55 morts en 24 heures à Paris : ce que le Samu a constaté jeudi glace le sang

Paris suffoque. Le mercure a franchi les 40 °C pour la première fois en juin dans l’histoire des relevés de la capitale. Et les conséquences sont brutales. En une seule journée, le Samu de Paris a comptabilisé un nombre de décès qui dépasse tout ce que les urgentistes avaient l’habitude de gérer. Les chiffres révélés par BFMTV donnent la mesure d’une crise sanitaire en temps réel.
40 °C à Paris en juin : une première historique aux conséquences mortelles
Le jeudi 25 juin, entre minuit et minuit, le Samu de Paris a pris en charge au moins 55 décès. En temps normal, ce chiffre ne dépasse pas dix. Plus de cinq fois la moyenne quotidienne, en l’espace de vingt-quatre heures.
Sur ces 55 prises en charge, 25 concernaient des arrêts cardiaques, dont 23 ont été fatals. Habituellement, on en compte moins de cinq par jour. Les 32 décès restants relèvent d’autres causes, mais leur nombre aussi est anormalement élevé.
Et ce bilan ne reflète qu’une fraction de la réalité. Il ne comptabilise pas les décès constatés par les pompiers, SOS médecins ou les professionnels libéraux. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a confirmé jeudi matin que la mortalité est en hausse dans la capitale, sans avancer de chiffre global.
Cette barre des 40 °C en juin, c’est du jamais-vu. Un record absolu pour ce mois dans l’histoire météo parisienne. Et les modèles climatiques laissaient déjà présager un été hors norme. Sauf que personne n’avait anticipé un tel impact en si peu de temps.
Derrière les chiffres, il y a des services hospitaliers au bord de la rupture.
Appels au Samu en hausse de 47 %, hôpitaux saturés : l’Île-de-France sous tension
Agnès Ricard Hibon, présidente de la Société française de médecine d’urgence, a révélé vendredi matin sur BFMTV un chiffre alarmant. Les appels au Samu d’Île-de-France ont bondi de 47 %. Côté pompiers de Paris, la hausse atteint 50 %.
La tension ne se limite pas à la capitale. À Bordeaux, le Samu a reçu 3 200 appels en 24 heures, soit une augmentation de 60 %. L’ensemble du territoire français est touché, et les services de santé craquent de toutes parts.
Dans un hôpital parisien, les passages aux urgences ont grimpé de 23 %, avec un taux d’hospitalisation de 24 %. Dix patients attendaient sur des brancards, faute de lits disponibles. Les motifs d’admission ? Essentiellement des coups de chaleur, mais aussi des traumatismes liés à la canicule — certains provoqués par des plongeons dans le canal Saint-Martin, ouvert à la baignade.
Philippe Juvin, chef des urgences de l’hôpital Georges Pompidou et député LR, a décrit une situation « extrêmement grave ». Un flux de patients qui ne faiblit pas, des équipes à bout. Et un mot revient dans toutes les bouches : canicule meurtrière.
Mais le pire pourrait se jouer loin des hôpitaux.

Décès à domicile : l’angoisse silencieuse qui hante le ministère de la Santé
Les personnes âgées isolées constituent la population la plus vulnérable. Philippe Juvin s’est inquiété publiquement des morts à domicile, invisibles dans les statistiques hospitalières. Le ministère de la Santé partage cette préoccupation et déclare être « également préoccupé par la survenue de décès à domicile sur l’ensemble du territoire ».
Le problème, c’est que personne ne dispose de chiffres exhaustifs. Le ministère lui-même admet ne pas avoir de bilan complet des décès directement liés à la chaleur. On sait que la mortalité augmente. On ne sait pas encore de combien.
C’est le spectre de l’été 2003 qui ressurgit. À l’époque, 15 000 décès supplémentaires avaient été attribués à la canicule en France, dont une majorité de personnes âgées mortes seules chez elles. Vingt-trois ans plus tard, les températures battent de nouveaux records, et la question reste la même : combien de victimes silencieuses la chaleur extrême emporte-t-elle dans l’ombre ?
Les prochains jours seront décisifs pour mesurer l’ampleur réelle de cette crise. Chaque degré supplémentaire pèse sur des vies.
55 morts comptabilisés par le seul Samu de Paris en une journée, contre moins de 10 en temps normal. Ce chiffre dit tout de l’urgence. Et il ne dit probablement pas tout. Si vous avez un proche âgé et isolé, un coup de fil aujourd’hui peut changer la donne. Littéralement.