« Un boob job qui m’a sauvé la vie » : à 27 ans, elle fait retirer ses seins à cause d’un gène qui donnait 80% de risque de cancer

Elle avait 23 ans quand une conseillère lui a annoncé, sans détour, qu’elle avait 80% de risques supplémentaires de développer un cancer du sein. Ce jour-là, dans un hôpital du nord de Londres, Hayley Minn a vu son père fondre en larmes à côté d’elle. Quatre ans plus tard, elle prenait une décision radicale pour reprendre le contrôle de son destin médical, une décision qu’elle raconte aujourd’hui sans filtre, cicatrices comprises.
Un gène transmis par son père, un risque que personne n’avait vu venir
Tout commence avec une découverte génétique en 2015. Hayley Minn apprend qu’elle est porteuse d’une mutation du gène BRCA1, celui-là même qui a poussé Angelina Jolie à agir en 2013. Ce gène défaillant multiplie fortement le risque de cancer gynécologique et de cancer du sein.
Dans son cas, la mutation vient de son père, Eliot, dont la mère est morte d’un cancer du sein dans la quarantaine. Un détail qui compte : selon une étude du Boston College, les femmes héritant du gène par leur père sont dépistées presque trois fois moins souvent que celles qui l’héritent de leur mère. Un angle mort familial qui peut coûter cher.
Un enfant de porteur a 50% de chances d’hériter du gène, que ce soit via sa mère ou son père. Pour Hayley, membre de la communauté juive ashkénaze où la mutation touche environ 1 personne sur 40 (contre 1 sur 250 dans la population britannique générale), le test s’imposait presque naturellement. Un dépistage salivaire gratuit lancé par le NHS a d’ailleurs permis d’identifier plus de 700 porteurs parmi 44 000 volontaires testés avant 2025.
La décision : retirer ses seins avant que le cancer n’ait sa chance
Face à ce diagnostic, Hayley décide sur-le-champ : elle optera pour une double mastectomie préventive. Elle fixe l’opération à ses 27 ans, inspirée par le témoignage de la journaliste Lisa Lynch, emportée par un cancer du sein à 33 ans.
Ce choix n’a rien d’isolé : selon une vaste étude britannique menée sur plus de 7 000 femmes à risque pendant 32 ans, près de la moitié des porteuses de BRCA1 ou BRCA2 optent pour cette chirurgie dans les 20 ans suivant le diagnostic.
Suivie par la chirurgienne Fawzia Imtiaz Crosbie puis orientée vers le plasticien Dan Marsh, elle choisit une reconstruction immédiate par implants, avec conservation de ses tétons — un choix similaire à celui d’Angelina Jolie, le risque de cancer résiduel sur cette zone étant inférieur à 5%. L’opération a lieu le 13 février 2019 à l’hôpital Royal Free de Londres, sur fond de musique d’Ariana Grande pour calmer son anxiété.
Ce type de décision chirurgicale intime reste rare à un âge aussi jeune, mais elle réduit le risque de cancer du sein à presque zéro. Un pari qu’elle assume pleinement, même si le prix à payer s’est révélé plus lourd qu’annoncé.

Le prix caché : une convalescence brutale, mais un résultat qui change tout
Renvoyée chez elle trop tôt, sans antidouleurs adaptés, Hayley s’effondre de douleur en pleine nuit. Sa chirurgienne finira par débarquer chez elle, en urgence, avec de vrais analgésiques. Pendant plusieurs jours, incapable de lever les bras, elle dépend entièrement de sa mère pour s’habiller et se laver.
Une réalité que l’on retrouve chez d’autres survivantes marquées à vie par une intervention lourde, à l’image de cette rescapée du 11-Septembre dont le corps garde les séquelles des années après.
Mais le résultat final la bouleverse. Les cicatrices, minimes, s’estompent au point qu’elle en oublie parfois l’opération. Elle plaisante depuis sur son « boob job offert par la Sécu », une formule qui ne fait pas l’unanimité mais qui résume son soulagement. D’autres personnalités ont, comme Josiane Balasko avec la chirurgie esthétique, révélé leur parcours pour normaliser ces choix corporels.
Le revers reste réel : elle ne pourra jamais allaiter, et ses tétons, contrairement à ce qu’on lui avait annoncé, sont restés hypersensibles au froid. Aujourd’hui volontaire pour l’association CoppaFeel!, elle multiplie les interventions en écoles et en entreprises pour sensibiliser au dépistage précoce, à l’image de ces patients qui défient les pronostics médicaux à force de vigilance.
« Ça reste, honnêtement, l’opération qui m’a sauvé la vie », résume-t-elle. Une phrase qui claque, mais qui illustre surtout un dilemme intime que des milliers de porteuses de gènes à risque doivent trancher chaque année, entre peur du cancer et deuil d’une part de leur corps.