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« Petite s***pe » : Emmanuel Macron insulté par SMS, on sait qui aurait envoyé ces messages

Publié par Cassandre le 16 Sep 2026 à 9:53
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Il est presque 21 h 30, un jeudi soir, dans une salle du tribunal judiciaire de Bordeaux. La journée d’audience s’étire depuis plus de sept heures. Les corps sont tassés, la nuit est tombée dehors, et il reste un dernier dossier à examiner.

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Un homme se tient debout devant les juges. Baskets, pantalon et tee-shirt noirs, crâne rasé, barbe de trois jours. Le récit d’audience de Sud Ouest décrit de la douceur dans son regard, et une certaine froideur aussi.

Ce qu’on lui reproche ? Avoir écrit au président de la République. Pas une lettre à l’Élysée, pas un message sur les réseaux sociaux. Des SMS. Directement sur le téléphone personnel d’Emmanuel Macron.

Et ce n’est même pas le plus troublant de l’histoire. Parce qu’avant de comprendre pourquoi il a écrit, il a d’abord fallu comprendre comment il avait pu écrire. La réponse, il l’a donnée calmement. Elle a laissé la salle perplexe.

Le dernier prévenu d’une très longue journée

La scène se déroule le jeudi 10 septembre 2026, lors d’une audience de comparutions immédiates au tribunal judiciaire de Bordeaux. Une procédure conçue pour aller vite, juger dans la foulée, vider les dossiers dans la journée. Sauf que la journée, ce soir-là, n’en finissait pas.

L’homme est le dernier prévenu du jour. Tout le monde est fatigué, sauf lui, apparemment. Sud Ouest le décrit droit sous l’éclairage cru de la salle, immobile, semblant parfois absent.

Le décor lui-même ajoute au malaise. Le quotidien régional évoque l’étrangeté de cette salle d’audience, un œuf géant posé à la verticale, et le côté surréaliste des échanges qui s’y déroulent. On dirait une scène de science-fiction, écrit le journal.

Un homme silencieux, un œuf géant, un président de la République victime, et des SMS dignes d’un mur de toilettes de gare. Vous voyez le tableau ?

La comparution immédiate, rappelons-en le principe : elle permet de juger un prévenu rapidement après son interpellation, dans un cadre strictement encadré. Les audiences sont publiques, précisément pour que la société puisse voir comment la justice pénale fonctionne.

Ce soir-là, ce que le public voit, c’est un homme qui ne dit presque rien. Et un président de tribunal qui va poser la seule question qui intéresse vraiment tout le monde.

La question que tout le monde attendait

Il bombarde Macron de SMS insultants sur son portable perso : à 21h30, le tribunal de Bordeaux découvre qui il est vraiment

Le président du tribunal s’appelle Jean-Luc Ybres. Sa première interrogation ne porte pas sur le contenu des messages, ni sur les insultes, ni même sur la menace. Elle porte sur un point beaucoup plus concret.

Comment s’est-il procuré le numéro du président de la République ? Voilà la question posée à la barre, telle que la rapporte Sud Ouest.

Parce que c’est bien là que le dossier bascule de l’anecdote au vertige. Des gens qui insultent le chef de l’État sur Internet, il y en a des milliers chaque jour. Des gens qui ont son numéro de portable dans leur répertoire, beaucoup moins.

Le prévenu répond calmement, statique, les mains croisées devant lui. Pas de colère, pas de gêne. Juste une phrase, livrée comme une évidence administrative.

« Je l’ai reçu anonymement dans ma boîte aux lettres, sur une clé USB, il y a cinq ans, à Marmande », déclare-t-il à l’audience, selon le quotidien régional.

Une clé USB. Anonyme. Dans une boîte aux lettres. Il y a cinq ans. Et personne, ce soir-là, ne semble en mesure de dire ce qu’il faut en penser.

Une clé USB, une boîte aux lettres, et beaucoup de questions

Il ajoute un détail qui n’arrange rien. La clé ne contenait pas seulement le numéro d’Emmanuel Macron. Elle contenait aussi, selon lui, les coordonnées « de plein de médias ».

