Ex-top model dans les années 90 : « J’étais alcoolique, cocaïnomane et je pesais 50 kilos »

Elle a défilé pour Versace aux côtés de Naomi Campbell et Kate Moss. Nelson Mandela l’a un jour appelée « ma fille ». De l’extérieur, sa vie ressemblait à un rêve doré.
Mais derrière les paillettes, elle cachait un secret que personne ne soupçonnait. Alcool, cocaïne, troubles alimentaires : à 24 ans, elle a failli tout perdre.
Aujourd’hui âgée de 46 ans, elle raconte pour la première fois comment elle a survécu à cette descente aux enfers.
Une ado timide devenue égérie des podiums
Tout commence à 16 ans, dans une rue d’Afrique du Sud. Elle attend son petit ami quand un recruteur l’aborde.
Quelques mois plus tard, elle enchaîne Londres, Paris, Milan. À 17 ans, elle participe à un défilé hommage à Gianni Versace, assassiné peu de temps avant, aux côtés des plus grandes stars du mannequinat.
Ce jour-là, Nelson Mandela assiste au show. Quand elle lui dit qu’elle vient d’Afrique du Sud, il lui répond : « Je suis si fier de toi, ma fille. » Un souvenir qu’elle garde précieusement.
Mais cette adolescente n’a rien d’une party girl naturelle. « Je n’étais pas quelqu’un de sociable », confie-t-elle. C’est l’alcool qui va changer la donne.
Le déclic à 15 ans, la spirale à 17

Tout bascule avec une bouteille de vin rouge volée entre copines, à 15 ans. Malgré la nausée, elle découvre un effet inattendu : ses inhibitions disparaissent.
Pour une adolescente « douloureusement timide », c’est une révélation. L’alcool devient son armure sociale, sa façon de se sentir belle et confiante sans craindre le regard des autres.
Deux ans plus tard, à 17 ans, un homme qu’elle fréquente lui propose de la cocaïne pour la première fois. La sensation de toute-puissance qu’elle ressent l’accroche immédiatement.
Dès lors, alcool et cocaïne se combinent systématiquement. Voyageant seule pour son travail, sans supervision stricte de son agence, personne ne remarque vraiment les signaux d’alarme.
7 kilos et 700 grammes, le poids d’un secret
La cocaïne coupe la faim. Rapidement, un trouble alimentaire s’installe, silencieux et destructeur.
Pour 1m75, elle descend jusqu’à un poids de 50 kilos à son plus bas. Son rapport à la nourriture devient chaotique : parfois elle mange sans faim pour étouffer ses angoisses, parfois elle se prive.
Elle devient boulimique, mais pas par peur de grossir. « C’était une façon d’expulser les émotions horribles qui étaient en moi », explique-t-elle aujourd’hui.
Chaque écart aux valeurs strictes de son éducation religieuse renforce sa culpabilité. Et cette culpabilité, elle la noie encore dans l’alcool ou la punition corporelle. Un cercle vicieux qui va durer huit ans, jusqu’à une nuit de 2004 qui change tout.
Cette nuit où elle a envisagé le pire
La scène se passe dans une somptueuse maison privée, lors d’une soirée peuplée de célébrités. L’alcool coule à flots, la cocaïne circule.
Mais pour la première fois, elle ne ressent aucune euphorie. Juste une solitude immense, au milieu de la foule.
Le lendemain matin, face au miroir de sa salle de bain, elle découvre un visage émacié et sans vie. « Qui étais-je devenue ? » se demande-t-elle, dévastée. Elle n’a que 24 ans.
Elle possède encore des cachets récupérés auprès d’une amie. La question se pose alors, brutale : avaler le reste des pilules, ou affronter enfin l’obscurité qui la ronge de l’intérieur ?
L’appel qui a tout déclenché
Elle choisit d’appeler une des rares amies qu’il lui reste. « Je pense que je fais une dépression nerveuse », lui dit-elle au téléphone.
Son amie contacte immédiatement son père. Sa mère, qui tentait depuis des années de la convaincre, lui annonce : direction un centre de désintoxication au Cap.
Le séjour est difficile. Habituée à être « la gentille fille », elle se confie ouvertement en thérapie de groupe — ce qui lui vaut la jalousie des autres patients, en cure depuis bien plus longtemps qu’elle sans progrès similaires.
Elle tient 30 jours, puis rejoint un second centre. Neuf mois de programme en 12 étapes suivront, la méthode de référence contre les addictions.
Ce que la sobriété lui a vraiment appris

Le déclic thérapeutique est simple mais puissant : elle ne pouvait contrôler les autres, seulement elle-même et ses réactions.
Elle comprend alors qu’elle n’a jamais vraiment recherché l’alcool ou la drogue en tant que tels. Elle cherchait la confiance, la liberté, la connexion — des choses qu’aucune substance ne peut réellement offrir.
Elle abandonne le mannequinat et reprend des études, décrochant un diplôme de psychologie. Pour la première fois depuis des années, elle se réveille sans angoisse de ce qu’elle aurait pu faire la veille.
Son grand-père, le célèbre chirurgien Christiaan Barnard — auteur de la première greffe du cœur réussie au monde — croyait beaucoup en elle. Il est mort en 2001, sans jamais la voir sobre.
Le nouveau combat qu’elle n’avait pas vu venir
22 ans sans une goutte d’alcool. Mais un autre problème surgit rapidement : le sucre.
Elle se met à cacher du chocolat pour le manger en secret, loin des yeux de ses fils. Un comportement qu’elle observe aussi chez d’autres personnes en rétablissement : les fêtes célébrant un an de sobriété doublent, voire triplent de taille.
Le constat est clair : beaucoup remplacent leur addiction à l’alcool par une addiction au sucre, cherchant la même décharge de dopamine.
Avec le professeur sud-africain Tim Noakes, elle crée alors l’un des premiers programmes au monde de désintoxication au sucre et aux glucides, calqué sur les protocoles de traitement de l’alcoolisme.
Vivre avec la culpabilité, élever ses fils autrement
Aujourd’hui installée en Californie avec ses deux fils, elle savoure une vie qu’elle qualifie elle-même de paisible : balades à cheval, soirées jeux de société, festivals en famille.
Mais un poids reste difficile à porter : sa mère souffre aujourd’hui de la maladie de Parkinson, et elle se demande parfois si le traumatisme qu’elle lui a infligé y est pour quelque chose.
Ses fils n’ont jamais vu leurs parents boire une goutte d’alcool à la maison. Une normalité qu’elle a construite volontairement, malgré la peur qu’ils aient hérité de ses gènes addictifs.
Elle-même se limite désormais à un club soda en soirée. Sa conclusion est sans appel : « L’alcool est un cancérigène, un poison. Il n’y a aucun bénéfice pour la santé à en boire. »