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Sophie Marceau, bientôt 60 ans, révèle l’exigence intime qu’on lui imposait à l’époque de La Boum : « C’était horrible »

Publié par Hannah Maline le 29 Oct 2026 à 19:19
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Demain, le 29 octobre, un livre au titre étrange débarque en librairie : Warszawa. Ce soir, son autrice est attendue sur le plateau de La Grande Librairie, sur France 5. Et dans moins de trois semaines, le 17 novembre, Sophie Marceau soufflera ses 60 bougies : autant dire qu’elle a choisi son moment.

Sophie Marceau, bientôt 60 ans, révèle l'exigence intime qu'on lui imposait à l'époque de La Boum : « C'était horrible »

Dimanche 25 octobre, l’actrice s’est longuement confiée au Figaro. On attendait le récit de ses dix-sept ans aux côtés d’un cinéaste polonais de vingt-six ans son aîné, et on l’a eu. Mais au détour de l’entretien, elle a lâché un souvenir d’adolescence qui glace.

Vous pensez connaître la petite Vic de La Boum ? Attendez. Derrière ce visage, l’un des plus populaires du cinéma français, se cachait une exigence intime, imposée à une gamine qui n’avait personne pour la défendre.

Ce souvenir, elle le résume d’un seul mot : horrible. Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter le fil, jusqu’en 1980 et une audition passée presque par hasard.

Treize ans, une audition par hasard et un nom pioché sur une liste

Au départ, il n’y a aucun rêve de star, juste une ado de banlieue qui veut gagner un peu d’argent. Elle s’inscrit dans une agence de publicité pour enfants et adolescents, où on la repère. Après une audition passée par hasard, elle décroche en 1980, à 13 ans, le premier rôle de La Boum, de Claude Pinoteau.

Rien ne la destinait aux paillettes. Son père, Benoît Maupu, est chauffeur routier, et sa mère, Simone, travaille dans un grand magasin parisien puis dans une brasserie. La famille a quitté Chelles pour un appartement à Gentilly, en proche banlieue, et les parents divorcent quand elle a neuf ans.

À l’époque, elle ne s’appelle d’ailleurs pas encore Marceau, mais Sophie Maupu. C’est pendant le tournage que Claude Pinoteau lui suggère de prendre un pseudonyme. Il lui propose de choisir dans une liste de noms d’avenues de Paris.

Elle opte pour Marceau, histoire de garder le M de son vrai nom. Le détail fait sourire, et pourtant il dit beaucoup. À 13 ans, même son nom sort d’une liste proposée par les adultes du plateau.

Le personnage de Vic, adolescente romantique et rebelle, fait d’elle une célébrité du jour au lendemain. Le film traverse les frontières et les générations. En 1982, elle reprend le rôle dans La Boum 2, qui lui vaut en 1983 le César du meilleur espoir féminin.

Et la machine ne s’arrête pas au grand écran. En 1981, elle enregistre le duo Dream in Blue avec François Valéry, qui cartonne au hit-parade durant l’hiver 1981-1982. Elle a 15 ans, et le 45 tours finit certifié disque d’or, pour plus de 500 000 exemplaires vendus.

En 1985, elle sort même un album entier, Certitude, signé Étienne Roda-Gil et Franck Langolff. L’album et son single Bérézina font un flop. Ironie de l’histoire : c’est en assistant à ces séances qu’une inconnue nommée Vanessa Paradis rencontre les deux auteurs de son futur tube Joe le taxi.

« Je n’avais plus de vie » : quand la gloire devient une cage

De l’extérieur, c’est un conte de fées, et de l’intérieur, une tout autre histoire. Dans Marie Claire, en janvier 2026, elle a eu cette phrase vertigineuse sur cette notoriété précoce, relayée par Planet et Officielles : « C’était trop jeune. Ça aurait pu me tuer. Ça a failli. »

Concrètement, tout bascule : selon ce même récit, elle ne peut plus aller à l’école normalement, ni se déplacer seule. Son quotidien d’adolescente s’évapore d’un coup. Sa formule tient en cinq mots : « Je n’avais plus de vie. »

Elle suit pourtant sa scolarité au lycée Élisa-Lemonnier, dans le 12e arrondissement de Paris, jusqu’en 1981-1982. Puis le cinéma l’avale. Des années plus tard, elle le dira sans détour au Figaro : elle n’est « pas allée à l’école ».