Il lâche cette précision impassible, sans chercher à convaincre, rapporte Sud Ouest. Comme si recevoir le carnet d’adresses de la République dans sa boîte aux lettres relevait du courrier ordinaire.

Marmande, c’est dans le Lot-et-Garonne. Landiras, où il vit aujourd’hui, est au sud de la métropole bordelaise, en Gironde. Entre les deux, quelques dizaines de kilomètres de campagne et cinq années de silence.

Car c’est l’autre détail qui intrigue : d’après son récit, il détenait ce numéro depuis environ cinq ans avant de s’en servir. Cinq ans à ne rien faire. Puis, au printemps 2026, le doigt sur le bouton « envoyer ».

Qui a déposé cette clé ? Pourquoi lui ? Le tribunal n’a pas obtenu de réponse à l’audience, et l’homme n’a pas varié sur sa version.

Mais il existe une raison très concrète pour laquelle l’histoire d’un numéro présidentiel qui circule ne fait plus tout à fait sourire en France. Et elle date, justement, de 2021.

Quand le portable du président est devenu une affaire d’État

En juillet 2021, le monde entier découvre l’affaire Pegasus, du nom d’un logiciel espion de niveau militaire capable de s’infiltrer dans un téléphone sans être détecté. Il permet d’enregistrer des appels, de prendre le contrôle des caméras, d’extraire messages et e-mails.

Ce logiciel est édité par la société israélienne NSO Group, qui affirme ne le vendre qu’à des agences gouvernementales contrôlées, pour viser de grands criminels et des terroristes, rappelait alors CBS News.

Le problème, c’est le contenu de la fuite qui déclenche le scandale : une liste de 50 000 contacts présentés comme des cibles potentielles du logiciel. Parmi les noms cités figuraient des dirigeants du monde entier. Dont Emmanuel Macron.

La réaction de l’Élysée, à l’époque, en dit long sur le niveau d’alerte. Selon CBS News, le président français a changé de numéro de téléphone, remplacé son appareil et ordonné une révision de ses procédures de sécurité.

Retenez bien la date : l’été 2021. Et rapprochez-la du calendrier livré à la barre à Bordeaux, où le prévenu situe la fameuse clé USB « il y a cinq ans ».

Aucun lien n’a été établi entre les deux, et rien dans le dossier bordelais ne permet de les relier. Mais la coïncidence de calendrier, elle, a de quoi donner le frisson.

19 messages en quatre mois, et un crescendo

Revenons aux faits reprochés. Entre mars et juin 2026, le prévenu a envoyé 19 messages au président de la République, selon le décompte présenté à l’audience et rapporté par Sud Ouest.

Des SMS, mais aussi des messages vocaux. Quatre mois de campagne personnelle, message après message, sur un téléphone qui n’était pas censé être joignable par un habitant de Landiras au chômage.

Et le contenu ? Le président Ybres en donne un aperçu à la barre, en lisant quelques extraits à voix haute devant la salle. Le genre de lecture qui fait baisser les yeux.

« Vos couilles sont inexistantes et votre intégrité déjà en enfer », figure dans l’un des messages. Dans d’autres, on trouve « trou du cul », ou encore « petite salope ».

Pendant que le président du tribunal lit cette prose, l’homme écoute sans broncher, note le quotidien. Le caractère cru des messages contraste avec l’aspect posé et bien élevé de leur auteur.

Mais parmi ces 19 messages, il y en a un qui ne relève plus de l’insulte. Un seul. Et c’est celui-là qui l’a conduit dans cette salle d’audience.

La phrase qui change tout

Il bombarde Macron de SMS insultants sur son portable perso : à 21h30, le tribunal de Bordeaux découvre qui il est vraiment

C’est la vice-procureure de la République, Clara Passerieux, qui la met sur la table. Pour elle, ce message-là constitue une menace de mort.

« Vous ne pouvez pas gagner contre moi de cette façon, il ne peut qu’y avoir une balle dans ma tête ou la vôtre », lit-elle à l’audience, selon Sud Ouest.

