Percy Spencer a senti fondre son chocolat en 1945 : ce qui le chauffait n’était ni le soleil ni sa poche
À retenir
- En 1945, l’ingénieur Percy Spencer sent une barre de chocolat fondre dans sa poche près d’un magnétron actif.
- En 1947, Raytheon commercialise le premier four à micro-ondes, le Radarange : 1,80 mètre de haut, 340 kg, 3 kW.
- Il faudra attendre 1975 et le modèle RR-6 pour qu’un four à micro-ondes devienne accessible au grand public.

Un laboratoire de radars où personne ne pensait à la cuisine
En 1945, Percy Spencer dirige une usine de magnétrons chez Raytheon, aux États-Unis. Son travail : produire en masse ces tubes qui équipent les radars militaires. Rien, a priori, ne le destine à révolutionner les cuisines du monde entier.
Le magnétron, c’est le cœur du radar : un composant capable de générer des micro-ondes à haute puissance. Depuis la Seconde Guerre mondiale, cette technologie sert à détecter les avions ennemis, pas à réchauffer des plats.
Spencer n’est pas seul à remarquer des phénomènes étranges près de ces machines. Plusieurs employés du laboratoire avaient déjà ressenti des échauffements en passant à proximité des tubes à radiation. Mais personne n’en avait tiré de conclusion.
La barre de chocolat qui a tout changé
Ce jour-là, Spencer passe près d’un magnétron en activité et sent une chaleur inhabituelle dans la poche de sa blouse. En y plongeant la main, il découvre qu’une barre de chocolat a fondu.
Intrigué, il pousse l’expérience plus loin. Les premiers aliments délibérément exposés aux micro-ondes sont du pop-corn, qui éclate, puis un œuf. Ce dernier explose littéralement au visage d’un des expérimentateurs.
Pour vérifier son intuition, Spencer enferme un magnétron dans une boîte métallique dont l’énergie ne peut s’échapper. La température des aliments placés à l’intérieur grimpe alors très rapidement. En 1946, Raytheon rachète le procédé. Mais que cachait vraiment cette chaleur mystérieuse dans la poche de l’ingénieur ?
Ni le soleil ni son corps : la vraie explication tenait dans un tube métallique

Ce qui a fait fondre le chocolat de Percy Spencer n’était ni un rayon de soleil ni la chaleur naturelle de son corps. C’était le rayonnement invisible émis par le magnétron sur lequel il travaillait, un appareil conçu à l’origine pour la détection radar, pas pour la cuisine.
Ce rayonnement agite les molécules d’eau contenues dans les aliments, générant de la chaleur par frottement. Un principe physique baptisé plus tard « chauffage diélectrique », totalement étranger aux préoccupations des ingénieurs radar de l’époque.
En 1947, Raytheon lance le premier four commercial, le Radarange. L’appareil mesure 1,80 mètre de haut, pèse 340 kg — le poids d’un piano — et coûte entre 2 000 et 3 000 dollars. Refroidi à l’eau, il délivre une puissance de 3 kW. Son premier acheteur : un restaurant de Cleveland.
Trop lourd, trop cher, le Radarange reste réservé aux restaurants, navires de croisière et grandes entreprises pendant près de trois décennies. Il faut attendre le rachat d’Amana Refrigeration en 1965 et l’investissement massif de Raytheon dans la miniaturisation électronique pour voir naître, en 1975, le RR-6 Radarange Touchmatic : le premier modèle réellement pensé pour le grand public.
Aujourd’hui, plus de 90% des foyers américains possèdent un micro-ondes, contre à peine 1% en 1971. Une trajectoire fulgurante née d’une barre de chocolat fondue, un peu comme d’autres inventions accidentelles ayant marqué le quotidien. Le Velcro, la pénicilline, le Cornflakes : ces découvertes fortuites ont un point commun troublant, celui d’un hasard que personne n’avait vu venir.
Reste une question qui amuse encore les historiens des sciences : combien d’autres découvertes majeures dorment encore, invisibles, dans la poche d’un ingénieur distrait ?