Elle explique aussi venir « de la lointaine banlieue » et ne rien comprendre aux codes de ce milieu. Imaginez le choc. Hier encore, une ado de Gentilly, et aujourd’hui l’adolescente que toute la France croit connaître par cœur.

Car c’est bien là le paradoxe. Pendant que le public s’attache à cette ado devenue emblématique, la jeune actrice, elle, doit renoncer à une partie de sa vie privée. Le pays tombe amoureux de Vic, sans se demander ce que devient Sophie.

« Il fallait se débrouiller » : une star sans mode d’emploi

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Dans ce même entretien à Marie Claire, elle tire une leçon plus sèche encore : « Tomber dans le cinéma si jeune m’a fait mûrir vite. Il fallait se débrouiller ». Se débrouiller, à l’âge où d’autres se demandent encore quoi porter pour la prochaine boum.

Car la notoriété, chez elle, n’a rien d’une fête. Selon Planet, elle confie qu’il est « chiant d’être connue », d’être observée dans ses moindres faits et gestes. Et elle résume l’ambivalence d’une formule : « Ça vous donne de l’énergie et ça vous en prend aussi ».

Sa conclusion sonne comme un avertissement : « La célébrité, c’est dangereux. Il faut avoir du recul. » Le recul, justement, c’est ce qui manquait le plus à l’ado de Gentilly. Et personne autour d’elle n’était là pour le lui offrir.

Et ses parents ? Interrogée par Vogue en 2024, elle les décrivait comme « très occupés » et « un peu dépassés » par son succès. Elle racontait aussi avoir arrêté ses études à 15 ans et acheté son propre appartement à Paris, à un âge où l’on demande encore la permission de sortir.

Le plus inquiétant, elle le raconte dans Le Figaro : pas d’agent, pas de véritable entourage chargé de la protéger. Elle était entièrement dépendante des décisions de la production. Et cette dépendance allait bien plus loin qu’on ne l’imagine, on y reviendra.

Un million de francs pour racheter sa liberté

Seulement voilà, la petite a du caractère. À 16 ans, elle prend une décision folle. Selon Télé Star, relayé par Purepeople, elle rachète son contrat à la Gaumont pour un million de francs, une somme qu’elle emprunte.

Pourquoi un tel risque ? Le magazine l’explique sans détour : « Parce que la Gaumont était bien décidée à la cantonner dans les très profitables suites de La Boum, l’actrice rachète son contrat pour un million de francs ! Elle a 16 ans et n’entend pas se laisser dicter sa filmographie. »

Le contraste a de quoi faire tousser. Selon Planet, qui s’appuie sur son entretien à Marie Claire, elle aurait été très mal payée pour La Boum, environ 6 000 euros, alors que le film a attiré 4,4 millions de spectateurs. Un cachet minuscule d’un côté, un rachat à un million de francs de l’autre : le déséquilibre saute aux yeux.

La suite fait l’effet d’une bombe, et elle s’en souvient avec une ironie mordante : « Comment la petite fille parfaite, petite Française bien bourgeoise et bien mignonne sous toutes les coutures, pouvait-elle aller tourner avec ce Polonais et jouer des trucs hystériques… Alain Poiré, l’une des têtes de la Gaumont à l’époque, m’a haïe. »

Relisez bien les mots : « petite fille parfaite ». Voilà ce que la profession attendait d’elle, une image lisse, rentable, intacte. Et toucher à cette image, c’était toucher au tiroir-caisse.

Cette image est justement au cœur de son entretien au Figaro. Le quotidien en a fait son titre, avec cette phrase de l’actrice : « Il fallait que je corresponde à une image qu’on avait de moi ». Une phrase qui prendra tout son sens un peu plus bas.

