Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Santé

« Mon corps n’est pas redescendu en température » : après la canicule, ces séquelles qui persistent des semaines

Publié par Cassandre le 27 Juil 2026 à 11:06

Le thermomètre a repassé sous les 30°C depuis plusieurs jours. Mais pour Christelle, rien n’a changé : ses jambes n’ont toujours pas désenflé. Elle les plonge dans l’eau glacée, même au bureau.

« Une nuit, j’ai eu peur de perdre mes membres inférieurs », raconte cette quinquagénaire de Mayenne, le souffle encore court au souvenir. Ce soir-là, le mercure affichait 34°C dans sa chambre. « Je me suis vue mourir. »

Femme plongeant ses jambes gonflées dans un bain glacé

Elle n’est pas un cas isolé. Des dizaines de lecteurs ont répondu à un appel à témoignages de franceinfo pour raconter les traces laissées par les deux vagues de chaleur de juin et juillet 2026. Jambes gonflées, crises d’angoisse, cycles menstruels perturbés : le corps met parfois des semaines à s’en remettre.

Des jambes qui refusent de dégonfler

Chez Christelle, des vaisseaux sanguins ont même éclaté sous la peau. « Cela s’est un peu atténué avec la baisse des températures, mais j’ai l’impression que cela ne partira jamais », confie-t-elle, inquiète.

Elle a prévu de consulter un angiologue, spécialiste des vaisseaux sanguins. En attendant, elle cumule fatigue, migraines et troubles digestifs.

« Attention à ne pas banaliser les symptômes », prévient Michaël Rochoy, médecin généraliste dans le Pas-de-Calais. « Si une personne a des œdèmes importants et un essoufflement, cela peut être synonyme d’insuffisance cardiaque. Il ne faut pas attendre pour consulter. »

Pour Antoine Diard, président de la Société française de médecine vasculaire, ces effets à retardement n’ont rien de mystérieux. « En principe, un œdème doit disparaître en trois ou quatre jours chez des personnes jeunes et actives. Mais cela peut mettre huit ou dix jours chez des personnes plus âgées », explique-t-il.

Stéphanie, 53 ans, dans le Val-de-Marne, connaît le même scénario. « J’ai l’impression que mon corps n’est pas encore descendu en température », dit-elle, entre coups de chaud et douleurs articulaires persistantes. Reste à savoir si ces symptômes physiques sont les seuls à s’incruster.

Quand la fatigue ne repart jamais vraiment

À Strasbourg, Caroline* cumule douleurs articulaires et sensation d’oppression dans la poitrine. Ses migraines chroniques, elles, s’aggravent nettement avec la chaleur.

« D’habitude je ne prends qu’un ou deux comprimés par mois, car cela peut créer une dépendance ou des migraines rebonds. Pendant les deux vagues de chaleur, j’en ai pris sept », détaille cette trentenaire du secteur culturel.

Jeune femme épuisée allongée dans un appartement sombre

Comme beaucoup de témoins, elle décrit un épuisement qui ne passe pas. Elle a fini par faire un malaise dans la rue, avant de s’arrêter de travailler tout un week-end pour dormir.

« C’est tout à fait normal, car la canicule affecte le sommeil », explique Basile Chaix, directeur de recherche à l’Inserm. « Elle ne va pas seulement diminuer le temps de sommeil, mais affecter tout son processus, notamment le sommeil profond, qui a des fonctions physiologiques essentielles pour régénérer le système cardiovasculaire ou le cerveau. »

Résultat : des répercussions qui durent plusieurs jours après le retour du beau temps. Mais le sommeil abîmé n’est que la partie visible d’un problème bien plus profond sur la santé mentale.

La chaleur qui fait remonter les idées noires

Au-delà du corps, la canicule laisse des marques sur l’esprit. « La canicule peut rendre plus vulnérable », explique la psychiatre Marine Akkaoui, qui a participé à une étude sur le sujet.

« Elle peut précipiter les choses, mais elle ne va rien déclencher à elle toute seule », nuance-t-elle. Les vagues de chaleur sont pourtant associées à une hausse des consultations pour troubles psychotiques et dépressifs.

Raiss Bailly, 20 ans, suit un traitement contre l’anxiété depuis plusieurs années. « Pendant les pics de chaleur, j’étais enfermé dans le noir, allongé sur un matelas. Je ne pouvais rien toucher ni manger », confie-t-il.

Certains médicaments contre l’anxiété aggravent justement les effets de la chaleur sur l’organisme, comme l’a rappelé l’Agence nationale de sécurité du médicament mi-juin. « Je n’ai jamais été sensibilisé sur le sujet. J’étais dégoûté d’apprendre ça seulement maintenant », déplore le jeune homme.

« Il ne se passait pas un jour sans que je dise à ma colocataire que j’allais mourir », se souvient cet étudiant de Saint-Denis. « Ces dernières années, je n’avais plus d’idées suicidaires. Mais la chaleur les a fait ressortir. » Une phrase qui donne la mesure de ce que peut déclencher une simple carte météo passée au rouge.

« Dès que je vois une carte météo en rouge, je panique »

Alexane Visconti, 28 ans, travaille dans le médico-social. Pendant la canicule de juin, elle a passé ses congés seule, dans le noir, loin de la plage pourtant toute proche.

« À 23 heures, il faisait encore 34°C, j’ai essayé de sortir, mais je me vidais de mon eau. Ce temps qui devait être un moment de fête est devenu une source de stress », regrette-t-elle.

Les spécialistes appellent à consulter dès que des symptômes comme les crises d’angoisse ou les insomnies persistent. « Ce sont des signaux d’alarme », insiste Marine Akkaoui. « Il faut en parler a minima à son médecin généraliste, un psychologue, un psychiatre ou une plateforme d’écoute. Plus on consulte tôt, mieux on peut prendre ces symptômes en charge. »

En Bourgogne, l’ingénieur Hugo Fiévé a installé les lits de toute sa famille au sous-sol pour fuir la chaleur. Sa fille de 4 ans et demi a fini à l’hôpital pour un coup de chaleur. Depuis, il consulte la météo presque toutes les heures, même en pleine nuit.

Une inquiétude qui touche jusqu’aux grossesses

Enceinte de sept mois, Lucile Berthe s’interroge sur les conséquences de ces chaleurs pour son bébé. « Je suis beaucoup plus vigilante sur l’impact de ses coups, qu’elle bouge bien », confie cette habitante de Lille, au cinquième étage d’un immeuble.

Femme enceinte inquiète consultant une alerte canicule sur son téléphone

Ses craintes ne sont pas totalement infondées. « Certaines études suggèrent que l’exposition des femmes à la chaleur pendant la grossesse peut entraîner des naissances prématurées », développe Basile Chaix. « Même des mois plus tard. Mais cela doit être confirmé. »

Avec son mari, elle espère déménager avant l’été prochain pour une maison à la campagne. « Je demandais à ma grand-mère, qui a eu cinq enfants, si elle avait connu ne serait-ce qu’une vague de chaleur. Elle n’en a connu aucune. Moi, pour ma première grossesse, j’en suis déjà à la troisième », raconte-t-elle, employée dans une association environnementale.

« On ne peut pas juste dire qu’on a besoin de clims dans les écoles et les hôpitaux. Il faut de la rénovation thermique, repenser nos bâtiments et nos modes de vie ! » Un constat qui résonne alors que Météo-France annonce déjà le retour possible des fortes chaleurs cette semaine.

En attendant des solutions structurelles, mieux vaut connaître les bons gestes face à la chaleur et savoir repérer les signaux qui doivent alerter, chez soi comme chez ses proches les plus fragiles.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *