« On tape sur le RSA » : le chanteur de Tryo réagit à l’usage de sa chanson Récréation par LFI

Tryo, c’est trente ans de chanson engagée et des refrains que des générations chantent en chœur. Un de ses textes a pourtant fini là où on ne l’attendait pas : sous la coupole du Palais Bourbon. Le chanteur du groupe a accepté d’en parler, avec humour, mais aussi avec une amertume qui en dit long sur son regard sur la société. Et sur une phrase en particulier, qui vise le RSA.
Trente ans de chansons engagées, et un texte qui a atterri à l’Assemblée
Le groupe Tryo fait partie des noms les plus emblématiques de la chanson engagée française. Son style reconnaissable et ses textes percutants lui ont permis de s’imposer album après album, de Grain de sable à Né quelque part, en passant par Ce que l’on sème et Chants de bataille.
À l’occasion de ses 30 ans de carrière, le groupe prépare un best-of accompagné de trois chansons inédites. Un anniversaire qui rappelle que Guizmo et ses acolytes ne se sont jamais contentés de divertir : leurs chansons défendent des causes sociales.
C’est précisément cet engagement qui a fait voyager l’un de leurs textes. Dans la foulée de l’actualité musicale et politique, on a vu la musique se mêler à la campagne de façon très visible, et Tryo n’y est pas étranger.
Reste à savoir quel morceau a été cité, par qui, et ce que son auteur en pense vraiment. La réponse tient en quelques mots, mais la réaction du chanteur est plus nuancée qu’on pourrait le croire.
Quand une députée LFI cite Récréation dans l’Hémicycle
Selon les propos rapportés par Melty, c’est en 2023 que la députée Ersilia Soudais a cité le titre Récréation dans l’Hémicycle. Un moment que le groupe n’a pas oublié et sur lequel le chanteur est revenu au micro du média.
Guizmo n’a pas caché son amertume face au contexte actuel. Pour lui, la stigmatisation des classes populaires reste d’une régularité désolante, comme si rien ne changeait d’une époque à l’autre.
Le musicien oppose cette pression sociale à l’envol des très grandes fortunes. Il parle d’une hausse fulgurante « pendant le macronisme » et cite Bernard Arnault, dont le patrimoine avoisinerait, selon lui, « le PIB du Portugal ».
Les chanteurs sont habitués à voir leurs refrains repris par d’autres camps, et l’on se souvient que même l’Élysée a eu droit à son tube récemment. Mais ici, la reprise vient d’un bord que l’auteur dit apprécier.
Et c’est là que sa réaction devient la plus parlante : la phrase qui résume son état d’esprit n’est pas celle qu’on attendrait.
« On tape sur le RSA » : la phrase du chanteur, et sa fierté assumée

Voici la déclaration, rapportée par Melty : « Ça tombe juste, on tape sur le RSA, on tape sur ceux qui n’ont déjà rien, et c’est toujours la solution ». Le chanteur déplore ainsi que les plus fragiles soient toujours les premiers visés.
Sur le fait d’entendre ses mots retentir au Palais Bourbon, il ne boude pas son plaisir. « Moi je ne peux que réagir quand il y a des députés qui portent ces valeurs-là », explique-t-il.
Puis vient la touche d’humour : « Entre guillemets, c’est plutôt mon camp, donc je suis plutôt fier, parce que c’est moi qui les ai écrits ». Voir un message de justice sociale porté par des élus procure à l’auteur un sentiment particulier.
Son enthousiasme reste pourtant tempéré. Il constate que, dans le combat mené depuis des années sur l’égalité sociale ou la prise de conscience du vivant, « on est encore loin, loin, loin du compte ».
Ce n’est pas tout : cette chanson a une histoire, et son point de départ éclaire pourquoi elle résonne encore aujourd’hui.
Le déclencheur : des enfants de maternelle pistés
Toujours lors de cet entretien avec Melty, Manu Eveno, membre du groupe, est revenu sur la genèse du morceau. La chanson a été écrite à l’époque où Nicolas Sarkozy amorçait son ascension vers le pouvoir en durcissant la ligne de la droite traditionnelle.
Guizmo a ensuite évoqué l’étincelle. Selon lui, tout est parti d’une dérive sécuritaire visant dès le plus jeune âge les enfants des écoles.
Ses mots : « Ça commence, cette chanson, parce qu’il pistait les enfants dans les maternelles, en disant il va falloir qu’on surveille les enfants pour voir comment ils vont évoluer plus tard ».
Il décrit un climat de fichage précoce, issu d’un « dernier côté comme ça, un peu dogmatique, qui faisait flipper ». Autrement dit, Récréation est née d’une inquiétude très concrète, pas d’un slogan.
Cette origine explique la portée de la chanson : un texte de cour d’école devenu, des années plus tard, un outil de tribune.
Ce que cette reprise dit de la musique et de la politique
L’épisode illustre un phénomène connu : les artistes perdent la maîtrise de leurs textes dès qu’ils rencontrent le public. Tantôt cités dans l’Hémicycle, tantôt chantés dans un meeting ou à une cérémonie, comme lorsque la vie publique des Macron alimente les commentaires.
Ici, l’auteur ne réclame rien et ne proteste pas. Il se dit plutôt flatté, tout en rappelant que les combats décrits dans ses chansons n’ont pas disparu.
Reste la question du 30e anniversaire : le best-of et les trois inédits annoncés diront si le groupe garde le même ton. D’autres chanteurs français ont d’ailleurs vu leurs mots résonner bien au-delà de la scène, comme Jean-Jacques Goldman, dont l’absence se fait sentir.
Pour l’instant, Guizmo garde sa position : fier d’être entendu, lucide sur le chemin qui reste. Aucune réaction officielle de la députée n’est rapportée dans la source.
La suite dépendra sans doute de ce que les trois nouveaux titres auront à dire.
Une chanson écrite contre le fichage des tout-petits finit dans la bouche d’une députée : voilà comment un refrain échappe à son auteur. Et si vous croyez que la politique et la musique ne se mélangent que dans l’Hémicycle, la dernière chanson que Michel Berger n’a jamais entendue prouve le contraire. Quant à ceux qui se demandent ce qu’un chanteur engagé garde de ses amitiés, ce que Line Renaud a déjà décidé pour sa fortune réserve une vraie surprise.