Ce psychologue révèle pourquoi la génération Z est nostalgique d’une époque qu’elle n’a jamais vécue
Ils sont nés avec un smartphone dans la main. Et pourtant, une bonne partie de la génération Z rêve d’un monde sans écran, sans notifications, sans TikTok. Un psychologue explique pourquoi ces jeunes de 14 à 29 ans idéalisent une époque qu’ils n’ont, pour la plupart, jamais vécue.
Un mal étrange qui touche des millions de jeunes
La génération Z regroupe les personnes nées entre 1997 et 2012. Elle n’a connu ni le monde sans Internet, ni celui sans smartphone. Elle a grandi vissée à un écran, biberonnée aux réseaux sociaux dès le collège.
Et c’est justement là que le paradoxe surgit. Cette génération ultra-connectée regarde en arrière, vers une époque qu’elle n’a pourtant jamais expérimentée elle-même. Un peu comme quelqu’un qui regretterait le standard téléphonique des années 60 sans jamais avoir décroché un combiné à fil.
Le phénomène n’est pas anecdotique. Une enquête Harris Poll de 2023, relayée par le New York Times, montre que 60% des jeunes adultes de la Gen Z aimeraient revenir à une période « avant que tout le monde soit constamment connecté ». Une période qui, souvent, précède carrément leur propre naissance.
Ce n’est pas juste un souvenir de piscine municipale ou de récré d’antan. C’est une véritable projection émotionnelle vers un monde qu’ils n’ont jamais foulé. Un phénomène qui a même un nom scientifique.
L’anemoïa, ce sentiment qui n’a rien de logique
Les psychologues appellent ça la nostalgie par procuration, ou anemoïa. Un article publié sur Medium la définit comme « un sentiment de nostalgie mélancolique pour un moment survenu avant, ou en dehors, de la période couverte par sa propre mémoire ».
Cette attirance se nourrit d’une exposition médiatisée répétée : films, musique, mode d’une époque révolue. La série Stranger Things en est l’exemple parfait. Son succès ne s’explique pas uniquement par la nostalgie des spectateurs qui ont vécu les années 80, mais aussi par des jeunes qui fantasment sur une époque qu’ils auraient aimé connaître.
Même logique pour le retour en grâce des vinyles, des Polaroid ou des livres dont vous êtes le héros. Ces objets vintage séduisent une génération qui n’a jamais posé la main sur un tourne-disque avant d’en acheter un neuf. Des marques entières ont flairé le filon et l’exploitent sans complexe.
Mais réduire ce mouvement au simple marketing serait passer à côté de l’essentiel. Car derrière cette attirance pour le passé, se cache une explication bien plus profonde, presque un mécanisme de survie psychologique.

Le vrai mécanisme derrière cette nostalgie
Selon les chercheurs, ce besoin de fuir vers une époque révolue s’explique par le contexte anxiogène dans lequel la génération Z a grandi. Pandémie, crise climatique, bouleversements politiques, surcharge numérique : leur monde n’a jamais semblé stable, un peu comme la disparition programmée du lavoir de village ou de certains jouets d’enfance qui rassuraient les générations précédentes.
Deux psychologues, Clay Routledge et Nicola Avis, ont théorisé un concept encore plus étonnant : la « méta-nostalgie ». Les jeunes ne se contentent pas d’être nostalgiques d’une époque inconnue. Ils s’approprient carrément les souvenirs de leurs aînés.
En écoutant les histoires des adultes plus âgés, ils développent leurs propres émotions nostalgiques envers des périodes qu’ils n’ont jamais traversées. C’est une nostalgie de seconde main, transmise et réinventée.
Et c’est là le vrai payoff : ce n’est pas du consumérisme pur. C’est une stratégie inconsciente pour « réinventer le passé et mieux vivre le présent », comme l’expliquent les deux chercheurs. Une façon de se rassurer dans un monde jugé trop instable.
Au fond, cette nostalgie sans souvenir n’est pas propre à la génération Z. Elle révèle simplement, à l’échelle d’une génération entière, notre besoin universel de croire qu’un ailleurs — même imaginaire — existait avant nous. Et vous, quelle époque regrettez-vous sans jamais l’avoir vécue ?