Elle a vécu jusqu’à 117 ans : ce que son corps révèle enfin sur les secrets de la longévité extrême

Elle est née en 1907, à une époque où l’espérance de vie ne dépassait pas 50 ans. Maria Branyas Morera, elle, est morte en août 2024, à 117 ans et 168 jours, après avoir été officiellement la doyenne de l’humanité. Une équipe de chercheurs espagnols a voulu comprendre ce qui, dans son corps, avait déjoué toutes les prédictions. Leur réponse tient en une poignée de mécanismes biologiques aussi rares que fascinants.
Une centenaire hors norme sous la loupe des scientifiques
Vivre plus d’un siècle est déjà exceptionnel. Vivre 117 ans en conservant des capacités cognitives intactes, c’est presque de la science-fiction. C’est pourtant le cas de Maria Branyas Morera, installée en Catalogne, dont la longévité a intrigué la communauté scientifique bien avant sa mort.
À 116 ans, alors qu’elle avait déjà dépassé de très loin l’espérance de vie moyenne, des chercheurs ont prélevé ses tissus pour les comparer à ceux de sujets bien plus jeunes, certains n’ayant que 25 ans. Cette démarche rappelle d’autres enquêtes scientifiques sur le corps humain, comme cette découverte récente sur le cerveau qui bouleverse notre compréhension du vieillissement cérébral.
L’objectif : passer au crible son génome, son transcriptome, son métabolome, son microbiome et son épigénome. Une approche dite « multiomique » rarement appliquée à un individu aussi âgé. Les résultats, publiés dans cette analyse, ont surpris jusqu’aux chercheurs eux-mêmes, un peu à la manière des découvertes qui émergent parfois de terrains inattendus, comme ces champignons de Tchernobyl qui recèlent des secrets insoupçonnés.
Des télomères jeunes comme ceux d’une femme de 30 ans
C’est ici que l’histoire devient vertigineuse. Les télomères, ces petites structures situées à l’extrémité des chromosomes, raccourcissent naturellement avec l’âge. Chez la plupart des centenaires, ils sont extrêmement courts. Chez Maria Branyas Morera, c’est l’inverse : ses télomères comptaient parmi les plus longs jamais observés, comparables à ceux d’individus dans la trentaine.
Les chercheurs ont également détecté des variantes génétiques rares, absentes chez les autres sujets étudiés. Elles seraient liées à la régulation des cellules souches et à une protection accrue contre les maladies cardiovasculaires, le diabète et la neurodégénérescence. Autrement dit, son ADN semblait équipé d’un bouclier génétique hors du commun.
L’épigénétique a apporté un éclairage supplémentaire. En calculant son âge biologique grâce aux horloges de méthylation de l’ADN, les scientifiques ont constaté qu’il était nettement inférieur à son âge réel.
Ce phénomène, déjà observé dans d’autres travaux sur le vieillissement cellulaire, rappelle que la longévité ne se joue pas uniquement sur le papier de l’état civil.
Des avancées comparables intéressent aujourd’hui la recherche sur d’autres pathologies, à l’image de ce casque français contre Alzheimer et Parkinson ou encore ce micro-robot destiné à explorer le cerveau.

Le régime méditerranéen et une vie sociale active en renfort
La génétique explique une partie du mystère, mais pas tout. C’est là que réside le vrai twist de cette histoire : sans un mode de vie adapté, ce potentiel biologique n’aurait probablement pas suffi. Maria Branyas Morera suivait un régime typiquement méditerranéen, riche en légumes, fruits, huile d’olive et produits laitiers fermentés comme le yaourt.
Ce type d’alimentation est associé depuis longtemps à une meilleure santé cardiovasculaire et digestive. Les chercheurs ont d’ailleurs observé chez elle un microbiote intestinal exceptionnellement équilibré, un facteur de plus en plus étudié dans le vieillissement en bonne santé et dans la prévention de nombreuses maladies chroniques.
Mais l’alimentation seule ne fait pas tout. La centenaire entretenait aussi une vie sociale riche : entourée de sa famille, elle jardinait, jouait du piano et lisait régulièrement. Des activités qui stimulent à la fois le corps et l’esprit, et qui sont associées à une réduction du risque de démence.
Un mode de vie qui rappelle que la longévité repose souvent sur des habitudes simples, cumulées sur des décennies, un peu comme on découvre régulièrement certains territoires où l’espérance de vie explose pour des raisons proches de celles-ci.
Ce cocktail rare entre génétique protectrice, épigénétique favorable et environnement de vie sain constitue, selon les chercheurs, la véritable clé de cette longévité hors norme. Une piste que la science continue d’explorer, notamment pour comprendre combien d’années de vie en bonne santé nous restent réellement après un certain âge.
117 ans, ce n’est pas qu’un chiffre : c’est la preuve vivante que la biologie peut parfois s’écrire autrement. Reste une question qui obsède désormais les chercheurs du monde entier : ces mécanismes rares pourront-ils un jour être reproduits, ou resteront-ils l’apanage de quelques corps d’exception ?