Quand Julien Clerc adopte la fille d’un acteur mythique mort, ce que l’on sait
Vous croyez connaître Julien Clerc ? Le crooner à la voix de velours, les tubes qu’on chante en voiture sans même y penser ? Détrompez-vous. Derrière le sourire lisse et les mélodies qui ont bercé trois générations se cache un homme au cœur immense, capable d’un geste que peu d’artistes oseraient.
Car il existe une histoire. Une histoire d’amour, de deuil et de famille recomposée. Une histoire où un chanteur célèbre décide, un beau jour, de tendre la main à une enfant qui n’était pas la sienne. La fille d’un acteur mythique. Un acteur mort dans des circonstances tragiques.
Ce qui suit va vous retourner. Parce que ce geste, Julien Clerc ne l’a jamais crié sur les toits. Il l’a fait dans le silence, avec pudeur, comme il fait tout dans sa vie privée. Et pourtant, c’est peut-être le plus beau chapitre de son existence.
Alors installez-vous. On remonte le fil. Parce que pour comprendre ce père de cœur, il faut d’abord comprendre l’enfant qu’il a été. Et croyez-moi, ça commence très fort.
La famille, c’est sacré — et chez lui, c’est compliqué
Le père qu’on lui arrache

Tout commence par une brouille. Deux ans à peine après la naissance du petit Julien, ses parents se séparent. Et pas dans la douceur, croyez-moi. Dès le berceau, ils sont incapables de se mettre d’accord sur le prénom du bébé.
Il faut dire que tout les oppose. Une grande différence d’âge. Une classe sociale qui ne colle pas. Un fossé qui se creuse à chaque dispute. Deux mondes qui se sont croisés, aimés, puis qui n’ont plus supporté de cohabiter.
Avec le recul, l’artiste ne renie rien de ce mélange détonnant. Au contraire. Il estime que cette double origine est une force, une richesse, pas un handicap. Mais sur le moment, pour un tout-petit, c’est un séisme.
Après des années de procédures judiciaires interminables, le verdict tombe : le petit garçon part vivre chez son père. Sauf que ce dernier, épuisé par ce tsunami d’avocats et de tribunaux, en sort brisé. Au point de faire une paralysie du visage. Le corps qui lâche là où le cœur a trop souffert.
Les deux femmes qu’il appelle « maman »

Quelques mois seulement après la séparation, le père de Julien refait sa vie. Il épouse Ghislaine Téry. Et voilà notre petit garçon propulsé aîné d’une fratrie recomposée, avec de nouveaux repères, une nouvelle maison, une nouvelle mère.
Dès les premiers jours, un détail de son comportement en dit long sur sa maturité précoce. Cet enfant-là a compris très tôt qu’il fallait faire avec. S’adapter. Ne jamais choisir un camp. Une leçon qui le suivra toute sa vie.

Et puis, il y a la musique. Elle débarque dans son quotidien comme une évidence, presque une bouée de sauvetage. Sa belle-mère est pianiste et claveciniste, complètement férue de musique classique. Un univers entier qui s’ouvre à lui.
Avec elle, le petit Julien apprend à jouer du piano. Il l’accompagne dans les concerts-conférences pédagogiques des Musigrains. Les doigts sur les touches, l’oreille aux aguets, il absorbe tout comme une éponge.
Puis vient le week-end. Là, changement de décor total. Il déménage chez sa mère biologique, où il fait ce qu’il veut et écoute de la variété à plein volume. Deux maisons, deux ambiances, deux femmes qu’il appelle maman.
Chacune à sa manière a façonné l’homme et l’artiste. Mais attention, sujet sensible. Par peur de blesser l’une ou l’autre, Julien Clerc a longtemps gardé ce lien pour lui. Un secret d’enfant tiraillé entre deux amours. Vous voyez déjà se dessiner le futur papa hors norme ?
Le demi-frère et le drame de l’été 2023

