber à zéro contre onze. Un mois plus tard, en avril 2026, il diffuse une chanson visant Delphine Ernotte, jugée « sexiste et grossière » par Libération. La présidente de France Télévisions porte plainte pour outrage sexiste et sexuel.
Cancer, polémiques et un tube planétaire à 72 ans
Ces dernières années, la vie ne l’a pas ménagé. En septembre 2022, dans une interview au Figaro, il révèle avoir souffert d’un cancer du rein. La même année, il se sépare de Nathalie, dite « Nana », épousée en 1998 dans le stade de rugby de Brive-la-Gaillarde.
Les polémiques, elles, ne le lâchent pas. Le 22 juillet 2025, lors d’un concert dans un camping naturiste du Cap d’Agde, une spectatrice montée sur scène se met à genoux devant lui. Certains spectateurs et la direction du camping soutiennent qu’il y a eu un acte sexuel réel. Sollicité par Mediapart, il renvoie vers son avocat, Robin Binsard, qui soutient qu’il s’agissait d’un acte simulé.

Fin 2025, il lance le mouvement citoyen « Ça suffit », censé porter la voix de « la France d’en bas » auprès des candidats à la présidentielle de 2027, sans se présenter lui-même. Et cet automne, surprise : il signe un thriller qu’il qualifie lui-même, auprès de Gala, de « un peu » féministe.
« Je considère que personne n’appartient à personne », explique-t-il à propos de son héroïne, dans des propos relayés par 20 Minutes. « Pour moi, l’amour, c’est souhaiter le bonheur de l’autre. » Le provocateur qu’on croyait connaître n’est jamais tout à fait celui qu’on croit.
Et puis il y a ce coup de théâtre de l’automne 2026. Toc Toc, une chanson sortie en 2015, devient virale dans le monde entier grâce à une petite danse lancée par un adolescent sur TikTok. À l’étranger, on la rebaptise « Kicékéla ». Même le compte officiel de la Gendarmerie nationale s’y met.
Interrogé par La Dépêche du Midi, il savoure : « Ça doit bien emmerder ceux qui disent que je fais des chansons de beaufs. » Le rire, toujours le rire. Mais ce rire-là, il a dû le reconstruire un jour, sur des ruines. Et c’est maintenant qu’il faut revenir à ce prénom.
Le prénom d’un fils, une route de Camargue, une chanson pour Sardou

« Sébastien », c’est le prénom de son fils aîné. En 1974, quand il cherche un nom de scène pour remplacer Boutot, c’est le prénom de son petit garçon qu’il choisit. Depuis plus de cinquante ans, chaque fois qu’on dit « Patrick Sébastien », on prononce le prénom de cet enfant.
Le 15 juillet 1990, sur une route de Petite Camargue, Sébastien meurt dans un accident de moto. Il a 19 ans. Et il allait être père : sa fille, Marie-Andréa, naîtra cinq mois plus tard.
Cette même année 1990, il reçoit une cassette VHS de mauvaise qualité : le one-man-show d’un inconnu, Albert Dupontel. Coup de cœur, il décide de le produire. Trente ans plus tard, sur le plateau de C à vous, le cinéaste lui dira : « Tout vient de toi, lorsque, voilà 30 ans, tu m’as sorti de ma chambre de bonne pour me permettre de m’exprimer. »
Puis, en 1992, il écrit un texte en hommage à son fils : Chanter quand même. Il l’envoie à Michel Sardou, celui-là même qui lui avait offert un chèque en secret seize ans plus tôt. Sardou décide d’en composer la musique et de la mettre sur son album Le Bac G.
Le détail qui serre la gorge : les paroles sont signées de son nom de naissance, Patrick Boutot. Sur Sud Radio, en novembre 2025, il a raconté que Sardou avait composé la musique « dans la nuit ». « Pour moi, c’est un superbe hommage à mon fils », a-t-il confié. L’homme qui fait rire la France a confié son deuil à la voix d’un autre.
Le secret du Grand Bluff, enfin dévoilé
Et ce n’est pas tout. Pour les 30 ans du Grand Bluff, dans un documentaire diffusé par C8 fin 2022, il en a révélé l’origine, rapportée par TV Mag. « Je n’ai pas voulu reconnaître le corps à la morgue. Dans mon subconscient, j’ai toujours cette idée que ce n’était pas lui. »
Il poursuit : « Un soir, à l’été 1992, je m’arrête dans une station-service et je vois un motard habillé en noir. Il ôte son casque, il porte la barbe et dans ma tête je me dis : ‘Enlève-la, je t’ai reconnu’. En remontant dans la voiture, j’ai décidé que j’allais me déguiser et aller piéger des gens que je connais. » Le record d’audience du divertissement français est né de ce deuil.
La plaie ne s’est jamais refermée. « Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à mon fils, évidemment », a-t-il dit dans Sept à huit. Avant cet aveu terrible : « Moi, je suis en survie. Je suis mort avec lui. »
Aujourd’hui, la fille de Sébastien travaille aux côtés de son grand-père. Dans le podcast Legend, en mai 2025, il le racontait sans détour. Il disait : « Elle est danseuse avec moi, elle est régisseuse sur mes clips… Elle est partout. » Et d’ajouter : « Tous les soirs, je la présente sur scène. »
Alors le 19 novembre, quand le rideau de Chez Patoche se lèvera dans sa Corrèze natale, pensez à ce nom en haut de l’affiche. Ce n’est pas seulement celui d’un animateur qui vend sa maison pour s’offrir un dernier cabaret. C’est, depuis 1974, le prénom d’un petit garçon.