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« Un blond aux yeux bleus ne peut pas manger comme un Asiatique » : Kevin Mayer démenti par la science

Publié par Cassandre le 10 Juil 2026 à 11:16
Scientifique examinant une hélice d'ADN en laboratoire

Kevin Mayer est champion du monde de décathlon. Sur le podcast Extraterrien, il a livré sa théorie sur l’alimentation idéale selon l’origine de chacun. Une déclaration qui a fait réagir bien au-delà du monde du sport. Deux scientifiques ont accepté de démonter, point par point, ce que révèle vraiment la génétique humaine sur nos assiettes.

Une théorie qui sème le trouble sur les origines et l’alimentation

Tout part d’une confidence de Kevin Mayer sur son propre régime. L’athlète explique sécher « à vue d’œil » en misant sur la viande et les légumes, dans le podcast Extraterrien.

Mais c’est la phrase suivante qui a fait tiquer les spécialistes. Selon lui, « un blond aux yeux bleus ne peut pas manger la même chose qu’une personne noire ou un Asiatique ». Il évoque des « branches » humaines qui se seraient nourries différemment pendant des millénaires.

L’idée séduit par sa simplicité. Elle colle à l’air du temps des régimes personnalisés et des théories ancestrales. Problème : elle ne correspond à rien de ce que montre la génétique aujourd’hui. Deux chercheurs ont accepté d’y répondre, séparément, à partir de la même citation exacte.

Ce que dit vraiment la science sur nos adaptations alimentaires

Patrick Borel, spécialiste de la nutrition à Aix-Marseille Université, et Evelyne Heyer, généticienne au Muséum national d’histoire naturelle, sont catégoriques. Des adaptations génétiques à l’alimentation existent bel et bien. Mais elles ne suivent jamais la couleur de peau, ni celle des yeux.

L’exemple le plus documenté concerne le lait. Une mutation permet à certains adultes de conserver une lactase active, l’enzyme qui digère le lactose. « Différentes mutations existent dans différentes populations humaines », précise Evelyne Heyer. On la retrouve en Europe du Nord, mais aussi en Afrique et au Moyen-Orient.

Autre exemple frappant : certaines populations possèdent davantage de copies du gène de l’amylase, ce qui facilite la digestion de l’amidon consommé depuis des générations. Les populations asiatiques, elles, présentent une sensibilité particulière à l’éthanol. Aucun de ces traits ne coïncide avec une couleur de peau ou une zone géographique unique.

Le vrai secret derrière la perte de poids de l’athlète

« La réponse est non », tranche Patrick Borel lorsqu’on lui demande si une recommandation nutritionnelle pourrait un jour dépendre de l’origine ethnique. Le conseil reste universel : une alimentation variée, avec peu de viande rouge.

Seules quelques rares spécificités existent, comme la vitamine D conseillée aux peaux foncées vivant loin de l’équateur. Rien à voir avec un régime entier différencié selon les origines.

Alors comment expliquer la perte de poids visible de Kevin Mayer ? Selon Patrick Borel, l’explication est bien plus banale : il a probablement remplacé des aliments ultra-transformés par des produits plus sains. Un effet placebo n’est pas non plus à exclure. Le risque, à long terme, reste un manque de nutriments essentiels comme les oméga-3, la vitamine D ou le calcium.

Un chiffre résume tout le débat : chez l’humain, 85 à 90 % de la variation génétique sépare des individus d’une même population. Les catégories « blond » ou « Asiatique » n’ont donc quasiment aucun sens dans l’assiette.

La génétique influence bien certains régimes précis, comme dans des maladies telles que la phénylcétonurie. Mais pour une personne en bonne santé, l’origine ne dicte rien de particulier. Alors la prochaine fois qu’on vous vend un régime « selon vos ancêtres », posez-vous simplement la question qui fâche : sur quoi repose vraiment cette affirmation ?

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