« Ne pas rajouter de la division » : Darmanin renonce à 2027 et se rallie à Édouard Philippe

Depuis des mois, la question tournait en boucle dans les couloirs politiques : Gérald Darmanin allait-il se lancer dans la course à l’Élysée ? Le garde des Sceaux entretenait le mystère, entre son parti tout neuf et ses rentrées politiques très suivies à Tourcoing. Ce lundi, il a enfin tranché, et sa réponse va redessiner tout l’équilibre du bloc central pour 2027.
Un ministre sous surveillance depuis des mois
Cela faisait un moment que tout le monde regardait Gérald Darmanin du coin de l’œil. Le garde des Sceaux avait fondé son propre parti, Populaires, mis en sommeil lorsqu’il est resté au gouvernement à l’automne 2025. De quoi nourrir toutes les spéculations sur une candidature personnelle à la présidentielle.
Le 30 août, il organise sa quatrième rentrée politique dans son fief électoral de Tourcoing, dans le Nord. Un rendez-vous scruté de près, tant la scène politique française vit une période tendue, marquée par des tensions sociales et une présidentielle 2027 qui s’annonce déjà comme un match à plusieurs blocs.
Face à cette situation, le ministre a choisi la clarté plutôt que l’ambiguïté. Il l’a expliqué sans détour à nos confrères de la Voix du Nord : dans un contexte social « extrêmement difficile » pour les Français, il refuse d’ajouter une candidature de plus à un paysage déjà fracturé. Une décision qui n’allait pourtant pas de soi, vu son influence dans les rangs de la droite et du centre.
Le choix loyal d’un ancien protégé
Édouard Philippe est le grand gagnant de cette annonce. Candidat déclaré depuis 2024, l’ancien Premier ministre et maire du Havre était déjà en tête des intentions de vote parmi les prétendants du bloc central, devant le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal.
Darmanin ne s’est pas contenté de retirer sa propre candidature : il a explicitement appelé au ralliement. « J’ai un esprit de loyauté et Édouard Philippe est celui qui m’a permis d’être ministre », a-t-il justifié, saluant chez lui « des qualités d’homme d’État » et « l’expérience du pouvoir ». Un hommage appuyé, venant d’un ancien membre de l’UMP devenue Les Républicains, tout comme le maire du Havre.
Le garde des Sceaux va plus loin encore : il souhaite que ce ralliement fasse école. Une stratégie de rassemblement que les deux hommes avaient déjà évoquée en amont, en misant sur le mieux placé dans les sondages au sein du même camp. Mais ce scénario de convergence n’est pas gravé dans le marbre, car d’autres signaux viennent brouiller la donne côté centre.

Une primaire qui pourrait tout faire dérailler
La semaine précédente, François Bayrou a jeté un pavé dans la mare. Le président du MoDem a réclamé publiquement une primaire ouverte à « tous les démocrates réformistes », citant plusieurs noms possibles, dont l’ancien commissaire européen Thierry Breton. Une proposition qui contredit frontalement la logique du ralliement direct défendue par Darmanin.
Au sein même du gouvernement, Édouard Philippe pouvait déjà compter sur d’autres soutiens précieux : la porte-parole Maud Bregeon et le ministre délégué chargé de la Transition écologique Mathieu Lefèvre, tous deux proches politiquement de Darmanin. Le ralliement du garde des Sceaux vient donc consolider un socle déjà bien constitué.
Reste à savoir si cette dynamique suffira à faire taire les velléités de primaire. Édouard Philippe, lui, ne ralentit pas le rythme : il se déplace à Mayotte et à La Réunion du 21 au 25 août, avant d’intervenir à l’université d’été du Medef. Il doit ensuite débattre avec François Hollande le 29 août à Sens, dans l’Yonne, lors de l’université de rentrée du Laboratoire de la République animé par l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer.
Un calendrier chargé qui ressemble déjà à celui d’un favori. Reste une question ouverte : Bayrou parviendra-t-il à imposer sa primaire, ou le ralliement en cascade autour d’Édouard Philippe va-t-il verrouiller le jeu avant même le début de la campagne officielle ?