Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Santé

Atteint de neuropathie à 80 ans, cet ancien cheminot devra attendre 20 mois pour voir un neurologue

Publié par Killian le 25 Mai 2026 à 17:30
Salle d'attente vide d'un cabinet médical rural

Survivre à deux cancers, c’est déjà un combat que peu imaginent. Mais quand le corps continue de lâcher et que le système de santé vous demande d’attendre encore 20 mois pour un simple rendez-vous, la colère remplace l’espoir. Dans un village du Forez, un octogénaire découvre que le pire n’est pas toujours la maladie — c’est parfois l’absence de médecin pour la nommer.

Deux cancers vaincus, un corps qui ne suit plus dans la Loire

Jean — le prénom a été modifié — vit dans un petit village du Forez, au cœur du département de la Loire. Ancien cheminot, cet homme de plus de 80 ans a traversé des épreuves que beaucoup jugeraient insurmontables. Un cancer du pancréas, d’abord. Puis un cancer des bronches et du poumon. Deux fois, il s’est relevé.

Mais depuis de longues années, une neuropathie évolutive s’attaque à ses jambes. Les fourmillements sont devenus permanents. Ses bras, eux aussi, perdent en force. Sur la table de son salon, un courrier de son médecin traitant attend d’être remis à un neurologue. Un courrier qui résume des années de douleurs, de traitements et de résistance. Le problème, c’est que le spécialiste capable de poser un diagnostic — et peut-être d’identifier une maladie de Charcot-Marie-Tooth — n’est pas disponible avant des mois. Dans certains départements français, consulter un spécialiste relève désormais du parcours du combattant.

Et pour Jean, le calendrier est cruel.

Février 2027 : un délai que même son médecin traitant juge aberrant

Le rendez-vous avec un neurologue est fixé à février 2027. Autrement dit, près de vingt mois d’attente pour un patient dont la neuropathie s’aggrave semaine après semaine. Jean décrit un système de santé qu’il juge « de pire en pire ». Son médecin traitant, lui, a rédigé un courrier détaillé pour accélérer la prise en charge — sans garantie que cela change quoi que ce soit.

La situation de Jean n’est pas un cas isolé. Le manque de neurologues en zone rurale transforme chaque consultation en loterie. Les patients atteints de pathologies évolutives sont les premiers à en payer le prix : sans diagnostic précoce, impossible d’adapter le traitement, de ralentir la progression ou simplement de mettre un nom sur ce qui ronge le corps. La maladie de Charcot et ses variantes touchent des milliers de Français, mais les spécialistes capables de les identifier se concentrent dans les grandes métropoles.

À lire aussi

Pour un octogénaire du Forez, le trajet jusqu’au CHU le plus proche est déjà une épreuve. Alors attendre vingt mois en plus…

Stéthoscope posé sur une carte de la France rurale

Déserts médicaux : quand survivre au cancer ne suffit plus

Les tensions dans le monde médical aggravent un tableau déjà sombre. Jean n’a pas seulement besoin d’un neurologue : il a besoin d’un système qui reconnaisse l’urgence de sa situation. Un double survivant du cancer, frappé par une neuropathie possiblement dégénérative, ne devrait pas être placé sur la même liste d’attente qu’un patient souffrant de migraines chroniques.

La Loire fait partie de ces départements où la densité de spécialistes fond comme neige au soleil. Les départs en retraite ne sont pas compensés, les jeunes médecins boudent les territoires ruraux. Résultat : les délais explosent. 20 mois pour un neurologue, parfois 12 mois pour un cardiologue, 8 mois pour un dermatologue. Les chiffres varient selon les bassins de vie, mais la tendance est partout la même.

Jean, lui, continue de vivre avec ses fourmillements, sa perte de force et cette question sans réponse : quel nom porte la maladie qui le consume ?

Vingt mois pour un diagnostic. C’est le temps qu’il faut aujourd’hui, en France, pour qu’un octogénaire ayant vaincu deux cancers apprenne enfin ce qui attaque ses nerfs. Si même les survivants les plus tenaces sont laissés dans l’angle mort du système, combien de patients silencieux subissent le même sort sans que personne ne le sache ?

Rejoignez nos 875 726 abonnés en recevant notre newsletter gratuite

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *