Cette maladie « du rat » qui a doublé en France en 10 ans menace tous les baigneurs cet été

Chaque été, c’est le même réflexe : dès que le mercure s’emballe, on file vers la rivière la plus proche, le lac ou la base de loisirs du coin. Sauf qu’une menace invisible rode dans ces eaux apparemment limpides. La leptospirose, surnommée « maladie du rat », a doublé en dix ans sur le territoire français — et les chiffres de 2024 donnent froid dans le dos.
886 cas en 2024 : pourquoi cette bactérie explose en silence
Les données sont formelles. Selon Santé publique France, 886 cas humains de leptospirose ont été recensés en 2024 : 441 en métropole, 445 dans les outre-mer. En à peine une décennie, l’incidence est passée de 0,5 à 1 cas pour 100 000 habitants, un bond suffisant pour que la maladie soit classée parmi les maladies à déclaration obligatoire depuis 2023.
La bactérie responsable, du genre Leptospira, se transmet par contact avec de l’eau ou des sols contaminés par l’urine de rongeurs infectés — rat brun et ragondin en tête. Une simple plaie ouverte, une muqueuse exposée ou une peau fragilisée suffisent. Le piège, c’est que l’eau contaminée ne présente aucun signe visible : ni couleur suspecte, ni odeur particulière.
Les conséquences sont loin d’être anodines. Parmi les 886 patients, 653 ont été hospitalisés et 13 sont décédés. Au total, 74 % des cas ont nécessité un séjour à l’hôpital, dont 34 % en soins intensifs. Derrière chaque chiffre, il y a des familles qui pensaient simplement profiter d’une journée au bord de l’eau.
Le réchauffement climatique amplifie le phénomène. Les épisodes de chaleur prolongés favorisent la survie de la bactérie dans des eaux plus chaudes et moins oxygénées. Parallèlement, l’afflux massif de baigneurs vers les plans d’eau naturels multiplie les occasions de contamination. Un cocktail redoutable qui ne fait que s’intensifier année après année.
Rat brun, cyanobactéries, déjections : le trio invisible des plans d’eau
La leptospirose n’est que la partie émergée de l’iceberg. Selon PROSANE, l’association qui fédère les professionnels de la dératisation et de la désinfection, 40 % des échantillons de déjections de rongeurs analysés contiennent des bactéries pathogènes comme Campylobacter ou Clostridium, responsables d’infections digestives sévères.
Romain Lasseur, expert européen des espèces animales envahissantes et membre du comité scientifique de PROSANE, résume la menace : « Le risque repose sur trois piliers : la densité des rongeurs, des eaux réchauffées par la canicule, et l’afflux massif du public. » Sur les sites de baignade en eau douce, les rivières, les bases de kayak ou de rafting, le contact avec les agents pathogènes devient direct.
Et ce n’est pas tout. Les épisodes caniculaires favorisent aussi la prolifération des cyanobactéries, ces micro-organismes capables de produire des toxines dangereuses pour les baigneurs comme pour la faune aquatique. On se retrouve donc face à une triple menace biologique dans des lieux que tout le monde considère comme sûrs.
PROSANE plaide pour un changement d’approche radical. L’association demande l’intégration d’un critère de « lutte préventive contre les rongeurs » dans les labels des sites de loisirs aquatiques. L’idée : ne plus évaluer seulement la propreté visible, mais aussi la capacité réelle du site à anticiper les risques biologiques invisibles.

Fièvre, douleurs musculaires, insuffisance rénale : les signaux que personne ne reconnaît
Confondre une maladie grave avec un mal bénin, c’est justement ce qui rend la leptospirose si traître. Après une incubation de quatre à dix jours, les premiers symptômes ressemblent à s’y méprendre à une grosse grippe : fièvre élevée, frissons, maux de tête intenses, douleurs musculaires et articulaires diffuses.
Mais l’Institut Pasteur prévient : la maladie peut rapidement évoluer vers des atteintes rénales, hépatiques, méningées ou pulmonaires. Dans 20 % des cas, des formes sévères s’accompagnent d’hémorragies. Les situations les plus critiques incluent insuffisance rénale aiguë, convulsions, coma, et hémorragies pulmonaires ou digestives.
Des antibiotiques — amoxicilline, céphalosporines, cyclines — permettent de traiter l’infection, mais les formes graves exigent une hospitalisation d’urgence. La bonne nouvelle : la plupart des patients ne conservent pas de séquelles durables. Encore faut-il être diagnostiqué à temps, ce qui suppose de consulter dès les premiers signes inhabituels après une baignade en eau douce.
L’expert Romain Lasseur insiste aussi sur la protection des professionnels travaillant au bord de l’eau : port d’équipements adaptés, désinfection systématique des outils et vaccination. Des mesures simples, mais encore trop rares sur le terrain.
Personne ne vous demande de renoncer aux plaisirs de l’eau cet été. Mais une plaie mal protégée, une gorgée avalée par mégarde ou un simple contact prolongé peuvent suffire à déclencher l’infection.
Couvrez vos blessures, rincez-vous après chaque baignade en milieu naturel et, surtout, ne sous-estimez jamais une « grippe d’été » qui débarque quelques jours après un plongeon dans la rivière. Le prochain lac que vous visiterez aura peut-être l’air parfait — c’est justement ce qui rend cette bactérie si redoutable.