Avançons dans le temps. Été 2023. Un drame vient frapper la famille de plein fouet. Son demi-frère, le journaliste Gérard Leclerc, meurt dans un accident d’avion. Un choc terrible, brutal, inimaginable.
Et le comble de l’horreur ? Le chroniqueur de Pascal Praud devait justement assister ce soir-là à un concert du chanteur. La mort qui s’invite au moment où l’on célébrait la vie et la musique. Une ironie du sort insoutenable.
Que faire ? Annuler le spectacle ? Julien hésite. C’est Serge Lama, qui a perdu sa fiancée dans des circonstances similaires, qui lui souffle le conseil décisif : monte sur scène. Ne t’arrête pas. La musique te portera.
Alors Julien Clerc s’avance devant son public. Et il livre un discours d’une émotion à couper le souffle. Écoutez-le parler de sa raison de vivre.
« Pour moi, chanter, ce n’est pas un métier, c’est la façon que j’ai trouvée pour traverser cette vie et pour dire Je t’aime aux gens. S’il y a une chose dont je suis sûr intimement, c’est qu’il aurait détesté que l’on soit triste et que je ne chante pas. Donc, je vais penser à sa femme et à leurs enfants Charlotte, Antoine, Mathieu et à leur famille. Je lui dédie ce concert. »
L’élève modèle qui rêvait d’autre chose

Contrairement à pas mal d’artistes de sa génération qui traînaient une réputation de cancres, le jeune Julien, lui, s’en sort plutôt bien à l’école. Au lycée Lakanal, il se fond dans la masse. Discret, sérieux, sans faire de vagues.
Résultat : il décroche son baccalauréat du premier coup. Pas de redoublement, pas de drame. Le bon élève tranquille que tous les parents rêveraient d’avoir. Sauf que son père, lui, a d’autres ambitions.
Ce haut fonctionnaire veut que son fils marche dans ses pas. Devenir quelqu’un de sérieux, de respectable. Il lui conseille donc de passer l’examen d’entrée à Sciences-Po. Le genre de trajectoire toute tracée qui rassure les familles bourgeoises.
Mais le destin en décide autrement. C’est l’échec cuisant. Julien ne rentre pas à Sciences-Po. Il se rabat alors sur des études de droit, puis d’anglais à la faculté de la Sorbonne. On est loin, très loin, des projecteurs.

Et cette année-là, tout se met à trembler. Des manifestations étudiantes secouent la France et font vaciller le fragile équilibre du jeune homme. Lui, le timide, le réservé, se retrouve happé par une agitation qui ne lui ressemble pas.
De ses discussions avec ses camarades de fac, il ne garde franchement pas un souvenir ému. Les meneurs de la révolte ? Il les trouve « sans grand intérêt. Ils m’indisposaient tous. » Cash. Sans filtre. Déjà cette petite phrase qui claque, à contre-courant.
Le coup de culot qui a tout changé

Entre deux cours, Julien avait un rituel. Dès qu’il avait un moment de répit, il filait au café du coin pour discuter avec les habitués. C’est là, dans ce décor banal de zinc et de percolateur, que sa vie va basculer.
Quelques mois avant que les turbulences étudiantes n’éclatent, il croise la route d’Étienne Roda-Gil. Un nom qui ne vous dit peut-être rien, mais retenez-le bien. Cet homme va devenir le parolier de génie derrière ses plus grands succès.
Le problème ? Roda-Gil a déjà un agent, un artiste attitré, tout un écosystème. Un jeune inconnu n’a aucune chance de se faire une place. Aucune. Sauf que Julien a une arme secrète : le culot.
Grâce à son audace, à cette petite étincelle qui fait qu’on ose ce que d’autres n’osent pas, il gagne la confiance du virtuose des mots. Une rencontre qui va sceller deux destins pour les décennies à venir.

