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En 1971, l’URSS a fait sauter 3 bombes pour détourner un fleuve : ce qui a arrêté le chantier n’était pas technique

Publié par Cassandre Jolivet le 16 Oct 2026 à 19:03

Et si l’Union soviétique avait réussi à faire couler ses fleuves vers le sud ? En pleine guerre froide, ses ingénieurs ont imaginé de vastes canaux et même des explosions nucléaires pour y parvenir. Le chantier a pourtant fini à l’arrêt, et pas pour la raison qu’on imagine.

À retenir

  • En 1971, trois explosions nucléaires de 15 kilotonnes ont servi à creuser le tracé du canal Petchora-Kama.
  • Environ 120 instituts et agences ont participé à l’étude d’impact coordonnée par l’Académie des Sciences.
  • En 1986, le Politburo adopte la résolution qui met fin au projet.
Fleuve sibérien vu du ciel et canal de béton inachevé

Des fleuves accusés de se jeter « inutilement » dans l’Arctique

Les partisans du projet affirmaient qu’il pourrait nourrir 200 millions de personnes. Leur raisonnement tenait en une idée : les grands fleuves du nord de l’URSS se déversaient dans l’océan Arctique, où leur eau ne servait à rien. Pendant ce temps, l’Asie centrale manquait d’eau pour ses cultures.

L’idée est bien plus ancienne que l’URSS. Dès les années 1830, Alexander Shrenk, géomètre du tsar Nicolas Ier, l’avait évoquée. À l’époque, le canal de Suez et celui de Panama figuraient eux aussi parmi les grands chantiers imaginés.

En novembre 1933, une conférence spéciale de l’Académie des Sciences approuve un plan de « reconstruction de la Volga et de son bassin ». Il prévoit d’y verser une partie des eaux de la Petchora et de la Dvina septentrionale. L’institut dirigé par Sergey Juk développe des plans, mais sans publication ni travaux concrets.

En janvier 1961, Nikita Khrouchtchev présente au Comité central un mémorandum de Juk et d’un autre ingénieur, G. Russo. Son éviction en 1964 ne tue pas le dossier. Les discussions reprennent à la fin des années 1960, pour la Petchora, le Tobol, l’Ichim, l’Irtych et l’Ob.

Les plans visaient aussi à remplir la mer d’Aral, dont le niveau baissait, et la mer Caspienne. Mais comment creuse-t-on un canal aussi colossal ? La réponse a de quoi surprendre.

Trois bombes atomiques pour creuser un canal

En 1970, les travaux commencent pour détourner la Petchora vers la Volga, en passant par la Kama, puis vers la mer Caspienne. L’année suivante, lors d’un colloque de l’Agence internationale de l’énergie atomique à Vienne, les Soviétiques font une révélation. Ils ont déjà utilisé trois explosions nucléaires de 15 kilotonnes pour terrasser le tracé du canal Petchora-Kama.

Selon la version anglaise de la source, ces charges étaient espacées de 165 mètres. Moscou jurait que les retombées radioactives étaient négligeables et la pollution de surface tolérable. Aux États-Unis, les experts étaient partagés.

Le physicien Glenn Werth, du Laboratoire national de Lawrence Livermore, jugeait la méthode « à la fois sûre et économique ». D’autres scientifiques avaient des craintes bien plus vastes. Un incident pyrotechnique comme celui de Gruissan rappelle déjà combien les explosions restent difficiles à maîtriser, alors imaginez à l’échelle d’un canal.

Pourtant, les efforts n’ont pas été poursuivis, ni par des méthodes classiques ni par le nucléaire. Les travaux sur ce canal d’irrigation ont été rapidement arrêtés. On a estimé qu’il aurait fallu 250 explosions nucléaires supplémentaires pour percer le canal entier.

En mars 1976, le 25e Congrès du Parti communiste approuve pourtant le principe du détournement vers le sud. Mais la source anglaise note que le projet n’avance pas, en raison de son coût élevé. Alors qu’est-ce qui l’a vraiment enterré en 1986 ?

Le jour où les scientifiques ont dit non à l’État

Dans les années 1980, au moins douze fleuves se jetant dans l’Arctique font l’objet d’une proposition de détournement. Et c’est là que les inquiétudes montent. Les estimations de l’époque prévoyaient un refroidissement qui repousserait la saison des cultures de deux semaines, si 37,8 milliards de mètres cubes d’eau étaient détournés vers la Russie européenne et 60 milliards vers le sud.

Selon la source française, cette crainte climatique a fortement contribué à l’opposition. D’autres scientifiques redoutaient l’effet inverse : moins d’eau douce augmenterait la salinité de l’Arctique, ce qui ferait fondre la glace et accélérerait le réchauffement. Le climatologue britannique Michael Kelly avertissait que des changements de vents et de courants polaires pourraient réduire les précipitations, même dans les régions censées en profiter.

Voilà le vrai tournant : le projet n’est pas tombé sur un obstacle technique, mais sur la contestation. Selon la version anglaise, Alexander Yanshin a mené une pétition d’universitaires contre le projet. Il évoquait la pénurie d’eau en Sibérie, la baisse des stocks de poissons, l’assèchement des marais et des incendies de tourbe. Les sources parlent aussi d’une opposition des communautés sibériennes.

Tuyau d'acier rouillé dans un marais gelé de Sibérie

En 1986, le Politburo adopte la résolution « De l’arrêt des travaux sur le transfert partiel des cours d’eau du Nord et de Sibérie ». La version française retient des raisons « principalement écologiques », la version anglaise y ajoute le coût financier. Les pages consultées ne mentionnent en revanche ni écrivains ni caractère inédit de cette opposition, et nous ne l’affirmons donc pas.

L’histoire ne s’arrête pas là. Le sujet a cessé d’être purement technique pour devenir politique. Même avec davantage de pluie en Sibérie, Yaroslav Ishutin, responsable régional de l’Altaï, affirme que l’Ob n’a pas d’eau en excédent.

Le militant écologiste Alexey Yablokov estime qu’un détournement de 5 à 7 % des eaux de l’Ob pourrait provoquer des changements durables en Arctique. Le rêve, lui, n’est pas mort. En septembre 2002, le président ouzbek Islom Karimov réunit un sommet informel avec d’autres dirigeants d’Asie centrale pour évoquer sa relance, avec le soutien du maire de Moscou, Iouri Loujkov.

En octobre 2025, selon la version anglaise de la source, l’Académie russe des sciences a décidé de relancer le projet, mais avec des tuyaux plutôt que des canaux.

Une idée qui rappelle qu’un climat qui bascule vite, comme on l’observe avec un laurier-rose fleuri trop tard, rend ces paris plus risqués encore. Le même raisonnement vaut pour d’autres innovations très sensibles, comme ce dopage génétique qui inquiète un chercheur belge.

Et les prédictions les plus sombres, comme celles attribuées à Nostradamus et Baba Vanga, n’ont jamais empêché les États de rêver grand.

Si les tuyaux remplacent un jour les canaux, qui osera encore toucher au thermostat de l’Arctique ? La réponse se joue peut-être déjà là-haut, dans ces scientifiques qui n’en croyaient pas leurs yeux en Arctique.

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