Édouard Philippe veut réduire le chômage à 12 mois et faire payer les arrêts maladie courts

Douze mois. Pas un de plus. C’est la nouvelle durée d’indemnisation du chômage qu’Édouard Philippe veut imposer aux moins de 50 ans s’il devient président en 2027.
L’ancien premier ministre a lâché cette annonce ce jeudi 27 août, juste avant d’affronter six autres candidats devant le Medef. Et ce n’est que la partie visible de son programme.
Retraites, arrêts maladie, transmission du patrimoine : le candidat Horizons déroule une vision qui va faire grincer des dents bien au-delà des chômeurs.
Un modèle allemand qui inquiète déjà les demandeurs d’emploi
«Ma direction, c’est de faire comme l’Allemagne», a lancé Édouard Philippe à l’AFP. Douze mois d’indemnisation maximum pour les moins de 50 ans : voilà l’objectif affiché, sans détour.
Actuellement, la durée plafond est de 18 mois pour les moins de 55 ans, depuis la réforme de 2023 qui avait déjà rogné six mois sur les 24 possibles auparavant. Une nouvelle bascule arrive même dès le 1er septembre 2026, avec 15 mois en cas de rupture conventionnelle.
Sauf que malgré ces coups de rabot successifs, le chômage continue de grimper. Il a progressé pour le sixième trimestre consécutif, atteignant 8,3%. Un chiffre qui interroge sur l’efficacité réelle de ces restrictions à répétition.
La proposition de Philippe s’inscrit dans une logique plus large qu’il défend depuis des mois : moderniser sans exploser les comptes publics. Une ligne qu’il avait déjà tenue en évoquant une possible hausse des franchises médicales ou une réforme des retraites plus dure.
«L’open bar des arrêts de travail» dans le viseur
Mais le vrai coup de tonnerre concerne les arrêts maladie. Édouard Philippe veut «mettre fin à l’open bar», rien que ça. Le chiffre qu’il brandit : une hausse de près de 40% en valeur entre 2019 et 2025.
Une «dérive préoccupante», selon lui, qui coûte environ 17 milliards d’euros par an aux comptes publics. Mais l’enjeu dépasse la simple facture : il pointe aussi l’impact sur «l’activité des entreprises» et «l’ambiance au travail».
Sa solution s’inspire de l’Espagne : mieux indemniser les congés longs, mais taper plus fort sur les arrêts courts. Concrètement, il propose de renforcer les journées de carence : «le premier jour, les deux premiers jours ne seront pas indemnisés lorsque c’est un arrêt ponctuel».
Il vise aussi ce qu’il appelle le «chantage à l’arrêt maladie», ce moment délicat où un salarié s’arrête juste avant une rupture conventionnelle. Sa parade : instaurer une période incompressible de trois à six mois entre les deux événements. De quoi refroidir certaines stratégies bien connues des services RH.

Héritage, retraites et infrastructures : le reste du programme
Les arbitrages budgétaires ne s’arrêtent pas là. Édouard Philippe défend bec et ongles le pacte Dutreil, ce dispositif qui facilite la transmission des entreprises familiales. Il juge «extrêmement important» de rassurer les entrepreneurs à la veille d’une «immense vague de transmission» dans le pays.
Sur l’héritage, il se pose en opposant frontal de Jean-Luc Mélenchon, qui veut taxer tout patrimoine au-delà de 12 millions d’euros, et de la leader de la CFDT Marylise Léon, favorable à une taxation «au premier euro». Sa vision : accélérer les donations de son vivant, avec une «augmentation très sensible des plafonds» dès les trois premières années de mandat.
Le candidat promet aussi une réforme des retraites qui tienne compte des différences entre métiers, mais où «tout le monde doit travailler un peu plus longtemps». Un discours qui rejoint les inquiétudes déjà exprimées autour d’un possible gel des pensions en 2027.
Côté infrastructures, il veut lancer un grand plan fret ferroviaire et développer le stockage de l’eau. Sur la dette, il n’a pas de mots assez durs contre Mélenchon : ses propositions d’annulation seraient «l’assurance de la destruction du crédit de la France».
Douze mois de chômage, deux jours de carence, des milliards en jeu : le programme d’Édouard Philippe trace une ligne claire, quitte à froisser une partie de l’électorat. Reste à savoir si les Français suivront cette cure d’austérité version 2027.