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Cancer : les hôtesses de l’air et pilotes en tête d’un classement inquiétant sur 503 métiers

Publié par Cassandre le 23 Août 2026 à 21:30
Hôtesse de l'air pensive regardant par le hublot en vol

Prendre l’avion, on le fait tous sans trop y penser. Mais pour ceux qui y passent leur carrière, la question se pose autrement. Une étude américaine vient de placer les hôtesses, stewards et pilotes tout en haut d’un classement qu’on n’a pas envie de dominer. Et la raison tient en un mot : l’altitude.

Un classement qui surprend même les experts

L’étude, publiée le 17 août dans la revue médicale JAMA Internal Medicine, a de quoi faire tiquer. Elle passe au crible 503 professions américaines pour mesurer la part des décès liés aux cancers associés aux rayonnements. Résultat : le personnel navigant commercial arrive en tête. Devant tout le monde.

Oui, devant les techniciens du nucléaire. Ces derniers manipulent pourtant des matières radioactives au quotidien, avec des protocoles de sécurité stricts. Les hôtesses et stewards, eux, n’ont ni combinaison ni dosimètre. Leur exposition vient d’ailleurs : les rayonnements cosmiques, plus intenses en altitude, là où l’atmosphère protège moins bien qu’au niveau du sol.

Ce phénomène n’est pas nouveau, mais son ampleur, mesurée ici sur une échelle nationale, interpelle. D’autres secteurs professionnels ont déjà été scrutés pour leurs risques sanitaires, comme le montre le débat récent sur l’exposition à des substances dangereuses dans des contextes inattendus. Ici, le danger n’est pas chimique. Il vient du ciel, littéralement.

Reste une question logique : à quel point ce risque est-il réel, et comment les chercheurs l’ont-ils mesuré aussi précisément ? C’est là que les chiffres deviennent parlants, et un peu vertigineux.

Un décès sur quatorze chez le personnel navigant

Pour arriver à ce résultat, les chercheurs ont épluché 12,7 millions de certificats de décès américains enregistrés entre 2020 et 2024. Parmi eux, ceux de 14 190 pilotes et 7 170 membres d’équipage. Un échantillon massif, qui donne du poids aux conclusions.

Les cancers retenus ne sont pas choisis au hasard : leucémies, lymphomes, myélome multiple, cancers de la peau, du sein, de la thyroïde, de la prostate et du système nerveux central. Tous ont un lien documenté avec les rayonnements ionisants. Chez les navigants commerciaux, ces cancers représentent 6,9 % des décès. Chez les pilotes, 6,7 %. Contre 5 % dans la population générale.

Autrement dit, environ un décès sur quatorze chez le personnel de cabine est lié à ce type de cancer. Après ajustement statistique, la probabilité de mourir de l’une de ces maladies grimpe de 50 % chez les hôtesses et stewards, et de 36 % chez les pilotes, par rapport au reste de la population.

Un écart qui ne relève pas du hasard, selon les auteurs de l’étude, à l’image de certaines découvertes scientifiques qui bousculent nos certitudes, comme cette découverte récente sur le cerveau des astronautes exposés à des environnements extrêmes.

Fait intéressant : ni les pilotes ni les navigants ne meurent davantage des autres types de cancers. Deux spécialistes australiens de la radioprotection, Catherine Olsen et Ken Karipidis, y voient un indice fort. Ce n’est pas le mode de vie, ni le milieu social, qui expliquerait ces chiffres. C’est bien l’exposition professionnelle. Mais alors, comment se fait-il qu’aucune règle stricte n’encadre ce risque aux États-Unis ?

Cockpit d'avion baigné de lumière en haute altitude

Aux États-Unis, une exposition qui n’est même pas mesurée

C’est là que le bât blesse. L’agence fédérale de l’aviation américaine reconnaît que les équipages sont exposés aux rayonnements cosmiques. Mais elle n’impose aucune limite de dose ni surveillance obligatoire. Le docteur Vishal Patel, auteur principal de l’étude, résume la situation d’une phrase qui claque : « On ne peut pas gérer une exposition que l’on a choisi de ne pas mesurer. »

La France, elle, a choisi une autre voie. L’exposition du personnel navigant y est évaluée et suivie individuellement, vol par vol. Dès que le seuil de 1 millisievert par an est dépassé, l’employeur doit mettre en place des mesures de prévention. Au-delà de 6 millisieverts sur douze mois, le salarié bascule dans la catégorie des travailleurs exposés. La limite absolue, elle, est fixée à 20 millisieverts sur la même période.

Pour donner un ordre de grandeur concret : un vol Paris-New York représente environ 0,06 millisievert. Il faudrait donc enchaîner près d’une centaine de traversées transatlantiques pour approcher le seuil des 6 mSv.

Un calcul qui remet les choses en perspective, sans pour autant minimiser le risque cumulé sur une carrière entière de trente ou quarante ans passée dans les airs.

L’article original de cette étude, relayé notamment par ABC News, souligne d’ailleurs que ce suivi rigoureux à la française fait figure d’exception plutôt que de norme mondiale.

Ce contraste entre les deux systèmes pose une vraie question de santé publique, qui dépasse largement le cadre américain. Alors que d’autres enjeux environnementaux et sanitaires font régulièrement l’actualité, comme les restrictions imposées face aux risques du quotidien, celui-ci reste étonnamment discret. Et pourtant, il concerne des centaines de milliers de professionnels dans le monde.

Voler à 10 000 mètres d’altitude, c’était déjà connu pour être fatigant. On sait désormais que c’est aussi, statistiquement, un métier à risque cancérogène documenté. La prochaine fois que vous croiserez une hôtesse ou un pilote, vous regarderez peut-être leur uniforme différemment. Et vous, saviez-vous que l’espace au-dessus de nos têtes pouvait être aussi risqué que certains sols contaminés ?

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