Une balle dans ma tête ou la vôtre. Toute l’ambiguïté du dossier tient dans ces quelques mots. Détresse personnelle, ou menace visant le chef de l’État ?

La justice, elle, a tranché sur la qualification retenue pour le renvoi : l’homme est poursuivi pour outrages à personne dépositaire de l’autorité publique et menace de mort.

Deux infractions, deux logiques. L’une punit l’atteinte à la fonction, l’autre la peur qu’on inflige à une personne. Et l’homme, lui, ne les assume pas de la même manière — on y reviendra.

L’Élysée porte plainte… puis s’arrête sur le pas de la porte

Face à ces messages, le palais présidentiel n’est pas resté les bras croisés. L’Élysée a porté plainte, ce qui a déclenché la machine judiciaire jusqu’à cette audience du 10 septembre.

Mais l’Élysée ne s’est pas constitué partie civile. Traduction : l’institution a saisi la justice, sans venir réclamer de réparation ni s’installer dans le prétoire pour défendre ses intérêts.

Le résultat est une scène presque irréelle. Un procès où la victime s’appelle Emmanuel Macron, et où aucune chaise n’est occupée en son nom du côté des parties civiles.

D’un côté, un homme seul face au tribunal. De l’autre, une fonction, une institution, un État. Et entre les deux, 19 messages envoyés depuis un village de Gironde.

Ce déséquilibre, la défense va s’en emparer. Mais avant la plaidoirie, il y a la procédure. Et elle n’a rien d’anodin.

Ce que risque vraiment un homme qui écrit ça à un président

La comparution immédiate, prévue par l’article 395 du code de procédure pénale, ne s’applique pas à n’importe quoi. Elle est réservée aux délits punis d’au moins deux ans d’emprisonnement, et aux flagrants délits punis d’au moins six mois.

Autrement dit : si cet homme se retrouvait dans cette salle ce soir-là, c’est que le parquet ne considérait pas ses messages comme une simple incivilité numérique.

Le prévenu, lui, encourait la prison ferme, indiquait Sud Ouest en présentant l’affaire. Pas une amende symbolique, pas un rappel à la loi. De la prison.

Cette procédure garantit malgré tout les droits de la défense : le prévenu est assisté d’un avocat, il peut contester les faits, présenter sa défense ou se taire. Il peut aussi demander un délai pour préparer son dossier.

Retenez cette dernière possibilité. Elle va compter, à la toute fin de la soirée, bien plus que tout le monde ne l’imaginait en entrant dans la salle.

Le précédent qui hante tous les dossiers « Macron »

Pour mesurer la fermeté de la justice quand le chef de l’État est visé, il suffit de remonter à juin 2021. Un homme, Damien Tarel, gifle Emmanuel Macron en pleine visite, alors que le président serrait des mains dans la Drôme.

Il avait 28 ans et se passionnait pour l’histoire médiévale, rapportait Al Jazeera. Il a déclaré au tribunal avoir envisagé, plusieurs jours avant la visite présidentielle, de lancer un œuf ou une tarte à la crème, tout en assurant que la gifle n’avait pas été préméditée.

Le verdict est tombé deux jours après les faits : dix-huit mois de prison, dont quatorze avec sursis. Soit quatre mois ferme pour une gifle.

L’infraction poursuivie, la violence sur personne dépositaire de l’autorité publique, était passible au maximum de trois ans de prison et de 45 000 euros d’amende, précisait le média qatari.

Quatre mois ferme pour un geste d’une seconde. La question que tout le monde se posait à Bordeaux était donc simple : combien pour dix-neuf messages étalés sur quatre mois ?

L’homme qui laisse son avocat parler à sa place

Il bombarde Macron de SMS insultants sur son portable perso : à 21h30, le tribunal de Bordeaux découvre qui il est vraiment

Pendant de longues minutes, le tribunal tente de cerner la personnalité de cet homme énigmatique, écrit Sud Ouest. Et ce n’est pas simple.

Il parle peu. Il laisse faire son avocat, maître Gaessy Gros. Il reste immobile, semblant parfois absent, pendant qu’on dissèque publiquement ses mots et ses intentions.

Son profil, pourtant, n’a rien d’un caricatural marginal. C’est un ingénieur au chômage, aujourd’hui installé à Landiras, au sud de Bordeaux.

Un diplôme, une carrière technique, puis la fin du travail. Et, quelque part dans ce basculement, un téléphone qui se met à composer le numéro le plus protégé de France.

Alors, quand il finit par sortir du silence, toute la salle tend l’oreille. Et ce qu’il dit n’a rien à voir avec les insultes lues quelques minutes plus tôt.

Quand il ouvre la bouche, c’est pour parler de Gaza

Son premier message, explique-t-il, n’avait pas pour but de menacer. Il voulait, dit-il, « faire changer certaines situations, l’arrêt du génocide en Palestine, des ventes d’armes à Israël… », selon les propos rapportés par Sud Ouest.

Voilà donc le point de départ revendiqué. Pas une rancune personnelle, pas une histoire d’impôts ou de retraite. Un conflit international, à 4 000 kilomètres de sa boîte aux lettres.

Un homme seul, dans un village girondin, persuadé qu’un SMS bien envoyé peut peser sur la politique étrangère de la France. C’est peut-être ça, le vrai cœur du dossier.

Car au fil des semaines, le ton a changé. Les messages sont devenus plus virulents, jusqu’aux insultes, puis jusqu’à cette phrase sur la balle dans la tête.

Un crescendo classique dans ce type d’affaires : on commence par vouloir être entendu, on finit par vouloir être craint. Sauf qu’ici, le destinataire était le président de la République.

Et ce n’était que le début de son récit. Parce qu’il s’est ensuite présenté comme bien autre chose qu’un simple citoyen en colère.

« J’ai créé un site de gilets jaunes »

À la barre, l’homme affirme avoir créé un site de gilets jaunes. Mieux : il se présente comme l’un des fondateurs du mouvement qui avait enflammé le pays en 2018, rapporte Sud Ouest.

Une revendication énorme. Et impossible à vérifier à l’audience, tant ce mouvement est né sans chef, sans carte de membre et sans organigramme.

Les gilets jaunes, c’est d’abord un mouvement de protestation non structuré, apparu en France à partir d’appels diffusés principalement sur les réseaux sociaux, contre la hausse des prix des carburants liée à la fiscalité sur les produits énergétiques.

Le symbole du démarrage, c’est une pétition intitulée « Pour une Baisse des Prix du Carburant à la Pompe ! », lancée par Priscillia Ludosky, alors vendeuse de produits cosmétiques par correspondance.

Puis viennent les premières occupations de ronds-points, le 17 novembre 2018. Des anonymes, inconnus des médias, deviennent en quelques semaines des visages de la contestation.

Se déclarer « fondateur » d’un mouvement pareil, c’est donc revendiquer la paternité d’un incendie allumé par des milliers de briquets à la fois. Et pourtant, il ne s’arrête pas là.

Le jour où il aurait éteint le mouvement… tout seul

Après avoir dit l’avoir lancé, il affirme être ensuite intervenu pour le faire cesser. Et pas seul : avec l’aide « des services intérieurs », selon les mots rapportés à l’audience par Sud Ouest.

Prenez la mesure de ce qu’il raconte. Il se place à la fois à l’origine de la plus grosse crise sociale du premier quinquennat Macron, et à la manœuvre pour y mettre fin.

Or ce mouvement n’était pas un club qu’on ferme le soir. C’était un mouvement sans structuration hiérarchique, dont les revendications ont rapidement débordé le carburant : justice fiscale et sociale, niveau de vie, rétablissement de l’impôt sur la fortune, référendum d’initiative citoyenne.

Parmi ces revendications figurait même, chez une partie des manifestants, la démission d’Emmanuel Macron. Le président lui-même était devenu la cible du mouvement.

Le bilan judiciaire de cette séquence, tel que recensé sur la fiche encyclopédique du mouvement, donne le vertige : plus de 10 000 gardes à vue et environ 3 100 condamnations, dont des centaines de peines de prison ferme.

