Cette plage notée « excellente » a rendu une fillette de 8 ans si malade qu’elle a fini aux urgences

Une plage notée « excellente » par les autorités sanitaires, un simple plongeon dans les vagues, et deux jours plus tard, une fillette de 8 ans aux urgences avec 39°C de fièvre et du sang dans les selles. L’histoire de Keeva, en vacances en Angleterre, glace le sang de tous les parents qui pensaient l’eau sans danger. Car derrière cette note « excellente », un angle mort inquiétant vient d’être révélé : les tests officiels ne cherchent presque rien.
Une note parfaite, une eau pourtant contaminée
À Avon Beach, dans le Dorset, l’eau affichait la meilleure note possible selon l’Environment Agency britannique. Aisling McCarthy, la mère de Keeva, n’avait donc aucune raison de s’inquiéter quand sa fille a avalé « pas mal d’eau » après avoir été renversée par une vague. Deux jours plus tard, tout bascule : léthargie inhabituelle, fièvre incontrôlable, diarrhées, puis du sang dans les selles.
Direction les urgences, où Keeva est mise sous perfusion tant elle est déshydratée. Le diagnostic tombe : campylobactériose, une infection bactérienne transmise par de l’eau ou des aliments contaminés. Un mois plus tard, l’enfant n’a toujours pas retrouvé toute sa forme. Ce type de bactérie touche particulièrement les signes qui ne doivent jamais être ignorés chez les plus jeunes, dont le système immunitaire reste fragile.
Le plus troublant ? Le conseil local, contacté par la famille, a d’abord évoqué une possible intoxication alimentaire liée à un festival gastronomique — auquel les McCarthy n’avaient pourtant jamais mis les pieds. Un rappel que certains produits contaminés, comme récemment ce café vendu par Carrefour, circulent parfois sans que personne ne s’en aperçoive.
Le système de notation ignore la majorité des dangers réels
En Angleterre, les eaux de baignade sont notées selon deux critères seulement : la bactérie E. coli et les entérocoques intestinaux. Ces normes datent d’une recommandation de l’OMS de 2003, renforcée par une directive européenne de 2006. Depuis, quasiment rien n’a changé.
Problème : ces deux indicateurs ne détectent ni le campylobacter, ni la salmonelle, ni le norovirus, ni les parasites comme la giardia ou le cryptosporidium. Selon des chiffres obtenus par le Daily Mail, 57% des 1 279 baigneurs tombés malades entre mai et août avaient nagé dans des eaux classées « bonnes » ou « excellentes ». En août seul, ce chiffre grimpe à 68% selon l’association Surfers Against Sewage.
Plus inquiétant encore : le vibrio, une bactérie normalement tropicale capable de tuer un infecté sur cinq selon les autorités sanitaires américaines, gagne du terrain dans les eaux britanniques réchauffées par le changement climatique.
Une étude de 2020 a mesuré une eau à 32,1°C dans un estuaire du sud-ouest anglais lors de l’été 2018 — contre 18,7°C l’année suivante.
Cette montée des vagues de chaleur redoutées par Météo France transforme certaines eaux douces en terrain idéal pour ces bactéries, déjà bien implantées en mer Baltique.

Des experts réclament un changement urgent des règles
La professeure Anne Leonard, épidémiologiste environnementale à l’université d’Exeter, l’affirme sans détour : malgré des normes bien plus strictes qu’il y a trente ans, le risque de tomber malade en se baignant reste comparable à celui d’autrefois. En cause, selon elle : les tests actuels ne détectent tout simplement pas les virus responsables de la majorité des infections, comme le norovirus.
Une étude publiée l’an dernier dans le Journal of Water and Health, portant sur neuf recherches internationales, confirme que se fier uniquement à l’E. coli et aux entérocoques « pourrait ne pas suffire à protéger la santé ».
Autre exemple glaçant : Stephen Alcock, 68 ans, a frôlé la mort après une simple éclaboussure d’eau contaminée par de l’urine animale sur le visage. Il a développé une leptospirose, passé cinq semaines à l’hôpital, perdu 14 kilos, et dû réapprendre à marcher.
Même l’un des experts ayant participé à la rédaction des dernières recommandations de l’OMS, le docteur Joao Brandao, admet aujourd’hui ne plus soutenir totalement ces règles. Il réclame l’ajout de tests pour le vibrio, les champignons résistants aux antifongiques, et les toxines microbiennes.
Un constat glaçant, alors qu’à quelques centaines de mètres de la plage où Keeva s’est baignée, un rejet d’eaux usées a fait grimper le taux d’E. coli à 370 000 par 100 ml quelques semaines plus tard — obligeant l’annulation d’un stage de voile pour enfants.
Cette même zone a aussi vu une fillette de 3 ans hospitalisée deux fois après avoir attrapé une E. coli résistante aux antibiotiques en faisant du paddle.
Une note « excellente » ne garantit donc plus grand-chose : elle mesure deux bactéries sur des dizaines de menaces possibles. La famille de Keeva, elle, a tiré ses propres conclusions. « On ne met même plus les pieds dans l’eau », confie sa mère, résignée à voir sa plage préférée transformée en zone de méfiance. Et vous, vérifieriez-vous encore la couleur de l’eau avant d’y plonger vos enfants cet été ?