À l’époque, décrocher un contrat avec une maison de disques relevait quasiment de l’exploit. Une mission impossible pour un gamin sans réseau. Les portes restaient désespérément fermées. Mais le hasard, encore lui, va s’en mêler.
Coup de chance inouï : la cousine de Julien Clerc parvient à lui obtenir un rendez-vous avec le directeur artistique du label Pathé-Marconi. La porte s’entrouvre. Et Julien, fidèle à lui-même, ne va pas la laisser se refermer.
Il s’empare de la perche tendue et propose un texte écrit à quatre mains avec son complice Roda-Gil : La Cavalerie. Le résultat ? Un succès immédiat, foudroyant. Le petit étudiant timide vient de devenir une star.

Et ce n’était que le début. Cerise sur le gâteau, deux pointures de la chanson française décident de le prendre sous leur aile : Adamo et Gilbert Bécaud. Rien que ça. Grâce à eux, Julien découvre l’univers de la scène. Et il adore ça.
Lors d’un concert de celui que le public surnomme Monsieur 100 000 Volts, une rencontre décisive se produit. Julien fait la connaissance de la productrice de la comédie musicale Hair. Elle est impressionnée par ce jeune talent brut.
De but en blanc, elle lui propose le premier rôle. Le premier rôle ! Intrigué, un peu abasourdi, il file à Londres pour découvrir la version originale du spectacle. Et il tombe sous le charme.
Motivé comme jamais, il accepte de devenir la tête d’affiche de ce spectacle haut en couleurs. Le voilà lancé, propulsé, adulé. Mais avec la gloire viennent aussi les premières fractures. Et notamment avec son parolier fétiche.

Car dans les années 70, Julien commence à prendre ses distances avec Étienne Roda-Gil. Son agent lui a soufflé une idée qui va tout compliquer. « Bertrand de Labbey m’a conseillé d’ouvrir mon répertoire à d’autres auteurs. Étienne l’a très mal pris. »
La suite ? Des affrontements. Des mots durs. Écoutez cette dispute qui en dit long sur leurs egos. « Nous avons eu deux discussions véhémentes. On est en train de faire une œuvre, m’a-t-il lancé. Et je me vois encore lui dire : Mais quelle œuvre ? On fait de la petite chanson, mon pauvre… »
Aujourd’hui, Julien Clerc porte un regard lucide sur cet épisode. Il ne regrette rien, mais il reconnaît qu’il a eu tort de tenir tête. Une humilité rare chez les artistes. Et un premier indice sur cet homme qui sait reconnaître ses erreurs.
Les pépites, les guerres d’ego et un avocat célèbre

Plongeons dans les entrailles de son premier album. En regardant de plus près les pistes, on tombe sur une pépite absolue : Ma préférence à moi. Mélodie, paroles, tout est réuni pour entrer dans la légende. Et pourtant.
Cette chanson va déclencher une énième dispute avec Roda-Gil. Une de plus. Sauf que celle-là, Julien s’en souvient dans les moindres détails, presque au ralenti.
« Je chantais et je le voyais se décomposer. Il suait, dégageait un tel malaise que j’ai dû arrêter. Il m’a lâché : ‘Ouais, c’est bien joli, mais ce n’est pas toi.’ Pour Étienne, ce qui était moi, c’était lui. »
Vous saisissez la tension ? Ce parolier ne supportait pas que Julien existe sans lui. Une relation fusionnelle, orageuse, presque toxique. Deux génies enchaînés l’un à l’autre par la musique et déchirés par l’orgueil.

Au début des années 80, une autre rencontre va bouleverser Julien dans sa chair. Pas une histoire d’amour cette fois. Un homme. Un avocat. L’un des plus célèbres de France : Robert Badinter.
L’échange le marque au fer rouge. Malgré les crimes de son client Norbert Garceau, le juriste plaide contre la peine de mort avec une force qui hante Julien. Il en garde une image saisissante.
« Ce qui m’a marqué, c’est que la barre où se trouvait Badinter était un peu descellée. Il le savait, et quand il parlait, il l’agrippait, scandait les choses horribles qu’impliquait ce genre de verdict en la tapant. »
Bouleversé, Julien confie son trouble à Jean-Loup Dabadie. Et ce parolier de génie met alors des mots sur les maux de son âme. Une chanson va naître de cette émotion brute. La musique comme exutoire, toujours.

Deux ans plus tard, l’homme pudique par excellence va rendre le plus bel hommage qui soit à la gent féminine. Au départ, pourtant, il n’est pas convaincu par le texte. Et sa compagne de l’époque non plus, d’ailleurs.
Il faut toute la persévérance de son producteur londonien — qui ne parlait pas un mot de français, cocasse — pour le convaincre d’enregistrer une simple maquette. Julien cède. À reculons.
La suite, on la connaît par cœur. Reprise dans une publicité célèbre, cette chanson a traversé les générations. Elle est devenue un hymne. Comme quoi, parfois, il faut se méfier de ses propres réticences.

Autre pépite : dès les premières notes de La fille aux bas nylon, la magie opère chez les mélomanes. Un titre qui s’imprime dans les têtes. Mais le tournage du clip, lui, ne se passe pas comme prévu.
Au lieu d’un gros plan sur le chanteur, la caméra se focalise sur une jeune femme qui marche. Un choix audacieux. Et bien plus compliqué qu’il n’y paraît, comme le raconte Julien.
« Ce qui n’est pas aussi évident que cela en a l’air. Il fallait qu’elle ait de belles jambes, naturellement, et qu’elle sache jouer. » Le souci du détail poussé à l’extrême. Un perfectionniste dans l’âme.
Les années 90 : Françoise Hardy et un tiroir secret

Voici une histoire de dingue. L’une des chansons cultes de Julien Clerc a bien failli ne jamais voir le jour. Elle dormait, oubliée, au fond d’un tiroir de Françoise Hardy. Un trésor caché sous des piles de papiers.
Le hic ? Aucune mélodie proposée par le chanteur ne plaisait à la femme de Jacques Dutronc. Rien ne collait. La nuit fut longue, tendue, en dents de scie. Julien commençait à désespérer.
Et puis, trois jours après cette nuit compliquée, surprise totale. Il reçoit une partition accompagnée d’un petit mot de la mère de Thomas Dutronc. Un message court, mais définitif.
« Ne rien changer, je ne retravaillerai pas le texte. » Sec. Sans appel. Et pourtant, de ce bras de fer artistique allait naître un bijou. La preuve que les plus belles choses viennent parfois des frictions.

Avec cet album, Julien Clerc renoue enfin avec son vieil ami Étienne Roda-Gil. Les retrouvailles après les orages. Et la chanson phare de ce disque va marquer les esprits au fer rouge.
À l’origine, le texte évoque les victimes de Pinochet, le dictateur chilien. Un sujet lourd, politique, engagé. Mais l’Histoire, tragiquement, va lui donner une nouvelle résonance.
Traumatisé par les attentats de Charlie Hebdo puis de Nice, le chanteur adapte cette chanson à ces deux drames français. Les mots d’hier épousent la douleur d’aujourd’hui. La musique qui se fait mémoire collective.

Autre anecdote savoureuse. Julien Clerc a un jour évoqué la poitrine de Sophie Marceau dans une chanson. Une rime, un hommage, une audace. Sauf que l’intéressée, elle, n’a pas du tout apprécié la surprise.
Sa réaction est cinglante. « J’ai été atrocement gênée par ce disque. Quand je l’ai reçu, je l’ai caché. J’avais peur que mon entourage ne l’entende. »
Elle enfonce le clou, mal à l’aise. « J’étais mal, comme si j’avais fait une bêtise. C’est intime, érotique, s*xuel, je me suis sentie dévêtue. » Une gêne totale. Comme quoi, tous les hommages ne font pas plaisir.
Le deuxième millénaire : Carla Bruni et un secret bien gardé

Fin des années 2000. Julien Clerc frappe à la porte d’une amie pour lui demander une faveur inhabituelle. Cette amie ? Carla Bruni. Oui, celle qui deviendra première dame de France.
À l’époque, les Français ignorent totalement que l’ancienne mannequin écrit des chansons. Et encore moins qu’elle compose des mélodies. Un talent caché, insoupçonné, gardé dans l’ombre de sa carrière de top model.
Alors, dans le plus grand secret, Carla façonne de toutes pièces un album entier pour Julien. Un travail de l’ombre, discret, généreux. Deux ans plus tard, elle se jettera à l’eau pour elle-même et créera la surprise avec son propre disque.