En attendant, libérée de son contrat, elle choisit ses films. En 1983, elle tourne Fort Saganne avec Gérard Depardieu, puis Joyeuses Pâques face à Jean-Paul Belmondo. Elle donne ensuite la réplique à Ben Kingsley dans Harem, d’Arthur Joffé : elle n’est plus seulement Vic.

Le Polonais qui a fait voler l’image en éclats

Retour en arrière. En 1981, au Festival de Cannes, l’adolescente que La Boum vient de révéler croise un cinéaste polonais de vingt-six ans son aîné, Andrzej Zulawski. Selon Purepeople, il est présent pour son film La Femme publique. Cette rencontre va tout changer.

L’homme n’est pas n’importe qui. C’est le réalisateur de L’important c’est d’aimer et de Possession, un auteur au cinéma intense, à mille lieues des comédies familiales. Autant dire l’exact opposé de l’univers de La Boum.

Qu’a-t-elle trouvé chez lui ? En février 2013, elle l’expliquait à Psychologie Magazine, selon Purepeople : « Tout était arrivé trop vite dans ma vie, alors que je n’étais pas encore finie. D’instinct, je suis donc allée vers quelqu’un avec qui je pouvais me terminer, me bâtir. »

Elle poursuivait : « Je n’ai pas trouvé mes modèles dans la société ou parmi les jeunes de mon âge, je l’ai choisi lui, sans doute parce que, malgré nos différences sociales et culturelles, je sentais qu’il était mon alter ego, en plus mature ». Pas encore finie : gardez ces trois mots en tête pour la suite.

Judith Godrèche sur un arrière fond de plage

En 1985, il lui confie le rôle de Mary dans L’Amour braque. Le personnage tranche complètement avec ses premiers films et casse son image : c’est précisément ce film qui fait fulminer la Gaumont. C’est aussi le début d’incursions remarquées dans le cinéma d’auteur.

18 ans contre 44 : un pacte d’amour plutôt qu’un mariage

Leur histoire d’amour, elle, débute trois ans après Cannes. « À 15 ans, j’ai arrêté mes études, j’ai acheté mon propre appart à Paris. Puis, je me suis très vite mise en couple, à 18 ans, avec Andrzej Żuławski que j’admirais », confiait-elle à Vogue, dont elle faisait la couverture en mars 2024.

Elle a 18 ans, il en a 44, rappelle Purepeople. Vingt-six ans d’écart entre une jeune star sans repères et un artiste qu’elle admire. Comment un tel déséquilibre aurait-il pu ne peser sur rien ?

Longtemps, elle a assuré ne pas avoir été écrasée. « En dehors de la différence d’âge et de l’ascendant qu’il avait sur moi, sans doute bien plus que je ne l’imaginais encore, il ne pouvait pas me modeler entièrement. J’avais un caractère qui pouvait contrer le sien. Je ne me suis pas sentie avalée », confiait-elle au Monde, selon Purepeople.

« Bien plus que je ne l’imaginais encore » : la nuance affleurait déjà. Le couple ne se mariera jamais, et elle l’assumait ainsi : « J’ai préféré le pacte d’amour au contrat administratif. Le pari de la vie, en équilibre, risqué, me suffisait ».

Mais avant de s’installer dans cette vie-là, il y a un autre tournage, qui va lui coller une étiquette pour des années. Et révéler, déjà, ce que coûte à une très jeune femme le fait de dire non.

1985, le tournage dont elle ressort avec une étiquette d’« emmerdeuse »

Le film s’appelle Police. Derrière la caméra, Maurice Pialat, face à elle, Gérard Depardieu, et elle a 18 ans. Lors de la promotion sur TF1, en 1985, elle ose une phrase que personne n’attend : « Certains tournages sont difficiles ».

Elle va plus loin. Selon Purepeople, elle lance aux médias : « Maurice, que les choses soient claires entre nous. Les colères, les rapports malsains, tout le tintouin sado-maso pervers, c’est pas mon truc. »

À cet âge, face à deux monstres sacrés, c’est un crime de lèse-majesté. Les deux hommes ripostent en cherchant à la déstabiliser sur scène. Puis ils l’insultent dans plusieurs interviews pendant la promotion du film.