Un homme qui prétend avoir tenu ce chaudron d’une main, puis l’avoir refermé de l’autre. À ce stade, le tribunal ne cherche plus seulement à juger. Il cherche à comprendre.

« Haute trahison » : ce qu’il avait déjà lâché en garde à vue

Il bombarde Macron de SMS insultants sur son portable perso : à 21h30, le tribunal de Bordeaux découvre qui il est vraiment

Avant l’audience, il y a eu la garde à vue. Et là aussi, ses déclarations ont marqué les enquêteurs.

Il y avait affirmé vouloir poursuivre le président Macron « pour haute trahison face à ce qu’il est en train de faire à la France », selon les éléments rapportés par Sud Ouest.

Poursuivre le chef de l’État. Lui, ancien ingénieur sans emploi, depuis Landiras. La procédure ne l’effraie visiblement pas : dans son récit, il est l’accusateur autant que l’accusé.

Ce renversement permanent des rôles est le fil rouge de toute l’audience. Il ne se vit pas comme un justiciable convoqué. Il se vit comme un interlocuteur du président.

Et puis il y a cette histoire de lunettes. Le détail qui, plus que tous les autres, a fait basculer la lecture du dossier.

Les lunettes bleues du président

Le jour où son domicile est perquisitionné, le prévenu remarque quelque chose à la télévision. Emmanuel Macron porte ce jour-là ses fameuses lunettes bleues.

Pour lui, ce n’est pas un hasard vestimentaire. C’est un message. Une « façon de dire qu’il a des vues sur mes agissements », explique-t-il, selon le compte rendu d’audience.

Relisez la phrase. Le président de la République choisit une paire de lunettes, et un homme, à des centaines de kilomètres, y lit une réponse personnelle qui lui serait adressée.

Ce n’est plus de la colère politique. C’est un dialogue imaginaire, dans lequel un seul des deux interlocuteurs sait qu’il participe à une conversation.

Le journal note d’ailleurs que l’homme semble fantasmer une relation directe avec Emmanuel Macron. Une relation à sens unique, entretenue à coups de SMS.

Et ce n’est pas la seule ombre qui le suit. Il se pense aussi surveillé par les services de l’État… et par la franc-maçonnerie.

« J’ai été désactivé »

Après la perquisition, la brigade criminelle a fouillé son smartphone et son ordinateur. Son matériel informatique a été confisqué.

Pour lui, ce n’est pas une procédure. C’est une amputation. « Une injustice, j’ai été désactivé, on a pris mes données », déclare-t-il à l’audience, selon Sud Ouest.

« Désactivé ». Le mot d’un ingénieur, celui qu’on emploie pour un compte, un appareil, une ligne. Pas pour un être humain.

Il ne dit pas qu’on l’a humilié ou privé de liberté. Il dit qu’on l’a éteint. Toute sa vision du monde tient peut-être dans ce seul verbe.

À ce moment de l’audience, il reste une pièce du dossier que personne n’a encore lue à voix haute. Un document de quelques pages. Il va tout changer.

Landiras, le village qui a déjà connu l’enfer

Avant d’en arriver là, un mot sur l’endroit d’où partaient ces messages. Landiras n’est pas un nom inconnu des Français, et pas pour de bonnes raisons.

Le 12 juillet 2022, un incendie se déclare sur cette commune, environ une heure après le départ d’un autre feu à La Teste-de-Buch, près du bassin d’Arcachon. Les deux vont ravager la Gironde.

Le feu de Landiras est déclaré totalement sous contrôle le 25 juillet, après des jours de lutte. Puis il repart le 9 août, la tourbe ayant propagé le brasier sous terre, détruisant 7 400 hectares supplémentaires.

Avec 13 800 hectares brûlés sans compter la reprise, l’incendie de Landiras est présenté comme le deuxième plus grand de l’histoire récente de France, derrière celui des Landes de 1949.

C’est de ce coin de Gironde, marqué au fer par les flammes, qu’un ancien ingénieur au chômage a composé, quatre ans plus tard, le numéro personnel du chef de l’État.

