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66 milliards d’arbres plantés en Chine : ils poussent 66% plus vite, mais un chercheur de Pékin révèle un revers inattendu

Publié par Cassandre le 15 Sep 2026 à 11:09
Rangées d'arbres plantés en bordure de désert chinois

Depuis 1978, la Chine plante des arbres à un rythme que personne n’a jamais tenté d’égaler. Le chiffre donne le vertige : 66 milliards de troncs mis en terre, avec 34 milliards supplémentaires prévus d’ici 2050. Une étude parue fin mai dans la revue Geophysical Research Letters vient de comparer ces forêts artificielles aux forêts naturelles du pays, et le résultat inverse une partie des certitudes sur ce programme pharaonique.

Un chantier forestier sans équivalent au monde

Le projet chinois porte un nom qui claque : la Grande Muraille verte. Lancé en 1978, il vise à transformer des steppes désertiques de Mongolie-Intérieure en forêts, pour freiner l’avancée des déserts de Gobi et du Taklamakan tout en augmentant la capacité du pays à capter du carbone.

L’ambition dépasse largement les frontières chinoises. Partout dans le monde, les politiques de reboisement sont aujourd’hui évaluées à l’aune des surfaces plantées, un peu comme on mesure ailleurs les 26 000 km² de forêts qui disparaissent chaque année sur la planète.

Yuhang Luo, chercheur en écologie du paysage à l’université de Pékin, pointe une lacune méthodologique : la plupart des modèles climatiques globaux ne distinguent pas les forêts plantées des forêts spontanées. Son équipe a donc croisé des données satellitaires suivant l’indice de surface foliaire, un indicateur direct de la densité du couvert végétal, pour comparer les deux types de peuplements.

La révélation qui bouscule le programme chinois

Le résultat est net : les arbres plantés par l’Homme affichent une croissance 66 % plus rapide que ceux des forêts naturelles chinoises. Ils réagiraient aussi plus fortement à la hausse du dioxyde de carbone atmosphérique, un peu à la manière dont certaines régions du globe connaissent une vague verte qui progresse vers le nord et l’est sous l’effet du réchauffement.

Deux facteurs expliqueraient cet écart de croissance, selon les chercheurs : la jeunesse des peuplements plantés, plus réactifs, et leur exposition différente aux nutriments du sol. Un mécanisme qui rappelle les pistes explorées par certains travaux sur l’extraction de CO2 de l’air, où la rapidité d’un processus ne garantit pas toujours son efficacité à long terme.

Sur le papier, la stratégie chinoise semble donc validée à grande vitesse. Mais c’est précisément ce mot, vitesse, qui pose problème une fois qu’on regarde ce qui se passe après les premières décennies.

Chercheur examinant un jeune arbre et échantillon de sol

Le revers que la Chine n’avait pas anticipé

C’est ici que la lecture du résultat s’inverse complètement. Yuhang Luo le formule sans détour : les forêts plantées constituent un outil puissant de fixation du carbone à court terme, mais cet avantage s’effrite avec le temps. Pour le stockage durable et la résilience des écosystèmes, les forêts naturelles resteraient irremplaçables. D’autres travaux menés en Chine confirment cette tendance : les forêts spontanées accumulent davantage de carbone au-dessus du sol au fil de leurs premières années, un phénomène que l’on retrouve dans des écosystèmes préservés comme le désert du Sahara qui reverdit sans qu’aucune machine n’ait creusé la terre.

Les auteurs de l’étude appellent toutefois à la prudence : les comparaisons entre types de peuplements dépendent fortement des conditions locales, et un résultat obtenu en Mongolie-Intérieure ne se transpose pas automatiquement ailleurs. Un peu comme cette autre muraille chinoise que tout le monde croit visible depuis l’espace, alors que la réalité est bien plus nuancée que l’image populaire.

La conclusion de Yuhang Luo déplace en réalité toute la question posée par le programme. L’enjeu ne se résume pas au nombre d’arbres mis en terre : il porte sur le moment de la plantation, le choix des espèces, et la manière de conduire les peuplements sur plusieurs décennies. Un enseignement qui concerne directement les autres pays engagés dans des programmes de reboisement massifs.

Planter vite ne veut pas dire stocker durablement : c’est tout le paradoxe que révèle la Grande Muraille verte chinoise. La question posée par cette étude dépasse largement les frontières de la Mongolie-Intérieure et interroge désormais chaque programme de reboisement lancé ailleurs dans le monde.

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