Le sommet est atteint sur Europe 1, où Pialat dégaine : « C’est la petite conne de Marceau, enfin quand je dis petite, elle est plutôt grosse. (…) Tiens justement si je méritais vraiment ma réputation, je lui aurais flanqué ma main dans la gueule. »

Résultat : elle hérite d’une réputation d’actrice « difficile », qui lui vaut d’être délaissée par les producteurs français. Ironie du sort, plusieurs sondages la sacrent malgré tout « actrice préférée des Français ». Le public l’adore, le milieu la punit.

Quarante ans plus tard, le récit qui glace

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Il faudra attendre 2023 pour qu’elle raconte en détail ce tournage au Monde. Selon son récit relayé par Le Matin, Depardieu aurait mangé beaucoup d’escargots avant une scène de promiscuité, dans le seul but de l’incommoder avec son haleine.

Pialat aurait aussi demandé à l’acteur de la gifler pour une scène d’interrogatoire qu’il voulait « la plus crédible possible ». Toujours selon ce récit, les claques se seraient faites de plus en plus fortes au fil des prises, jusqu’à la faire pleurer.

Elle évoque encore « l’omniprésence » des mains de l’acteur sur son corps lors d’une scène au lit, des gestes « inutiles » au scénario. « Il n’a jamais osé me toucher devant l’équipe, sinon il aurait reçu mon poing dans la gueule », ajoute-t-elle. « Mais avec les pauvres habilleuses… »

Elle décrit un duo « très macho », qui se permettait des « comportements considérés ailleurs comme inadmissibles ». Et elle conclut : « Ils pouvaient se le permettre, sans que personne ne dise rien. » Une adolescente seule face à un système qui couvre : retenez bien ce schéma.

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En octobre 2024, selon Purepeople, l’enquête Infrarouge de BFMTV s’attardait sur son cas, celui d’une des rares actrices françaises à ne pas avoir défendu l’acteur. Le site résumait : il aura fallu quatre décennies pour que sa parole soit entendue différemment, après l’évolution des mentalités et #MeToo.

« Il m’a offert un socle » : l’homme qui promettait un abri

Car c’est là que tout s’éclaire. Dans Le Figaro, elle explique avoir déjà subi une forme de domination avant Zulawski : celle du système du cinéma, qui avait organisé sa vie dès l’adolescence. Pour s’en arracher, il lui fallait un autre cadre, tout aussi puissant, quitte à y laisser une partie de son indépendance.

Ce cadre, c’est lui. « Il m’a offert un socle. Une maison, une famille, une stabilité, mais aussi une éducation », raconte-t-elle. Avant de résumer, selon les extraits relayés par Purepeople : « J’avais besoin d’un cadre et il me l’a offert. »

Il y a aussi l’éblouissement intellectuel. « Pour moi qui ne suis pas allée à l’école, il m’a ouvert l’esprit, fait découvrir l’humain dans tout ce qu’il y a de plus intelligent, original, concerné », confie-t-elle. Pour une gamine sortie du système scolaire à 15 ans, la révélation est immense.

Elle poursuit : « Il m’a appris à penser, à échanger. Il m’a initiée à l’humour, à la lecture, à la Pologne, à la poésie et, surtout, il m’a fait comprendre qu’il n’y a pas qu’une seule façon de voir les choses. » Difficile de faire plus bel hommage, et pourtant l’histoire ne s’arrête pas là.

Car ce cocon avait des murs, comme elle le racontait à Vogue en 2024 : « Je me suis mise sous verre pendant un moment. On vivait en marge. On voyait peu d’amis, peu de famille. C’était une période dont j’avais besoin pour me construire. »

Dans le même entretien, elle insistait : « Clairement, j’avais besoin de me structurer, de me cultiver, de continuer à grandir ». Se structurer, se cultiver, grandir : tout ce que le cinéma lui avait volé à 13 ans, elle venait le chercher chez lui.

