Le procès en diffamation de Pierre Ménès contre Marie Portolano mis en délibéré au 4 novembre
Un procès en diffamation, mais un absent de marque. Ce lundi après-midi, Marie Portolano s’est présentée seule devant la 17e chambre correctionnelle de Paris, pendant que celui qui l’a attaquée en justice, Pierre Ménès, restait loin de la salle d’audience. Entre mimes de menottes, citations chocs et accusations d’agression sexuelle en toile de fond, cette audience a viré à un moment que personne n’attendait vraiment.

Un procès qui aurait pu ne jamais avoir lieu
Sollicitée par les photographes à son arrivée, Marie Portolano a mimé, dans un sourire chargé d’ironie, une posture de prisonnière, poignets serrés par des menottes imaginaires.
Une manière de dénoncer, selon elle, l’absurdité de la situation : c’est bien elle qui comparaît pour diffamation, poursuivie par l’homme qu’elle accuse d’agression sexuelle.
Un dossier qui, sur le fond, ressemble à une bataille de récits opposés, un peu comme ces affaires où la vérité judiciaire met des mois, voire des années, à s’imposer face au bruit médiatique.
Pierre Ménès, lui, doit être jugé le 16 novembre au tribunal de Nanterre pour les faits qu’elle lui reproche. Ce lundi, c’est donc l’inverse qui se jouait : lui l’accusateur, elle la prévenue.
Son avocat, Me Christophe Bigot, a parlé d’une « inversion des rôles » et d’une tentative de « victimisation » de la part de Ménès, constitué partie civile dans cette procédure.
Un climat tendu, presque théâtral, qui n’est pas sans rappeler d’autres affrontements où la stratégie judiciaire devient elle-même un terrain de bataille, comme dans certaines luttes internes où les coups partent de tous les côtés.
L’absence de Ménès n’était pourtant pas une surprise totale. Son avocate, Me Chloé Redon, avait prévenu qu’il avait un rendez-vous médical de longue date à Rennes, et qu’elle-même serait retenue par une autre affaire. La défense avait demandé un renvoi. Le tribunal l’a refusé. L’audience a donc commencé à 15 heures, sans contradicteur en face, une situation rare qui a nourri un peu plus la tension autour de cette confrontation à distance.
Ce que le livre de Portolano raconte vraiment
Tout part d’un ouvrage publié en mars 2024, Je suis la femme du plateau, aux éditions Stock. Dans ce livre, Marie Portolano évoque, sans jamais le nommer directement, un homme qui aurait profité d’un « droit de cuissage » et se serait permis « de toucher qui il voulait, où il voulait ». C’est sur deux passages précis que Pierre Ménès, aujourd’hui âgé de 63 ans, a construit sa plainte en diffamation, trois mois après la sortie du livre.
Le second passage incriminé est encore plus direct : Portolano y écrit qu’« il avoue qu’il l’a fait ».
La journaliste, aujourd’hui présentatrice de La Maison des Maternelles sur France 2, accuse l’ancien consultant de lui avoir soulevé la jupe puis touché les fesses, hors antenne mais devant le public du Canal Football Club, le 28 août 2016.
Elle affirme l’avoir giflé sur le champ, avant de quitter le plateau, très énervée, puis de revenir malgré tout pour la photo de groupe traditionnelle de la saison.
Cette histoire n’est pas sortie de nulle part en 2024. Elle remonte à un documentaire de 2021, Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste, diffusé sur Canal+. Un passage aurait été coupé par la chaîne « pour protéger Pierre Ménès », une censure révélée ensuite par le site L’Équipe et par Touche pas à mon poste. Cette séquence a d’ailleurs été rediffusée à l’audience, sur grand écran, devant les magistrats.

« Il est coupable, mais les vrais coupables sont ceux qui l’ont laissé faire »
C’est la phrase qui a marqué l’audience. À la barre, Marie Portolano a expliqué que son documentaire de 2021 n’avait « pas vocation à dénoncer lui et à le pointer du doigt », mais à montrer la difficulté d’être une femme dans un milieu masculin, en particulier une rédaction sportive.
Selon elle, c’est la société tout entière qui porte une part de responsabilité, une société qui a longtemps peiné à entendre la parole des femmes ou même encouragé ce type de comportements.
Mais elle n’a rien lâché sur le fond. Elle a rappelé qu’elle vivait, au quotidien, une « stratégie d’évitement permanente » avec son ancien collègue. Un détail glaçant est ressorti : selon elle, Ménès surveillait chaque semaine si elle avait pris de la poitrine pendant sa grossesse.
Elle le décrit comme « un enfant à qui on n’a jamais dit ce qu’il n’avait pas le droit de faire », insistant sur le fait que la responsabilité réelle incombe à ceux qui l’ont laissé agir sans jamais le freiner.
À l’issue de ces deux heures d’audience, sans que Ménès n’ait pu répondre directement, Me Bigot a réclamé sa condamnation pour « abus de constitution de partie civile », dénonçant une « procédure abusive et détestable qui consiste à poursuivre sa victime ».
Le tribunal, lui, a mis sa décision en délibéré au 4 novembre, une date qui précède de quelques jours seulement le second procès de Ménès, prévu le 16 novembre à Nanterre, pour les faits qu’elle lui reproche depuis le départ.
Deux procès, deux dates, un seul dossier qui refuse de se refermer. D’ici le 4 novembre, difficile de savoir qui, du tribunal ou de l’opinion publique, tranchera en premier cette affaire à double détente. Une chose reste sûre : personne n’a fini d’en entendre parler.