« Nous n’y croyions pas » : ce petit félin bolivien devient la première nouvelle espèce de chat en 100 ans

Il ressemble à n’importe quel chat de gouttière, avec sa petite taille et ses moustaches innocentes. Sauf que ce félin bolivien n’a rien d’un animal domestique : il appartient à une lignée entièrement nouvelle pour la science. Une découverte que les chercheurs eux-mêmes n’osaient pas croire au début, et qui bouleverse ce qu’on pensait savoir sur les petits chats sauvages d’Amérique du Sud.
Un félin ignoré pendant des générations dans les forêts des Yungas
Dans les Yungas, cette zone de transition entre les hauts plateaux andins et les forêts orientales qui traverse la Bolivie et une partie du Pérou, un petit chat sauvage vivait discrètement depuis toujours. Les habitants le connaissaient bien, sans jamais imaginer qu’il s’agissait d’une espèce à part entière. On le confondait tout simplement avec un chat domestique un peu farouche, malgré son pelage particulier et ses motifs uniques.
« Au départ, nous ne pensions pas qu’il s’agisse d’une nouvelle espèce », confie Paola Nogales-Ascarrunz, chercheuse à l’Université Mayor de San Andrés, à La Paz, dans des propos rapportés par CNEWS. Un aveu qui en dit long sur la discrétion de l’animal, resté invisible aux yeux de la science pendant plus d’un siècle, alors même que d’autres découvertes hors normes s’enchaînent ces dernières années.
Les anciens du village, eux, se souviennent l’avoir aperçu bien plus souvent autrefois. De quoi penser que ce mystérieux petit félin fait partie du paysage local depuis des générations, sans que personne ne soupçonne sa véritable identité.
Le tilcayo, un nom local pour une espèce restée cachée
Baptisé « leopardus tilcayo », ce félin doit son nom aux populations locales qui l’appelaient déjà ainsi. « Tilcayo est le nom donné à ce félin par les populations locales des forêts des Yungas », explique la chercheuse à CNEWS. Le terme n’a pas de traduction connue : il servait simplement à distinguer cet animal des autres petits chats de la région.
Le tilcayo appartient au genre Leopardus, la lignée des ocelots, tandis que le chat domestique relève du genre Felis, comme le chat sauvage d’Afrique ou le chat des sables. Une différence que le biologiste Jonas Lescroart qualifie de considérable : elle « correspond à peu près à l’écart existant entre l’être humain et le gorille », résultat d’une séparation évolutive vieille d’environ 10 millions d’années.
Visuellement, le tilcayo se distingue par une taille plus réduite et des motifs uniques sur le pelage. Mais les vraies différences sont ailleurs, plus profondes : le comportement, le fonctionnement des sens, la fertilité, ou encore l’immunité face aux maladies séparent ce chat sauvage de son cousin domestique, un peu comme certaines particularités anatomiques distinguent aussi nos chats de compagnie d’autres espèces proches.

Impossible de se reproduire avec un chat domestique, mais un mystère persiste
Malgré des gabarits comparables, le tilcayo ne peut pas se reproduire avec un chat domestique. Les deux animaux sont trop éloignés génétiquement, malgré leur air de famille trompeur. Une frontière biologique nette, que confirme sans détour le biologiste Jonas Lescroart.
En revanche, une zone d’ombre demeure : les scientifiques ignorent si le tilcayo pourrait se croiser avec d’autres chats-tigres ou d’autres membres du genre Leopardus. « Tous les félins partagent une structure génétique très similaire », rappelle le chercheur, citant les croisements célèbres comme le ligre, entre tigre et lion, ou le savannah, entre chat domestique et serval.
Cette incertitude n’enlève rien à la portée de la trouvaille. Pour les chercheurs, elle prouve surtout à quel point la biodiversité reste mal connue, même chez des animaux qu’on croit familiers. « La découverte d’une nouvelle espèce parmi les chats, un groupe que l’on croit pourtant bien connaître, souligne à quel point une grande partie de la biodiversité reste encore cachée », insiste Jonas Lescroart.
Il espère désormais que cette avancée, portée par des scientifiques boliviens, relancera l’intérêt pour la recherche naturaliste dans le pays. « Des champignons aux insectes, l’écorégion des Yungas boliviennes réserve probablement encore bien des surprises », glisse-t-il, non sans un brin d’enthousiasme communicatif.
Un siècle d’attente pour un chat qu’on croisait sans le voir vraiment : voilà toute l’ironie de cette découverte. Elle rappelle qu’il reste encore, sous nos yeux, des mystères que la science n’a pas fini de percer.