À 105 ans, elle jure que son secret n’est ni le sport ni les légumes : l’habitude quotidienne de Dora, née en 1921

Ni footing au lever du jour, ni assiette de brocolis à chaque repas. À 105 ans, une Britannique balaie d’un revers de main les recettes habituelles de la longévité. Sa famille, elle, croit tenir l’explication d’une forme étonnante. Reste à découvrir laquelle, et pourquoi elle accompagne cette centenaire depuis des décennies.
105 bougies, 24 Premiers ministres et une femme qui n’a rien perdu de son humour
Dora Horsfall est née le 2 novembre 1921 à Londres. Elle vient de fêter ses 105 ans à la maison de retraite Flowers Manor, en Angleterre. Un siècle et plus d’histoire défile dans sa mémoire.
Elle a vécu la Seconde Guerre mondiale. Elle a vu Elizabeth II monter sur le trône. Elle a aussi traversé la succession de 24 Premiers ministres britanniques, ce qui laisse rêveur.
Son entourage la décrit pleine d’entrain, dotée d’un rire communicatif et d’un caractère malicieux. Sa petite-fille, Mandy Cheeseman, l’admire sans détour. « J’aimerais être, ne serait-ce qu’à moitié, la femme qu’elle est », a-t-elle confié.
Dora garde aussi un regard philosophique sur sa trajectoire. « Certains ont une vie courte, d’autres une vie longue », explique-t-elle. « Mais ce qui compte, c’est ce que l’on fait durant ce laps de temps. »
Cette sagesse ne vient pas de nulle part. Les habitudes que partagent beaucoup de centenaires actifs montrent que les parcours exceptionnels se ressemblent parfois. Mais celui de Dora a démarré sur un terrain bien plus rude qu’on ne l’imagine.
Un internat pour enfants pauvres, une usine secrète de Spitfire : la vie dure de Dora
Rien ne prédisait une telle longévité. Après le départ de son père et les difficultés financières de sa famille, Dora et son frère Jack ont été placés dans un internat. Il accueillait des enfants orphelins, abandonnés ou vivant dans la pauvreté.
À 13 ans, elle a déménagé à Salisbury. À 18 ans, elle est revenue à Londres. C’est là qu’elle a rencontré Reg, son futur mari.
Le couple s’est marié à Croydon en 1941, puis s’est installé à Salisbury pour élever leurs deux filles, Pat et Betty. Pendant la guerre, Dora a travaillé comme receveuse dans les bus. Elle a ensuite rejoint une usine secrète participant à la fabrication des avions de chasse Spitfire.
Après 45 ans passés à Salisbury, Dora et Reg ont fait un choix inattendu : le sud de l’Espagne. Ils y ont vécu 18 ans, jusqu’au décès de Reg. Dora est ensuite rentrée au Royaume-Uni, a vécu près de ses filles, puis a rejoint Flowers Manor en 2022.
Ce sont des histoires de ce genre que l’on retrouve chez ceux qui dépassent le siècle : des portraits de seniors qui bousculent les idées reçues en témoignent. Pourtant, une habitude a traversé tous ces déménagements, ces deuils et ces pays. Et elle n’a rien d’héroïque.
Alors, quelle est-elle ? La réponse vient de la bouche de sa petite-fille, et elle tient en un mot.

La sieste, quotidienne, depuis que ses petits-enfants étaient petits
Avant de la dévoiler, un détail : selon la routine du matin que les gériatres associent à l’autonomie, les rituels comptent parfois plus que les exploits. Chez Dora, c’est le repos qui l’emporte.
Le secret, c’est la sieste. Chaque jour, sans exception, d’après sa famille. Mandy Cheeseman l’a confié à la BBC : « c’est peut-être pour cela qu’elle est si bien conservée : elle fait la sieste tous les jours, et ce, depuis que nous étions enfants ».
Cette habitude l’a accompagnée quel que soit son lieu de vie. À Salisbury, en Espagne, chez ses filles, puis en maison de retraite : la pause de l’après-midi n’a jamais bougé. Les années ont passé, la sieste est restée.
Attention toutefois : il s’agit ici d’un ressenti familial, pas d’une preuve scientifique. Mandy parle d’une explication possible (« peut-être »), et Dora elle-même évoque surtout une philosophie de vie. La sieste n’explique sans doute pas tout, mais elle illustre une vie rythmée par le repos.
Cette régularité tranche avec les conseils de longévité souvent complexes. Ici, ni régime ni salle de sport, seulement un rendez-vous quotidien avec le calme. Et si cette simplicité était justement l’ingrédient qu’on cherche trop loin ?
Un gâteau aux fraises, une carte du roi et l’élastique, « plus grande invention »
Pour ses 105 ans, Dora a célébré l’événement en famille et avec les résidents de son établissement. Au menu : thé et gâteau d’anniversaire à la fraise et à la vanille. Elle a aussi reçu une carte du roi Charles III et de la reine Camilla.
Sa descendance impressionne : mère de deux filles, elle est grand-mère de sept petits-enfants, arrière-grand-mère de neuf et arrière-arrière-grand-mère de quatre. Une famille qui s’étend sur cinq générations.
Son humour reste intact. Interrogée par la BBC sur la plus grande invention de son existence, elle cite sans hésiter l’élastique, pour son utilisation dans les sous-vêtements. « Parfois, ils tombaient ; il fallait alors les ramasser rapidement et les glisser dans son sac à main ! », raconte-t-elle.
Son cas rejoint d’autres parcours étonnants, comme cette médecin américaine morte à 103 ans qui appliquait trois règles simples. Et pour ceux qui aiment les secrets de grands anciens, les rituels quotidiens de Line Renaud à 98 ans offrent un autre éclairage.
Faut-il en conclure que la clé tient à un mode de vie sobre ? Dora, elle, préfère rire.
Dora Horsfall n’a pas inventé la recette de la longévité, mais elle en propose une version qu’on peut tester dès cet après-midi : une pause régulière. Et vous, quelle est votre habitude fétiche ? Si vous pensiez que tout se joue dans l’assiette, ce que les nutritionnistes mettent vraiment au menu pour vivre longtemps pourrait vous faire hésiter. Et puisqu’on parle de repos, cette sieste avec une tasse de café intrigue de plus en plus de monde.