Monique Barbut veut piocher dans l’épargne des Français pour financer le climat

Elle avait démissionné en juillet, puis était finalement restée. Depuis, Monique Barbut est sous le feu des critiques, accusée de fragiliser un peu plus chaque semaine son propre gouvernement. Mais la ministre de la Transition écologique ne compte pas se laisser faire, et elle prépare même un plan financier inattendu pour l’adaptation au changement climatique.
Une ministre affaiblie mais toujours en poste
Retour en arrière : en juillet, Monique Barbut avait annoncé sa démission pour protester contre l’adoption de la loi d’urgence agricole. Un geste fort, vite suivi d’un rétropédalage. La ministre était restée finalement au gouvernement, assurant avoir obtenu des « garanties » sur des dossiers qui lui tiennent particulièrement à cœur.
Dans un entretien accordé à Libération et publié dimanche 16 août, elle ne mâche pas ses mots face aux critiques qui pleuvent depuis l’été. « Certains aimeraient que je ne sois plus là. Il faudra encore me supporter », lance-t-elle, entre lucidité et provocation assumée.
Elle rappelle ses trois priorités : l’adaptation au changement climatique, la forêt, et la santé environnementale. Un cap qu’elle défend alors même que certains l’avaient déjà accusée d’un manque de cohérence sur le terrain.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu lui a d’ailleurs confié une mission précise fin juillet : présenter d’ici octobre de nouvelles mesures pour accélérer le Plan national d’adaptation au changement climatique, alors que la France traverse déjà une succession d’épisodes de chaleur historiques.
La piste inattendue de l’épargne des Français
C’est là que l’idée surprend. Face à des caisses de l’État exsangues, la ministre cherche une solution alternative pour financer les chantiers d’adaptation climatique qui s’annoncent colossaux. Et son regard se tourne vers un acteur bien connu des épargnants français.
« Pour ce qui est du financement, les ressources de l’État étant ce qu’elles sont, je voudrais creuser la piste d’un financement via la Caisse des dépôts issu de l’épargne des Français », explique-t-elle dans l’entretien. Autrement dit, l’argent placé sur des livrets pourrait servir à financer digues, systèmes d’alerte, adaptation des cultures ou infrastructures résistantes à la chaleur.
Une piste qui n’est pas encore un projet de loi ficelé, mais qui illustre une réalité budgétaire tendue. Alors que les vagues de chaleur s’enchaînent et que les restrictions d’eau se multiplient partout en France, le financement de l’adaptation devient une urgence que le gouvernement ne peut plus repousser indéfiniment.

Cadmium et acétamipride : les autres batailles de la ministre
Au-delà du financement, Monique Barbut mène un autre combat plus discret mais tout aussi révélateur de sa méthode : celui contre le cadmium, ce métal lourd toxique présent dans l’environnement et l’alimentation. Un sujet où elle avait déjà tenté de faire bouger les lignes par le passé.
Le gouvernement prépare actuellement un décret pour réduire la présence de cadmium dans les engrais phosphatés. La ministre veut aller plus vite et plus fort que ce qu’envisageait initialement le ministère de l’Agriculture.
Elle réclame une norme maximale de 20 milligrammes par kilogramme à l’horizon 2030, contre 90 mg/kg actuellement en vigueur. Un objectif bien plus ambitieux que la trajectoire à « 40 mg/kg en 2030 » puis « 20 mg/kg en 2038 » que défendait Bercy en mai dernier.
Sur un autre dossier sensible, celui de l’insecticide acétamipride, la ministre affirme aussi vouloir protéger l’expertise scientifique de toute pression politique.
« Je veillerai à ce qu’aucune pression ne soit exercée sur l’Anses pour tenir des délais qui ne seraient pas compatibles avec les exigences d’une expertise scientifique rigoureuse », insiste-t-elle.
Elle juge par ailleurs « pas surprenantes » les conclusions du Conseil constitutionnel, qui a validé vendredi la quasi-totalité de la loi d’urgence agricole, tout en saluant des clarifications qu’elle estime utiles.
Entre l’épargne des Français mobilisée pour le climat et la bataille du cadmium, Monique Barbut joue gros sur un été qui devait la voir partir. Reste à savoir si son plan de financement séduira Bercy, ou s’il rejoindra la longue liste des bonnes idées écologiques restées lettre morte.