« Salut nazi » en plein conseil municipal : le geste d’une élue de Perpignan qui pousse le maire à saisir le procureur

Un conseil municipal qui dérape, un bras levé, un fou rire, et la machine judiciaire qui s’enclenche. À Perpignan, une séance de plus de cinq heures a viré à l’incident diplomatique. Le maire Louis Aliot (RN) accuse une élue d’opposition d’avoir effectué un salut nazi en pleine séance. Et il compte bien ne pas en rester là.
Plus de 5 heures de débats houleux avant le geste qui embrase Perpignan
Ce mercredi 17 juin 2026, les élus perpignanais se retrouvent pour le dernier conseil municipal avant la trêve estivale. Ambiance tendue, comme souvent entre la majorité RN et les oppositions. Budget, subventions aux associations, conditions d’attribution : les sujets sensibles s’enchaînent pendant plus de cinq heures.
C’est au bout de 2h30 de séance que la scène se produit. Les élus de la liste « Plus forts pour Perpignan » votent contre le nouveau règlement d’attribution des subventions aux associations. L’élue centriste Annabelle Brunet lève le bras, comme ses collègues, pour signifier son opposition.
Mais la suite fait basculer la soirée. L’enregistrement vidéo, disponible sur la chaîne YouTube de la commune, montre Annabelle Brunet modifier la position de son bras droit. Elle le plie, ramène sa main vers le cœur, puis remonte sèchement le bras vers l’avant.
Un geste qui, pour la majorité municipale, ne laisse aucune place au doute. L’élue part ensuite en fou rire avec ses voisins de banc, Yves Guizard et Frédéric Monteil. Dans un contexte politique déjà électrique, la moindre étincelle peut embraser un débat bien au-delà de l’hémicycle local.
Ce qui aurait pu rester un incident de séance va prendre une tout autre dimension dès le lendemain matin. Et la réaction de la sphère politique ne s’est pas fait attendre.
Louis Aliot saisit le procureur : « Un geste sans équivoque »
Dès le jeudi 18 juin, Louis Aliot publie un communiqué au vitriol au nom de la Ville. Le maire parle d’un « geste sans équivoque » et condamne « avec la plus grande fermeté et sans aucune forme de nuance ce salut nazi effectué de façon désinvolte et outrageante ». Les mots sont lourds, calibrés pour frapper.
Le communiqué va plus loin. La majorité dénonce « l’hilarité partagée entre l’auteure de ce geste et ses colistiers », estimant que « ces élus n’ont éprouvé aucune gêne, ni aucun complexe ». Pour Aliot, le geste « porte directement atteinte à la mémoire des victimes du régime nazi et à l’image de la Ville de Perpignan ». Résultat : le maire annonce saisir le procureur de la République pour que le geste soit « condamné à la hauteur de ce qu’il mérite ».
De son côté, Annabelle Brunet plaide l’énervement. Interrogée par L’Indépendant, elle s’emporte : « C’est insupportable. On s’attache à 0,001 % d’un conseil municipal qui a duré plus de 5h30 et où je n’ai pas arrêté de faire des propositions sans jamais obtenir une réponse. » L’élue centriste rejette toute proximité avec l’extrême droite et se demande si la polémique n’est pas un contre-feu orchestré par la majorité.

Un tatouage SS en toile de fond : le contexte explosif qui change tout
Car cette affaire ne tombe pas du ciel. Quelques jours plus tôt, un agent municipal — ancien élu de la majorité entre 2023 et 2026 — avait été surpris arborant un tatouage reprenant la devise des SS : « Meine Ehre heißt Treue » (« Mon honneur, c’est ma fidélité »). La Ville de Perpignan, qui assure avoir découvert le tatouage par voie de presse, a écarté l’agent.
C’est précisément ce contexte que brandit le camp de l’opposition. Frédéric Monteil a répliqué sur Facebook : « Pour faire oublier qu’un ancien élu arborait un tatouage reprenant la devise des SS, le maire préfère s’indigner d’un bras jugé trop tendu. » Il pointe aussi une délibération controversée qui obligerait les associations à participer aux cérémonies municipales sous peine de sanctions.
Le timing est redoutable. D’un côté, un maire RN qui accuse une centriste de salut nazi. De l’autre, une opposition qui retourne l’accusation en pointant un tatouage SS dans les rangs même de la majorité. Perpignan se retrouve prise dans un jeu de miroirs où chaque camp renvoie à l’autre ses propres zones d’ombre. Le procureur tranchera. Mais la bataille politique, elle, ne fait que commencer.
Un bras levé, un tatouage caché, et Perpignan qui s’embrase. Dans cette affaire, chaque camp brandit la mémoire des victimes du nazisme comme une arme politique. Reste à savoir si la justice parviendra à démêler le geste de la posture — ou si cette polémique finira noyée dans la prochaine tempête municipale.