Ce que l’expert psychiatre avait écrit sur lui

Il bombarde Macron de SMS insultants sur son portable perso : à 21h30, le tribunal de Bordeaux découvre qui il est vraiment

Vient le moment de l’analyse psychiatrique. Elle révèle d’abord un élément de calendrier : l’homme suit une psychothérapie depuis 2021.

Le texte le décrit, selon Sud Ouest, comme un homme « aimable, courtois, qui reconnaît l’outrage, mais réfute l’accusation de menace de mort ». Il assume donc les insultes. Pas la balle.

Mais l’expert va beaucoup plus loin. Il décrit une personnalité « à la limite des idées délirantes », marquée par « une hypertrophie du moi » et une dimension paranoïaque.

Avec, au cœur du tableau, une volonté de se hisser « à la hauteur du chef de l’État ». Tout s’éclaire : les SMS, les lunettes bleues, les gilets jaunes, la haute trahison.

Un point capital, toutefois : l’expert ne décrit pas quelqu’un de violent. Et son discernement n’est pas aboli, seulement altéré — ce qui permettait de le juger.

La lecture détaillée de cette analyse le fait enfin sortir de son silence. Il dit ne pas se reconnaître dans ce portrait, et lance : « hypertrophie du moi ? Cherchez une trace de moi sur les réseaux sociaux ! » Lui ne se considère ni malade, ni violent.

Le passé judiciaire que personne n’attendait

Puis vient le casier. Et là, le dossier prend une autre densité.

En 2022, cet homme a été condamné pour escroquerie, injure publique à fonctionnaire, harcèlement et menace de mort par conjoint, rapporte le quotidien régional.

Ce n’était donc pas un premier dérapage isolé d’un citoyen en colère. Le tribunal de Bordeaux avait face à lui un homme déjà passé par la case condamnation, pour des faits de la même famille.

La peine requise, et le coup de théâtre final

La vice-procureure Clara Passerieux prend alors ses réquisitions. Elle demande huit mois de prison, dont quatre avec sursis, une obligation de soins et une interdiction d’entrer en contact avec la victime, Emmanuel Macron.

Une interdiction d’entrer en contact avec le président de la République : la mesure dit tout de l’étrangeté de cette affaire.

Maître Gaessy Gros, lui, plaide que le discernement de son client serait plus altéré que ne le dit l’expertise. Et il énumère, selon Sud Ouest : « Il vous dit qu’il est à l’origine du mouvement des gilets jaunes, puis qu’il y met fin avec les services de l’État, qu’il met aussi fin à la loi Yadan, que quand il est en perquis’, Macron met des lunettes… Là, on n’est pas à la limite du paranoïaque ! »

Et c’est là que tombe l’information que personne n’avait vue venir. Après sept heures d’audience, après les insultes lues à voix haute, après l’expertise et les réquisitions, le tribunal n’a pas tranché ce soir-là.

L’affaire sera jugée le 15 octobre, indique Sud Ouest. Le verdict n’est pas encore tombé.

Ce qu’il reste de cette soirée bordelaise

À ce stade, une règle s’impose : cet homme est présumé innocent des faits qui lui sont reprochés, et il conteste explicitement la qualification de menace de mort.

Ce que l’audience a établi, en revanche, c’est un enchaînement difficile à digérer. Un numéro présidentiel arrivé par clé USB anonyme, cinq ans de silence, puis 19 messages en quatre mois.

L’Élysée, lui, restera à distance. Plainte déposée, mais pas de constitution de partie civile : l’institution a laissé la justice ordinaire faire son travail, sans transformer l’affaire en tribune.

Reste la question que cette soirée n’a pas résolue, et qui dépasse largement le cas d’un habitant de Landiras. Qui a déposé cette clé USB dans une boîte aux lettres du Lot-et-Garonne, et pourquoi ?

Le 15 octobre, le tribunal judiciaire de Bordeaux dira ce qu’il retient contre lui. D’ici là, un homme au crâne rasé attend, quelque part au sud de la Gironde, la réponse d’une République qu’il croyait pouvoir joindre en une seule touche.

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