Mais fin 2005, le destin frappe encore. Étienne Roda-Gil s’envole vers le paradis des artistes. Dire que Julien Clerc est triste serait un euphémisme insultant. Il perd bien plus qu’un parolier : une moitié de lui-même.
Le drame est d’autant plus cruel que ce décès coïncide avec la sortie d’un album aux textes nostalgiques. Comme si tout se répondait. Comme si l’univers avait décidé de tout faire converger au même moment.
Ses mots sur son ami disparu vous serrent le cœur. « Quand je pense à lui, c’est-à-dire tout le temps, je le vois avec une clope à la bouche ou devant une assiette au restaurant. »
Et cette conclusion magnifique. « Nous étions tellement différents. Nous n’avons jamais partagé de vacances, par exemple. Comme quoi, on n’a pas besoin d’être amis pour faire une œuvre d’art. » Une amitié improbable qui a marqué la chanson française.

La vie continue, et avec elle les renouveaux. Sur l’un de ses albums suivants, Julien Clerc tenait absolument à l’ouvrir et le clôturer par des berceuses. Un choix intime, presque secret. Devinez pourquoi.
Redevenu papa dans sa vie personnelle, l’artiste demande à ses auteurs d’écrire quelque chose de doux et de tendre. Un cadeau musical pour son enfant. La paternité qui déteint sur la création.
Entre deux biberons donnés à leur fils Léonard, sa compagne Hélène Grémillon met même sa patte dans le tournage d’un clip. La famille au cœur de tout. Retenez ce mot : famille. Il va devenir central.

Un autre de ses opus est un véritable OVNI musical. Pop et classique mêlés, un mélange audacieux qui aurait pu dérouter. Mais pour les admirateurs de la première heure, c’est une révélation.
L’occasion de souligner l’immense talent de leur chanteur préféré. Tel un caméléon, l’artiste passe des notes classiques aux sonorités pop avec une aisance déconcertante. Il ne se laisse enfermer dans aucune case.
Et grâce au soutien de la jeune génération, notamment de Julien Doré, ce disque se vend comme des petits pains. La passation entre les époques. Le vieux maître adoubé par les nouveaux talents.

L’enregistrement de cet album lui a laissé des souvenirs très forts. Direction Londres, encore une fois. La ville semble décidément accompagner les grands moments de sa carrière.
« Tous les jours, pour me rendre à pied au studio, je traversais Abbey Road. J’en ai même fait un projet familial : vivre trois mois à l’heure de Big Ben… » Le mythe des Beatles et la vie de famille réunis dans une même parenthèse.

Julien Clerc n’a jamais cessé de s’entourer de talents. Comme le montre l’une de ses collaborations, il a fait confiance à Calogero pour son album À nos amours. Un pont entre deux générations de chanteurs à texte.
Sur ce disque, en plus du piano si caractéristique, le chanteur s’entoure de cuivres, de violons et de choristes. Une orchestration riche, ample, généreuse. Toujours cette exigence artistique qui ne le quitte jamais.
Les femmes de sa vie, ou le grand roman du cœur
France Gall et l’amour caché

Maintenant, entrons dans le vif du sujet. Le cœur de Julien Clerc, ses amours, ses ruptures. Parce que c’est là que se cache la clé de notre histoire. La première grande passion porte un nom célèbre : France Gall.
À l’instar de Claude François avant lui, Julien a vécu une romance secrète avec la chanteuse. Un amour clandestin, dissimulé aux regards. Et pour une raison qui aujourd’hui semble absurde.
Le couple « doit se cacher au prétexte qu’un chanteur doit rester célibataire pour faire rêver les filles. » Une règle stupide de l’époque. Aujourd’hui, Julien est vert d’avoir suivi à la lettre ce conseil idiot du milieu des années 70.
France Gall, elle, n’avait plus rien à prouver, en France comme à l’étranger. Alors, pour ne pas se faire repérer avec son amoureux, elle enfilait des perruques. Imaginez le tableau. Une star déguisée pour vivre son amour en douce.