Elle employait même un mot étonnant : « Je suis rentrée un peu en études, dans une forme de cloître. Mais j’aimais bien… » Un cloître, c’est à la fois la protection et l’enfermement. Toute l’ambiguïté de ces années tient dans ce mot.

Varsovie, les festivals et cinq films à deux

Au fil de leur histoire, le cinéaste la fait tourner dans cinq de ses films, selon Purepeople. Il y a L’Amour braque, puis Mes nuits sont plus belles que vos jours en 1989 et La Note bleue en 1991. Et, en 2000, le drame intimiste La Fidélité.

Ce dernier lui vaut le Swann d’or de la meilleure actrice au Festival du film romantique de Cabourg. Les photographes immortalisent d’ailleurs le couple au festival, le 18 juin 2000. Un an plus tard, ils ne seront plus ensemble.

D’autres clichés les montrent côte à côte à la Nuit des César, le 6 mars 1999. Vus de loin, un duo glamour, uni par l’amour et l’œuvre commune. Vus de l’intérieur, et c’est ce que raconte le livre, une relation bien plus tourmentée.

Avec lui, il y a aussi la Pologne. La quatrième de couverture de Warszawa évoque une Varsovie où « le communisme pèse encore lourdement sur la vie quotidienne ». Une ville qui lui offre « une évasion salutaire, un autre monde, une culture, une langue… ».

Pendant ce temps, sa carrière explose à l’international. En 1995, elle incarne Isabelle de France dans Braveheart, de Mel Gibson. En 1999, elle fait l’unanimité en Elektra King, la grande méchante du James Bond Le monde ne suffit pas.

Et 1995 est une année folle : Braveheart, Par-delà les nuages de Michelangelo Antonioni et Wim Wenders, un premier court-métrage comme réalisatrice, L’Aube à l’envers. Et surtout, le 24 juillet, la naissance de leur fils, Vincent.

« Il pouvait être horrible » : l’envers du décor

Alors, qu’est-ce qui clochait ? Dans Le Figaro, elle ne prend pas de gants : « Il a été très dur, il pouvait être horrible ». Le quotidien résume d’ailleurs le livre en une formule : un roman d’amour et d’emprise.

judith godreche

Dans son livre, rapporte Le Matin, elle aborde la jalousie, l’isolement et l’emprise. Purepeople évoque même une part de violence. Le résumé officiel ne laisse aucun doute sur la pente prise par le couple.

Voici ce qu’on lit en quatrième de couverture : « Au fil des ans, malgré la naissance d’un enfant, malgré l’œuvre commune, leur relation bascule dans l’emprise, l’obsession, le contrôle. Il faut se libérer… » Emprise, obsession, contrôle : trois mots qui claquent.

La rupture intervient en 2001. Elle aura ensuite une fille, Juliette, née en 2002, avec le producteur américain Jim Lemley. Mais l’ombre du cinéaste ne disparaît pas pour autant.

Il y a notamment ce livre signé de sa main, L’Infidélité, dans lequel il dresse d’elle un portrait peu flatteur. Elle confie ne jamais avoir voulu le lire. La Fidélité au cinéma, L’Infidélité en librairie : difficile de ne pas entendre l’écho.

L’année qui suit la rupture, elle passe derrière la caméra. En 2002, elle réalise Parlez-moi d’amour, une fiction largement autobiographique, prix de la mise en scène au Festival de Montréal. À l’affiche, Niels Arestrup et une certaine Judith Godrèche : gardez ce nom en tête.

Son corps, cette affaire publique dont elle n’a jamais voulu

Plateau de cinéma à l'ancienne évoquant le tournage de La Boum en 1980

Il y a un fil rouge dans cette vie : un corps que tout le monde commente. En 1997 sort la chanson Assez Assez de Julien Clerc, qui cite nommément ses seins. Une vive polémique éclate, et l’actrice envisage même d’aller jusqu’au procès.

