Les chauves-souris sont aveugles : le mythe que tout le monde répète est complètement faux
« Aveugle comme une chauve-souris ». L’expression existe dans quasiment toutes les langues occidentales, et tout le monde l’a entendue au moins une fois. On imagine ces petites bêtes se cognant partout dans le noir, incapables de voir la moindre lumière, forcées de naviguer uniquement grâce à un radar biologique.
Sauf que cette image, aussi tenace soit-elle, ne correspond à aucune réalité scientifique. Les chercheurs qui étudient ces mammifères volants depuis des décennies sont formels sur ce point précis.
Alors d’où vient cette confusion massive, et que voient réellement ces animaux nocturnes qui fascinent autant qu’ils inquiètent ?
Le verdict : totalement faux, et la science le prouve depuis longtemps
Non, les chauves-souris ne sont pas aveugles. Absolument aucune des plus de 1400 espèces recensées dans le monde ne souffre de cécité totale.
Toutes possèdent des yeux fonctionnels, avec une rétine capable de capter la lumière et de transmettre des informations visuelles au cerveau. Certaines espèces voient même mieux que l’humain dans la pénombre.
Le mythe repose sur une confusion classique entre deux capacités bien distinctes : la vue et l’écholocation. Ces deux sens ne s’excluent pas, ils se complètent parfaitement selon les besoins de l’animal.

Écholocation et vision : deux outils, pas un seul
L’écholocation, c’est ce fameux système de sonar biologique que les chauves-souris utilisent pour chasser dans l’obscurité totale. L’animal émet des ultrasons à haute fréquence, souvent inaudibles pour l’oreille humaine.
Ces ondes rebondissent sur les obstacles et les proies, puis reviennent vers l’animal sous forme d’écho. Le cerveau analyse ce retour et reconstitue une carte précise de l’environnement, jusqu’à localiser un insecte de quelques millimètres en plein vol.
Mais cette technique ne remplace pas la vue, elle la complète. Les chauves-souris insectivores, comme la pipistrelle commune très répandue en France, utilisent surtout l’écholocation la nuit car elle est plus efficace que leurs yeux dans l’obscurité totale.
En revanche, les grandes roussettes et autres mégachiroptères tropicaux n’utilisent quasiment jamais l’écholocation. Elles se fient presque exclusivement à leur vue, souvent excellente, pour repérer les fruits dont elles se nourrissent.
Une étude publiée dans la revue PLOS ONE a même démontré que certaines chauves-souris frugivores possèdent une vision nocturne plus sensible que celle de nombreux prédateurs terrestres. Leurs yeux contiennent une forte concentration de bâtonnets, ces cellules rétiniennes spécialisées dans la vision en faible luminosité.

Certaines espèces perçoivent même les ultraviolets, une capacité totalement absente chez l’être humain. Cela leur permettrait de mieux repérer certaines fleurs ou fruits qui réfléchissent ce type de lumière invisible pour nous.
D’où vient ce mythe vieux de plusieurs siècles ?
L’origine de cette croyance remonte à l’Antiquité, bien avant qu’on comprenne le fonctionnement réel de ces animaux. Les chauves-souris volent la nuit, se cachent le jour, et ont de très petits yeux difficiles à observer à l’œil nu.
Ce mode de vie nocturne et discret a nourri l’idée qu’elles devaient forcément être privées de vue pour justifier leurs habitudes étranges. L’Homme associe instinctivement l’obscurité à l’aveuglement, un raccourci logique mais totalement faux dans ce cas précis.
L’expression « blind as a bat » seraît apparue en anglais dès le 16e siècle, largement diffusée ensuite dans la littérature populaire. Elle s’est imposée bien avant que la science découvre l’écholocation, qui n’a été comprise scientifiquement qu’au 20e siècle grâce aux travaux du biologiste Donald Griffin.
Ironie du sort : c’est justement la découverte de ce sonar biologique extraordinaire qui a renforcé le mythe. Les gens ont conclu, à tort, que si l’animal possédait un système aussi sophistiqué, c’est qu’il devait forcément compenser une cécité totale.
La réalité est plus nuancée et bien plus fascinante : la nature a simplement doté ces mammifères de deux outils complémentaires, chacun optimisé pour des situations différentes.
Un mythe à ranger définitivement au placard
La prochaine fois qu’on te sort la fameuse expression « aveugle comme une chauve-souris », tu sauras quoi répondre. Ces animaux voient parfaitement bien, certains même mieux que nous dans le noir.
L’écholocation n’est qu’un super-pouvoir supplémentaire, pas une béquille pour compenser un handicap inexistant. Une leçon d’humilité pour ceux qui pensaient tout savoir sur ces créatures nocturnes.