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Emmanuel Macron poussé vers la sortie : pourquoi sa démission pourrait provoquer un véritable séisme politique

Publié par Elsa Fanjul le 27 Oct 2026 à 14:54

Rue, plateaux télé, oppositions : les appels au départ du chef de l’État se multiplient. Mais pour le politologue Christophe Boutin, un départ anticipé poserait plus de problèmes qu’il n’en réglerait. Il détaille ses raisons.

Le chiffre a de quoi donner le vertige. Selon le baromètre mensuel de l’institut CSA pour le JDD, publié le 25 octobre, 83 % des Français se disent insatisfaits d’Emmanuel Macron. Seuls 16 % approuvent son action, et 1 % ne se prononce pas.

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©DR

Le contexte explique largement ce rejet. Émeutes, manifestations, flambée du prix de l’essence, inflation sur l’alimentation et la dette publique pèsent sur le moral du pays.

Depuis des mois, le Rassemblement national et La France insoumise réclament le départ du président. Mais depuis trois semaines et le début de la mobilisation lycéenne, la demande dépasse largement ces deux partis.

Micro-trottoirs, témoignages, débats télévisés : des Français de tous âges et de toutes sensibilités disent vouloir tourner la page sans attendre. Une démission est-elle pour autant crédible ? Interrogé par Planet, le politologue Christophe Boutin répond clairement par la négative. Et ses arguments ne sont pas ceux que l’on attend.

Une lassitude profonde, mais un très mauvais moment

Christophe Boutin ne minimise pas la colère. Selon lui, la cote de popularité du président est au plus bas et une partie des Français doute désormais de sa capacité à tenir la barre.

Mais le politologue pose une autre question : qu’apporterait vraiment un départ maintenant, à six mois de la fin du mandat ?

Premier obstacle, le climat du pays. Les troubles semblent marquer le pas, avec moins de manifestants dans les rues et une baisse annoncée du prix de l’essence. Les menaces restent toutefois présentes, sur le plan intérieur comme international. Pour lui, ce n’est pas le bon tempo pour organiser un scrutin.

Une présidentielle en pleines fêtes de fin d’année

Le calendrier pose un deuxième problème, plus concret. Une démission immédiate ou début novembre imposerait une élection en décembre.

L’argument peut sembler anecdotique, reconnaît le politologue. Pourtant, avec les fêtes, le risque d’une abstention massive serait bien réel.

Sur le plan matériel, en revanche, rien ne serait impossible. Les maires savent installer des bureaux de vote rapidement et les préfets enverraient vite leurs consignes. Le scrutin serait faisable, mais clairement précipité.

Le budget 2027 dans la balance

Troisième frein, et pas des moindres : le Parlement examine en ce moment le budget 2027, dans une situation financière que Christophe Boutin juge catastrophique.

Un départ du président n’empêcherait pas les parlementaires de poursuivre leur travail. Mais il provoquerait des suspensions et bloquerait des arbitrages essentiels.

Le pays doit en outre prouver à ses créanciers qu’il reste stable et crédible. Une démission brutale enverrait le signal inverse.

Pour le politologue, la proximité de la présidentielle change tout. À trois ans de la fin du mandat, ces considérations passeraient au second plan. À quelques mois de l’échéance, elles deviennent décisives.

Un départ qui ne calmerait pas la rue

On pourrait penser qu’une démission apaiserait aussitôt la contestation. Une partie des manifestants s’oppose à l’action du gouvernement, et les responsables politiques basculeraient en mode campagne.

Christophe Boutin nuance fortement cette idée. Certains groupes pourraient miser sur le pourrissement et maintenir la pression dans la rue pendant toute la campagne.

On serait alors très loin de la présidentielle apaisée promise par Emmanuel Macron lors de sa dernière prise de parole. En cas de second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, l’entre-deux-tours serait forcément agité. Le politologue évoque même un « troisième tour » qui se jouerait dans la rue.

Le scénario redouté d’un duel entre les extrêmes

C’est sans doute l’argument le plus fort. Selon Christophe Boutin, une démission favoriserait mécaniquement une confrontation entre l’extrême gauche et l’extrême droite.

La raison est simple : le bloc central n’aurait pas le temps de se réorganiser. Son candidat, qu’il s’agisse de Raphaël Glucksmann, d’Édouard Philippe ou de Gabriel Attal, serait désigné dans l’urgence, sans pouvoir défendre son programme devant les électeurs.

Ce camp risquerait alors de s’effriter, laissant le champ libre aux deux extrêmes. Le politologue n’exclut pas un sursaut de dernière minute : face à la perspective d’un tel duel, des électeurs pourraient se reporter sur un candidat du centre perçu comme rassurant.

Encore faudrait-il que ce candidat incarne la stabilité sans apparaître comme l’héritier d’Emmanuel Macron, tant le désaveu est profond. Or, selon Christophe Boutin, ce profil n’existe pas aujourd’hui. Raphaël Glucksmann devrait s’en approcher au prix de concessions, et la droite républicaine part de trop loin.

Un « chiffon rouge » agité par les oppositions

Les appels du RN et de LFI relèvent-ils alors de la pure posture ? Pour le politologue, ces partis agitent un chiffon rouge en sachant parfaitement que le départ n’aura pas lieu.

La démarche a aussi un objectif stratégique : discréditer les futurs candidats qui ont travaillé aux côtés d’Emmanuel Macron, à commencer par ses anciens Premiers ministres Édouard Philippe et Gabriel Attal.

Un président devenu « radioactif »

La conclusion de Christophe Boutin est sans détour : le statu quo devrait durer jusqu’à la présidentielle d’avril 2027.

Et un retour d’Emmanuel Macron au premier plan de la politique intérieure n’arrangerait rien, selon lui. Le chef de l’État serait devenu presque « radioactif » : sa parole ne rassure plus et pourrait même raviver la colère.

Démission impossible, prise de parole risquée : le président semble condamné à aller au bout de son mandat, dans un pays qui attend déjà la suite.

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