En mai 1998, elle raconte son malaise : « J’ai été atrocement gênée par ce disque. Quand je l’ai reçu chez moi, je l’ai caché. J’avais peur que mon entourage tombe dessus. J’étais mal, comme si j’avais fait une bêtise. »

Et elle ajoute : « Comme si je montrais mes seins à la radio. Les seins, c’est intime, c’est érotique, sexuel, je me suis sentie dévêtue ». Un an plus tard, en 1999, Alain Souchon glisse à son tour une allusion à sa poitrine dans Au ras des pâquerettes.

Le paradoxe, c’est qu’elle apparaît dénudée, partiellement ou totalement, dans plus de vingt-cinq films. Elle-même l’explique : « Je suis très pudique dans la vie. Petite, je voulais toujours mettre un soutien-gorge pour cacher la poitrine que je n’avais pas ! Au cinéma, le corps n’est plus qu’un instrument au service de l’émotion ».

Un instrument : encore un mot qui en dit long. Sur un plateau, son corps appartient au film, et dans les chansons, il appartient au public. Cette dépossession, on va le voir, remonte bien plus loin qu’on ne l’imagine.

Le reflet qu’elle a reconnu chez une autre actrice

Revenons à Judith Godrèche. Dans Le Figaro, Sophie Marceau évoque la comédienne qu’elle avait dirigée en 2002. Et elle a ces mots troublants : « Je me suis identifiée à elle car nous avions la même image, le même destin ».

Elle prend soin, pourtant, de distinguer son expérience de la sienne : pas question de tout confondre. Mais le parallèle est posé, et il en dit long sur la façon dont elle relit aujourd’hui ses propres débuts.

Leur lien remonte loin. Selon AlloCiné, elle l’avait déjà dirigée en 1995, dans son court-métrage L’Aube à l’envers. Quant à Godrèche, elle a fait ses débuts au cinéma en 1981, dans L’Été prochain de Nadine Trintignant, l’année même où sa future réalisatrice chantait Dream in Blue.

Pour Parlez-moi d’amour, elle lui confie le rôle de Justine sans hésiter. « Elle est à un moment de sa vie qui m’intéressait, là où elle devient une femme, où elle va passer le cap des 30 ans sans être trop touchée par la vie », expliquait-elle, selon AlloCiné.

Jouer Justine elle-même ? « Non, jamais », répondait-elle. « Je ne voulais pas me dédoubler, j’avais surtout envie de donner le rôle à quelqu’un pour l’appréhender de l’extérieur, pour comprendre la signification qu’il avait pour moi ». La signification qu’il avait pour elle : tout est dit, ou presque.

« Le même destin » : ce que ces trois mots réveillent

Judith Godrèche dénonce Benoît Jacquot

L’histoire de Justine ? Une femme et son mari, quinze ans d’écart, qui se déchirent devant leurs enfants jusqu’à la rupture, selon le résumé d’Abus de Ciné. Le critique du site écrivait à l’époque : « On ne peut s’empêcher d’imaginer Sophie derrière Judith ».

Aujourd’hui, le parallèle prend un tout autre poids. En février 2024, Judith Godrèche a porté plainte pour viols sur mineure contre le réalisateur Benoît Jacquot, de 25 ans son aîné. Selon l’AFP, relayée par La Presse, les faits dénoncés se situent entre 1986 et 1992 et sont possiblement prescrits.

Benoît Jacquot « nie fermement les allégations et accusations de Judith Godrèche », selon Le Monde. En juillet 2024, il a été mis en examen pour viol sur les actrices Julia Roy et Isild Le Besco, tandis que les accusations de Judith Godrèche se heurtaient à la prescription, rapportait Purepeople. Il reste présumé innocent.

C’est dans ce contexte qu’il faut entendre « la même image, le même destin ». Sophie Marceau tient à distinguer les deux histoires, et elle le précise clairement. Mais le mot qu’elle choisit pour décrire la sienne ne laisse aucune ambiguïté : emprise.

Avec Warszawa, elle s’attaque frontalement à cette question et aux rapports de pouvoir dans une relation. Vingt-quatre ans après Parlez-moi d’amour, plus de personnage interposé. Cette fois, c’est sa propre histoire, en forme de lettre.

