« Soyons sérieux » : Agathe Auproux sort du silence et défend LFI après le chaos du 17 octobre
Sur Instagram, l’ancienne chroniqueuse de « Touche pas à mon poste » a publié une série de stories au ton cinglant. Dans son viseur : le gouvernement, et tous ceux qui accusent La France insoumise d’être derrière les violences du 17 octobre. Et pour appuyer son propos, elle a sorti une carte inattendue.
Une série de stories qui ne passe pas inaperçue
Ce mardi 20 octobre, Agathe Auproux a décidé de prendre la parole. Pas dans une émission, pas dans une interview, mais directement sur son compte Instagram, en enchaînant plusieurs stories en quelques heures.
Le sujet est brûlant. Depuis trois jours, la France débat de la responsabilité des violences survenues en marge de la mobilisation du samedi 17 octobre. Et une partie de la classe politique pointe un coupable : La France insoumise.
Pour l’ancienne chroniqueuse, c’est un raccourci. Elle le dit d’emblée : il suffirait de prononcer trois lettres pour expliquer le chaos. Une formule qui donne le ton de tout ce qui va suivre.



Ce qu’il s’est passé le 17 octobre
Pour comprendre la colère d’Agathe Auproux, il faut revenir sur cette journée. Les organisateurs ont avancé le chiffre de 800 000 participants, tandis que le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a donné celui de 550 000, dont 110 000 à Paris. cnews
La journée a rapidement dégénéré. Des affrontements violents ont éclaté avec les forces de l’ordre, et des scènes de pillages et de dégradations importantes ont été rapportées par les autorités. Selon la Fédération du commerce et de la distribution, 1 500 commerces sont concernés par les dégradations, nombre d’entre eux ayant été pillés. WikipediaWikipedia
Le bilan humain est lourd. Un bilan actualisé fait état de 2 397 interpellations et de 997 policiers et gendarmes blessés, dont sept grièvement. cnews
Très vite, l’exécutif désigne des responsables. Le gouvernement (Lecornu, Nuñez, Darmanin) pointe l’« ultragauche » et LFI, allant jusqu’à évoquer un « agenda de violence » planifié jusqu’à la présidentielle. lesmotsontunsens
« Neuf ans de macronisme » : le coup de gueule de l’ex-chroniqueuse
Agathe Auproux ne se présente pas en militante aveugle. Elle reconnaît qu’on peut reprocher aux Insoumis des discours parfois ambigus et des provocations, et affirme être la première à condamner certains propos.
Mais pour elle, soutenir une mobilisation ou défiler aux côtés des lycéens n’a rien à voir avec le fait d’avoir organisé des pillages. Les jeunes, explique-t-elle, n’ont pas attendu Jean-Luc Mélenchon pour constater l’état de leurs établissements. Et les salariés n’ont pas besoin d’une consigne politique pour mesurer leurs difficultés financières.
Puis elle hausse le ton. Est-ce LFI qui gouverne depuis 2017 ? Qui décide des budgets, des réformes, des moyens pour les écoles et les hôpitaux ? Après neuf ans de macronisme, faire porter la responsabilité de la situation à un parti d’opposition lui paraît intenable.
Sa conclusion tient en une phrase : « Les casseurs pilleurs sont seuls responsables de leurs actes. » Et le gouvernement, selon elle, est responsable de la gravité de la situation dans son ensemble.
La révélation de Mediapart qui change la donne
Ce qui donne du poids à sa prise de parole, c’est une enquête publiée la veille. Dans un article publié le 19 octobre, Mediapart rapporte qu’un commissaire du renseignement territorial affirme avoir reçu des consignes pour imputer à LFI la responsabilité du mouvement, une accusation démentie par le ministère de l’Intérieur. bondyblog
Selon le média, ce commissaire s’étonne dans des échanges écrits datés du 18 octobre qu’on lui demande d’écrire que LFI est derrière le mouvement, alors que c’est objectivement faux de l’avis général de ses collègues. europe-solidaire
Le journal cite aussi un responsable national d’une organisation syndicale de police. C’est cette citation qu’Agathe Auproux a reprise en story, accompagnée d’un simple « ooops » et d’un emoji. Le syndicaliste y déclare : « Je ne vois pas ce qu’a à voir LFI dans l’histoire de ce fiasco ». Il précise pourtant ne pas porter LFI dans son cœur, en raison des attaques répétées du parti contre les policiers. imazpress
L’ancienne chroniqueuse a même lancé un appel : les policiers qui la suivent et voudraient témoigner peuvent lui écrire en message privé, avec la garantie de l’anonymat.
Face aux sceptiques, elle sort les chiffres
La réaction ne s’est pas fait attendre. Un abonné lui répond, moqueur, qu’il ne croit pas Mediapart. Agathe Auproux publie sa réponse en story et demande à ses détracteurs de mettre de côté leurs préférences personnelles pour se concentrer sur les faits.
Elle avance alors un bilan judiciaire du journal fondé par Edwy Plenel : environ 7 700 enquêtes publiées depuis 2008, quelque 350 procédures et seulement cinq condamnations pénales définitives. Ce dernier chiffre est cohérent avec ce qu’affirme la rédaction elle-même. La codirectrice éditoriale de Mediapart, Lenaïg Bredoux, a indiqué à l’AFP que des plaintes en diffamation avaient conduit à environ 350 procédures pénales, pour cinq condamnations définitives. boursedirect
Elle glisse aussi une parenthèse sur Jordan Bardella. Le président du RN a déposé une plainte avec constitution de partie civile pour diffamation contre trois journalistes de Mediapart, après des révélations sur des écrits antisémites qu’il conteste. Pour Agathe Auproux, une plainte n’est ni une condamnation ni la preuve que les informations sont fausses : c’est désormais à la justice de trancher. europe1
Son message final est clair : on peut critiquer la ligne éditoriale d’un média, mais la crédibilité d’une information se juge sur ses preuves, ses sources et sa méthode.
Une affaire loin d’être close
La polémique dépasse largement les réseaux sociaux. Côté gouvernement, la version reste la même : interrogé par Mediapart, le ministère de l’Intérieur dément avoir donné des consignes en ce sens. imazpress
Côté LFI, la riposte s’organise. Le coordinateur du parti, Manuel Bompard, a annoncé qu’il allait saisir la Cour de justice de la République contre le ministre de l’Intérieur. franceinfo
Reste un point qui alimente le débat. La procureure de Paris a refusé de confirmer que les auteurs des violences étaient issus de « l’ultragauche », quelques heures avant que le gouvernement ne répète l’inverse. lesmotsontunsens
Une chose est sûre : avec ses stories, Agathe Auproux a choisi son camp dans ce bras de fer. Et elle n’a visiblement pas l’intention de baisser le ton.