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Ce chiffre spatial a été multiplié par 8 en 7 ans et fait planer une menace « existentielle »

Publié par Cassandre le 16 Sep 2026 à 11:43
Ce chiffre spatial a été multiplié par 8 en 7 ans et fait planer une menace « existentielle »

En sept ans à peine, le nombre de satellites actifs autour de la Terre a été multiplié par près de huit. Une inflation vertigineuse, portée par les mégaconstellations comme Starlink, qui inquiète désormais jusqu’aux agences spatiales les plus prudentes. Un scénario imaginé en 1978 par un astrophysicien américain revient hanter les experts : celui d’une cascade de collisions incontrôlable en orbite basse.

15 000 satellites en orbite, un record qui change tout

Le constat vient de la start-up française Look Up Space, spécialisée dans la surveillance de l’espace : quelque 15 000 engins orbitent aujourd’hui autour de notre planète. Début 2019, on en comptait moins de 2 000. La multiplication par huit en sept ans illustre l’explosion des lancements privés, au premier rang desquels Starlink, la constellation de SpaceX.

Ce sujet n’est plus une préoccupation d’initiés. Il figure parmi les priorités du sommet international sur l’espace organisé à Paris les 9 et 10 septembre, où une déclaration sur la gestion des débris est attendue. Car derrière l’afflux de satellites se cache un risque bien plus ancien, théorisé il y a près de cinquante ans dans le Journal of Physical Research par l’astrophysicien Donald J. Kessler.

Le scénario catastrophe qui porte son nom

En 1978, Kessler décrit un phénomène simple dans son principe, terrifiant dans ses conséquences : une première collision en orbite produit des débris, ces débris provoquent d’autres collisions, qui génèrent encore plus de débris. Un effet domino et boule de neige combiné, à très haute altitude. Le Cnes évoque des impacts en orbite basse survenant entre 28 800 et 57 600 km/h, une vitesse qui transforme le moindre fragment en projectile destructeur, selon les données du Centre national des études spatiales.

Ce syndrome de Kessler n’est plus une hypothèse abstraite. « On l’a observé entre 750 km et 1 100 km d’altitude », expliquait en 2022 Christophe Bonnal, expert en débris spatiaux au Cnes, lors d’une conférence pour l’association française d’astronomie. « On voit très bien une augmentation naturelle et spontanée du nombre de débris dans cette zone-là. » Le député LFI Arnaud Saint-Martin est allé plus loin en 2025 devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale, évoquant « une menace existentielle » et une hypothèse « aujourd’hui largement envisagée ».

Ce chiffre spatial a été multiplié par 8 en 7 ans et fait planer une menace « existentielle »

36 000 objets suivis, et un compte à rebours engagé

La revue de l’Institut polytechnique de Paris a détaillé l’ampleur du problème début 2025 : 36 000 objets de plus de 10 cm sont recensés autour de la Terre, dont 30 000 bien identifiés. Les 6 000 restants sont des débris militaires ou des fragments trop erratiques pour être suivis en continu. Trois pays concentrent 96 % de cette pollution orbitale : les États-Unis, la Russie et la Chine, à parts quasi égales.

L’enjeu dépasse largement l’esthétique du ciel nocturne. Géolocalisation, transport mondial, horodatage des transactions bancaires, synchronisation des réseaux électriques : une part invisible mais cruciale du quotidien dépend de satellites potentiellement menacés. L’Agence spatiale européenne (ESA) rappelait en avril 2025 que 70 % des 20 000 satellites lancés jusqu’ici sont encore en orbite, mêlés à des centaines de millions de débris issus de collisions et de destructions volontaires. Selon le rapport 2025 de l’Inter-Agency Space Debris Coordination Committee, qui réunit les treize principales agences spatiales de la planète, ces débris pourraient doubler en moins de cinquante ans.

Face à ce risque, l’ESA prépare pour 2029 le lancement de Clearspace-1, un satellite nettoyeur doté de quatre bras articulés capable de capturer un débris puis de l’entraîner vers l’atmosphère où il se consumera. L’agence a aussi lancé sa démarche « zéro débris », avec l’ambition d’atteindre la neutralité d’ici 2030. Mais Christophe Bonnal reste catégorique : la vraie solution passe par une réglementation internationale contraignante, « partagée par tous, définie et justifiée ».

La ceinture de débris imaginée par Kessler en 1978 n’est plus une pure spéculation scientifique : elle se construit, mètre par mètre, au-dessus de nos têtes. Reste à savoir si les nations spatiales sauront légiférer plus vite que les collisions ne s’enchaînent.

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