Février 2016 : l’adieu près de Varsovie

Andrzej Zulawski meurt le 17 février 2016, à 75 ans, selon Purepeople. L’AFP évoquait alors un long combat contre le cancer.

Le 22 février, ses obsèques ont lieu à Góra Kalwaria, près de Varsovie. Sophie Marceau y assiste aux côtés de leur fils Vincent, rapporte Purepeople. Autour d’eux, les trois fils du cinéaste se retrouvent réunis, pour la première fois de leur vie selon le site.

L’un d’eux, Xawery, expliquait alors, selon Purepeople, que son père « détestait la médecine ». Et que personne « n’allait lui dire comment se comporter ».

Vincent, alors âgé de 20 ans et étudiant à Londres, raconte à Paris Match l’appel où il a compris que son père allait mourir : « Il m’a appelé, j’ai entendu le timbre de sa voix et j’ai compris. » Une phrase, et tout est dit.

Il ajoute : « C’était un homme fier et sans concessions. Je savais qu’il n’allait pas se soigner, qu’il allait foncer vers la mort. Il est resté libre jusqu’au bout. » Dix ans plus tard, c’est justement de liberté que parle le livre de sa mère.

Dix ans après sa mort, une lettre à l’homme de sa vie

Dix ans après ces obsèques, Warszawa, publié chez Seghers, se présente comme une longue lettre adressée au cinéaste. Le site Actualitté y voit un roman autobiographique et, surtout, le récit d’une émancipation.

Elle ne voulait pas d’une autobiographie au sens strict et a préféré transformer ses souvenirs en récit romanesque. « Ma vie a été tellement extraordinaire que j’ai eu envie de la rattacher à quelque chose de plus universel qui parlerait à tout le monde », explique-t-elle au Figaro.

Le livre met en miroir deux trajectoires : la sienne dans la France des années 1970 et 1980, celle du cinéaste dans la Pologne de l’après-guerre. « Il s’agissait de trouver des parallèles entre ces deux personnes qui n’ont rien à faire ensemble, puis une vie, une histoire, un enfant, des films… C’est quand même bizarre », confiait-elle à Paris Match.

Le plus étonnant, c’est son rapport au souvenir. « Je déteste le passé », lâche-t-elle dans le même entretien. Et pourtant, elle y replonge, en assumant : « Je crois que j’aime plus écrire que raconter des histoires ».

Pas question pour autant de régler des comptes. « J’ai dix mille raisons de lui en vouloir. Mais il m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui », tranche-t-elle. Une phrase qui résume à elle seule l’ambivalence du livre.

Un livre qui fait trembler jusqu’à son propre fils

Judith Godrèche accuse Benoît Jacquot de l'avoir manipulé.

Écrire ce livre n’a rien eu d’anodin. À Paris Match, le 8 octobre, elle confiait : « Il y a plein de trous, de manques, mais je n’ai pas redécouvert notre histoire. » Puis : « L’écriture déclenche une mémoire ; soudain vous découvrez des choses, comme en thérapie ».

Elle décrivait aussi ce que l’écriture lui apporte : « C’est un dialogue avec soi-même, de s’entendre parler, de se lire… C’est très particulier, et j’adore ça. Je suis chez moi, dans ma bulle, et je voyage. »

Et puis il y a Vincent, leur fils, aujourd’hui âgé de 31 ans, qu’elle n’a pas associé à l’écriture. « Vincent et moi lisons beaucoup, donc on parle souvent de littérature. C’est quelqu’un en qui j’ai confiance, c’est pour ça que j’ai un peu la trouille de lui donner », expliquait-elle.

À l’approche de la parution, elle sent une distance s’installer : « Maintenant que ce livre est prêt, je crois qu’il a peur lui aussi. Donc il a mis une petite distance que je comprends très bien et que je respecte ».

Le jeune homme qui disait en 2016 de son père qu’il était « resté libre jusqu’au bout » voit paraître un récit où sa mère parle d’emprise. On comprend la petite distance. Une mère, un fils, et un père disparu entre les lignes.