Mais ce petit jeu de cache-cache a fini par l’user. Lassée de vivre son histoire dans l’ombre, après cinq ans de passion, France Gall décide de le quitter. Un coup dur pour Julien.
Écœuré par cette rupture, le chanteur fait ce qu’il sait faire de mieux : il transforme sa douleur en musique. Il lui dédie une chanson bouleversante. Sa manière à lui de panser ses plaies.
Sauf que France, elle, n’en tient pas compte. Elle tourne la page et se console dans les bras de son âme sœur musicale : Michel Berger. La boucle se ferme pour elle, mais Julien, lui, doit se reconstruire.
Miou-Miou, un coup de foudre et un coup de poing

Au milieu des années 70, Julien Clerc range momentanément les studios au placard et pose ses valises sur un plateau de tournage. Le cinéma le tente. Et sur place, son destin sentimental va basculer.
Il tombe éperdument amoureux de Miou-Miou. Le coup de foudre, le vrai. Et la réciproque est totale. Sauf qu’il y a un détail de taille : la comédienne est déjà maman et en couple avec l’acteur Patrick Dewaere.
Malgré cette situation compliquée, Miou-Miou veut s’engager avec Julien Clerc. Le cœur ne se commande pas. Mais ce choix va provoquer une scène digne d’un film. Une dispute mémorable entre les deux hommes de sa vie.
Pacifiste dans l’âme, Julien encaisse un coup de poing sans jamais riposter. Il garde son sang-froid malgré la douleur. Sa description de la scène est saisissante. « Il était énervé, triste. D’ailleurs, il a tout de suite tourné les talons. »
Et au printemps 1978, au milieu de ce tourbillon, Julien Clerc découvre les joies immenses de la paternité. Une petite fille vient au monde. Un bonheur qui va, sans qu’il le sache encore, redéfinir toute sa vie de père.

Hélas, tous les contes de fées ont une fin. Au bout de six ans d’amour, les tourtereaux mettent un terme à leur histoire. La passion s’est éteinte, mais quelque chose de plus fort demeure.
Comme on l’a vu au début, le divorce a longtemps été un sujet douloureux pour Julien. Il en connaît les dégâts sur les enfants. Alors ensemble, ils prennent une décision noble : garder d’excellentes relations pour protéger leur fille.
Julien le résume magnifiquement. « Si j’ose dire, on s’est bien séparés. J’aime tendrement sa maman. » Une rupture réussie, si tant est que cela existe. Et cette délicatesse, retenez-la bien. Elle va tout expliquer.
Miou-Miou, de son côté, confirme la réussite de leur stratégie. Leur fille a été « très aimée, entourée et privilégiée. » Un exemple rare de parents séparés qui placent leur enfant au-dessus de tout. Mais voici que l’histoire prend un tournant inattendu.
L’enfant dans l’ombre qui avait besoin de lui

Et c’est ici que notre histoire bascule vraiment. Car en coulisses, loin des projecteurs et des tournées, une autre enfant avait désespérément besoin de Julien Clerc. Une enfant qui n’était pas la sienne.
Cette petite fille traînait un fardeau immense. Peu de temps avant le suicide de son père biologique, elle n’avait plus aucun lien avec lui. Un drame familial d’une violence inouïe. Un père absent, puis disparu tragiquement.
Ce père, ce n’était pas n’importe qui. Un acteur mythique du cinéma français. Un visage que des millions de spectateurs ont adoré sur grand écran. Un homme immensément talentueux, mais rongé par ses démons intérieurs.
Face à cette enfant meurtrie, Julien Clerc n’a pas hésité une seconde. Il a fait ce que peu d’hommes auraient fait. Il a choisi de la prendre sous son aile et de l’élever comme si c’était son propre enfant.
Vous imaginez le geste ? Accueillir la fille d’un autre homme, la fille d’un acteur célèbre disparu dans le drame, et lui offrir un foyer, un amour, une stabilité. Un père de substitution qui ne demandait rien en retour.

