Moustiques en octobre : pourquoi ils reviennent, et quand vont-ils disparaître ?

Vous pensiez en avoir fini avec les piqûres une fois l’été passé ? Des élèves de CM2 d’Alfortville racontent exactement l’inverse : une jambe dehors, et déjà une dizaine de piqûres. Ils ont posé la question à un entomologiste médical de l’IRD, qui explique pourquoi la canicule les a épargnés et quelle météo précise pourrait enfin faire disparaître ces insectes.
Canicule calme, automne piquant : le paradoxe qui intrigue des écoliers d’Alfortville
L’histoire naît dans une classe de CM2B de l’école Etienne Dolet, à Alfortville, dans l’académie de Créteil. Ces écoliers sont les jeunes intervieweurs de franceinfo junior, et leur constat est simple : malgré l’arrivée de l’automne, les moustiques continuent de les piquer.
Lucas et Paloma résument le mystère avec leurs mots : pendant la canicule, il n’y avait pas beaucoup de moustiques, et maintenant, il y en a beaucoup. Une observation que beaucoup d’adultes ont faite sans oser la formuler.
Pour leur répondre, la rédaction a fait appel à Frédéric Simard, entomologiste médical à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), à Montpellier. Sa première réponse retourne une idée reçue : les moustiques, dit-il, sont des créatures « très fragiles ».
On les imagine increvables, ils ne le sont pas. Les fortes chaleurs de l’été leur ont fait du mal, ce qui explique le calme relatif des soirées caniculaires, selon le chercheur, cité par franceinfo.
Pour comprendre la suite, il faut regarder ce que ces insectes cherchent chez nous et ce dont ils ont besoin pour se multiplier. Car la chaleur n’est qu’une moitié de l’équation, et l’autre moitié se trouve peut-être devant votre porte.
L’eau, la température et ce thermomètre qui décide de leur sort
Le second ingrédient, selon Frédéric Simard, c’est l’eau. Les larves de moustiques se développent dans l’eau : sans elle, pas de nouvelle génération, quelle que soit la douceur du temps.
À l’automne, les deux conditions se rejoignent. Les températures redeviennent « agréables » pour ces insectes, et les pluies reconstituent les petites réserves d’eau où leurs larves prospèrent. Résultat : les écoliers se retrouvent piqués en plein mois d’octobre.
Reste la question qui préoccupe tout le monde : jusqu’à quand ? Le chercheur est net : on pourra trouver ces moustiques tant que les températures resteront favorables. Le temps ne suffit donc pas à les chasser, il faut un événement météo précis.
Sur le terrain, cela rejoint ce que vivent certains habitants, comme cette habitante du Val-de-Marne qui disait ne plus pouvoir sortir à cause des insectes. L’alerte n’a rien d’anecdotique.
Voici donc la réponse que les enfants attendaient. Selon Frédéric Simard, il faudra « un bon coup de froid » pour s’en débarrasser : deux ou trois jours à dix degrés. Tant que le thermomètre ne descend pas à ce niveau pendant ce laps de temps, les moustiques restent dans la partie.
Mais cette réponse en appelle une autre, plus pratique : en attendant ce froid salvateur, que faire pour ne pas se faire dévorer ? Et là, l’expert n’a pas du tout recommandé ce que la plupart des gens essaient en premier.

Le geste qui compte plus que n’importe quel produit
C’est le geste hebdomadaire contre les larves qui compte, et Lucas l’a bien senti. L’écolier remarque que, quand il met du produit antimoustique, souvent, ça ne marche pas. Il demande la meilleure technique pour éloigner les insectes.
Réponse de l’entomologiste : tous les produits « ne se valent pas ». Le constat de Lucas n’est donc pas une illusion, certains répulsifs sont simplement moins efficaces que d’autres.
Mais la vraie solution, selon Frédéric Simard, se situe ailleurs. La meilleure arme reste de faire la chasse aux sources d’eau où se développent les larves aquatiques. Autrement dit, s’attaquer au problème avant que l’insecte ne vole, plutôt que de s’asperger après coup.
Concrètement, cela revient à traquer chaque point d’eau stagnante autour de chez soi. Sur ce point, certaines zones d’ombre sont méconnues : le point d’eau invisible des immeubles en est un exemple frappant, que beaucoup de résidents ne surveillent jamais.
Le message est limpide : le moustique naît de l’eau que nous laissons. Le payoff est donc double. Pour la météo, il faut attendre deux ou trois jours à dix degrés. Pour le quotidien, il faut vider, retourner et surveiller. Une réponse qui remet le pouvoir entre les mains des habitants.
Moustique tigre : un enjeu de santé publique que nous avons nous-mêmes importé
Andréa, elle, s’interroge sur le moustique tigre : comment a-t-il pu se reproduire autant et aussi vite ? Frédéric Simard explique que beaucoup de personnes vivent au même endroit, avec beaucoup d’environnements et de sources d’eau propices à son développement.
Et il ajoute un détail qui interpelle : « c’est nous qui les avons amenés » par nos moyens de transport, depuis l’Asie, d’où ils sont originaires. L’insecte n’a pas envahi la France tout seul.
Vient ensuite la question de la santé. Le chercheur précise que le moustique tigre ne transmet pas vraiment de maladie, mais des microbes qui en provoquent. Il cite la dengue, le chikungunya et le zika, des maladies graves qui peuvent être mortelles.
En France hexagonale, selon lui, le moustique tigre est le seul capable de retransmettre ces virus. Depuis son arrivée, le nombre de cas déclarés augmente chaque année, et certains sont attrapés sans avoir voyagé. Les cas locaux, comme cette dengue qui circule dans un village du Tarn, illustrent cette réalité.
Le message de l’expert : « Il faut réagir pour limiter les populations de moustiques. » Cela passe par les habitants, mais aussi par des dispositifs collectifs, comme les lâchers de mâles stériles par drone, qui montrent que la lutte s’organise à plus grande échelle.
Le plus frappant reste la logique de fond : ce que la météo ne règle pas avant le froid, nos gestes peuvent le régler dès maintenant. Et il n’est pas question de s’en remettre uniquement aux produits vendus en magasin.
Le coup de froid finira par venir, mais les larves, elles, n’attendent pas.
Quand on croit connaître les moustiques, ce qui les attire vraiment peut déjouer bien des certitudes. Et si votre intérieur est aussi concerné, ce groupe sanguin que 43 % des Français possèdent vous réserve une surprise.