De Vic à l’écrivaine : la promo de tous les aveux

Livres exposés en librairie, dont le récit Warszawa, en lien avec les origines polonaises de l'actrice

L’écriture n’est pas un caprice de star. En 1996 déjà, elle publiait chez Stock Menteuse, un roman qualifié de semi-autobiographique. Warszawa est son troisième livre.

Entre les deux, il y a eu La Souterraine, en 2023 chez Seghers, treize histoires et sept poèmes qui se répondent, couronnés par le prix Marguerite de Navarre en 2024. Selon Purepeople, on pouvait déjà y deviner, derrière la fiction, certains aspects de sa vie personnelle et professionnelle.

Ce besoin de raconter sa vie ne date pas d’hier. En 2002, au moment de Parlez-moi d’amour, elle expliquait déjà, selon AlloCiné, faire ce film « pour des raisons personnelles ». Et elle ajoutait : « parce qu’on a une seule vie et qu’on a besoin de donner une forme à cette vie, sinon elle file et vous échappe ».

Depuis début octobre, elle enchaîne la promo : Paris Match le 8, le plateau de Che tempo che fa à Milan le 11, Le Figaro le 25. Ce soir, elle partage l’affiche de La Grande Librairie avec André Comte-Sponville et Sylvain Prudhomme, face à Augustin Trapenard.

Mais revenons à l’entretien du dimanche. Avant d’évoquer le cinéaste, elle a parlé de ses tout premiers pas, de cette ado sans agent livrée aux décisions de la production. C’est là qu’elle a lâché la confidence la plus dérangeante de toutes.

L’exigence secrète imposée à la jeune Vic

Retour en 1980. Une gamine de 13 ans, aucun agent, aucun entourage pour la protéger, une production qui décide de tout. Dans ce contexte, une autre exigence, particulièrement intrusive, va la marquer durablement.

Il lui fallait préserver sa virginité. L’objectif : ne pas altérer l’image de jeune fille qu’elle incarnait à l’écran.

Interrogée sur cette expérience, elle s’en souvient avec amertume, et ses mots font froid dans le dos : « C’était horrible. Je m’observais dans le miroir pour vérifier que je n’étais pas devenue sale. »

Relisez cette phrase. Une adolescente qui scrute son reflet, comme si un changement intime pouvait se lire sur son visage. Le mot « sale » dit tout de la honte qu’on a fait peser sur elle, une honte qui n’était pas la sienne.

Soudain, tout prend un autre relief : la « petite fille parfaite » qu’Alain Poiré ne voulait pas voir tourner avec « ce Polonais », l’« image qu’on avait de moi » à laquelle il fallait correspondre. Ce n’était pas qu’une affaire de rôles ou de filmographie. C’était aussi une affaire de corps.

Et l’on comprend mieux le million de francs emprunté à 16 ans, puis le besoin d’un « cadre » tout aussi puissant que celui qu’elle fuyait. « Pas encore finie », disait-elle de l’ado qu’elle était : d’une domination à l’autre, c’est toute la mécanique de l’emprise qu’elle décortique dans Warszawa.

« Il y a toujours un apprentissage à tirer »

Pas de victimisation pour autant. Avec le recul, elle refuse de minimiser les épreuves, mais elle en tire une leçon : « Je pars du principe que d’une situation injuste ou malheureuse, il y a toujours un apprentissage à tirer ».

Sur ses années avec Zulawski, elle tient le même cap : « Tout n’est pas noir ou blanc. Parfois, j’en ai bavé, mais c’était tellement plus intéressant que ce qu’on me proposait par ailleurs. Je suis en paix. »

En 2003, le ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon lui remettait la rosette d’officier des Arts et des Lettres avec ces mots : « Pour des millions de spectateurs, vous incarnez la liberté et la révolte ». Il ne croyait pas si bien dire.

Ce soir, sur France 5, la petite Vic devenue écrivaine pourra prolonger la confidence. Demain, Warszawa sera en librairie. Et le 17 novembre, à 60 ans, elle pourra se regarder dans le miroir sans rien y chercher d’autre que la femme libre qu’elle est devenue.

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