Pendant des années, cette jeune femme a grandi entourée de l’amour de Julien. Elle l’appelait papa dans le quotidien, dans les gestes, dans le cœur. Mais aux yeux de la loi, rien n’était officiel. Un lien réel mais invisible sur le papier.
Alors, une fois le cap de la trentaine franchi, elle a voulu passer de la théorie à la pratique. Rendre légal ce qui était déjà si vrai dans les faits. Et la scène de sa demande est bouleversante de simplicité.
« On revenait de faire des courses pour le dîner et elle m’a demandé : ‘Papa, tu voudrais m’adopter ?’ Pff ! Elle avait évidemment réfléchi à ça avec sa maman, et son désir était d’être traitée comme tous les enfants, le jour venu. »
Une demande d’adoption formulée entre deux sacs de courses. La grande émotion nichée dans le banal du quotidien. Et Julien Clerc, cet homme au cœur immense, a dit oui. Il a adopté officiellement cette enfant qui n’était pas la sienne par le sang, mais qui l’était par l’amour.
Cette jeune femme, aujourd’hui, porte un nom que le public connaît bien. Il s’agit d’Angèle, la fille de l’acteur Coluche… non. Reprenons avec précision : elle est la fille née d’un précédent amour de Miou-Miou, un homme du cinéma emporté par un destin tragique. Et Julien l’a adoptée avec tout son cœur.
La nouvelle famille et le papa en or

Après ces bouleversements du cœur, Julien Clerc continue de construire sa grande famille. Au milieu des années 80, il se remarie et devient papa de deux autres enfants. La tribu s’agrandit encore.
Il ne tarit pas d’éloges au sujet de la carrière de sa fille Vanille, qui a suivi la voie artistique. « Elle est pure et dure et fait ce métier comme il faut le faire, en respectant la musique, par goût et avec une vraie âme artistique. »
Quant à son fils Barnabé, il est resté plus discret, loin des projecteurs. Chaque enfant sa route, chaque enfant son tempérament. Mais tous unis par ce père omniprésent et aimant. Un patriarche au grand cœur.
Hélène Grémillon, la femme de sa vie

S’il devait faire le bilan de toutes ses histoires d’amour, Julien Clerc n’hésiterait pas une seconde. Sa dernière épouse est la femme de sa vie. Celle qui a apaisé son cœur de baladin.
Et quand il entend les critiques sur leurs trente ans d’écart, il les balaie d’un revers de la main. Sans complexe. « Je crois beaucoup à la différence d’âge. Pour certaines personnes, ça peut être difficile, destructeur, mais peut-être que j’ai un côté un peu pygmalion. »

Il reste tout de même une ombre au tableau de ce bonheur. Après la naissance de Léonard, Julien a estimé avoir rempli son devoir envers dame Nature. Une décision qui a brisé le cœur de sa compagne.
Sans détour, il le reconnaît. « Je sais que je lui ai fait beaucoup de peine, mais notre amour a été plus fort. » L’honnêteté avant tout, même quand elle coûte. Deux êtres qui s’ajustent malgré les blessures.
Et pour faire taire les médisances, Hélène tient à souligner les qualités de ce papa en or. « Il fait la cuisine, emmène ses enfants à l’école, va les chercher, les amène au sport, au parc et se balader. »
Elle conclut avec tendresse. « Il les écoute, il est là et les accompagne. » Un père présent, dévoué, entier. Le même qui a un jour ouvert grand ses bras à une enfant qui n’était pas la sienne. La boucle est bouclée. Et l’histoire, magnifique.