Tour Eiffel : le directeur général quitte son poste, trois mois après avoir écarté les salariées d’une visite privée
Le 5 septembre dernier, une délégation religieuse hindoue visitait la Tour Eiffel dans des conditions qui allaient déclencher une véritable tempête. Des salariées avaient été écartées de leurs postes le temps de la visite, remplacées par des collègues masculins. Trois mois plus tard, l’homme à la tête du monument annonce son départ, sans jamais prononcer le mot qui fâche.

Une visite privée qui a mis le feu aux poudres
Tout commence par une demande a priori anodine : l’organisation religieuse BAPS souhaite limiter les interactions avec des femmes pendant sa visite privée du monument parisien. La direction accepte. Des salariées sont alors invitées à quitter certains postes ou certaines zones.
Dans plusieurs cas, elles sont remplacées par des hommes, le temps que la délégation traverse les lieux. L’affaire ne reste pas discrète très longtemps : le personnel s’indigne, et la colère grimpe vite dans les rangs.
Le 7 septembre, une journée de grève éclate. Conséquence directe : la Tour Eiffel ferme complètement ses portes, un événement suffisamment rare pour marquer les esprits. Le récit de cette fermeture inédite circule alors largement, et la pression monte d’un cran sur la direction du site.
La SETE, société qui exploite le monument, reconnaît rapidement que de telles conditions n’auraient jamais dû être acceptées. BAPS, de son côté, présente ses excuses. Mais pour beaucoup, les excuses ne suffisent pas : il faut des comptes, et vite.
Deux enquêtes, un même constat accablant
La Ville de Paris, qui détient 99 % du capital de la société d’exploitation, exige que toute la chaîne de décision soit passée au crible. Deux enquêtes sont lancées en parallèle : l’une menée en interne par la SETE avec l’appui d’un prestataire indépendant, l’autre directement pilotée par la mairie.
Le climat politique n’aide pas non plus la direction : les institutions parisiennes traversent déjà des polémiques sur la gestion de fonds publics, comme cette facture qui avait fait scandale place de la Concorde. Un contexte qui ne laisse aucune marge d’erreur à la SETE.
Quand les résultats tombent, le tableau est clair. L’enquête interne met au jour, selon les termes mêmes de la société, « une série de dysfonctionnements et des défaillances dans la structuration des visites protocolaires ». La conclusion est sans appel : la situation était « inacceptable ».
C’est dans ce contexte que Patrick Branco Ruivo, directeur général de la SETE, annonce son départ prévu pour la fin de l’année. Une décision qui tombe précisément au moment où le rapport pointe des failles dans l’organisation qu’il dirigeait.

Un départ, mais surtout un mot évité
Comme le monument parisien attire régulièrement les histoires les plus improbables, celle-ci a au moins le mérite d’être bien réelle. Et son épilogue interroge : ce départ ressemble-t-il vraiment à un choix ?
Dans le communiqué officiel, on parle d’une annonce de départ, formulée avec les précautions d’usage. Aucune mention explicite d’un limogeage. Une façon, pour beaucoup d’observateurs, d’éviter de reconnaître frontalement l’échec managérial révélé par l’enquête.
Le timing, lui, ne laisse guère de place au doute. Un directeur général qui quitte son poste quelques jours seulement après la publication d’un rapport interne évoquant des « défaillances » dans l’organisation qu’il supervisait : la coïncidence paraît difficile à défendre comme un simple hasard de calendrier.
C’est là tout le sens de cette affaire : accepter, même implicitement, une demande de mise à l’écart de femmes n’était pas une option acceptable, d’où qu’elle vienne. Le personnel féminin de la Tour Eiffel l’a rappelé haut et fort, jusqu’à paralyser le monument le plus visité de France pendant une journée entière.
Ce que ce départ change pour la Tour Eiffel
La succession à la tête de la SETE n’a pas encore été précisée publiquement, mais la Ville de Paris devrait peser lourd dans le choix du successeur, elle qui détient l’écrasante majorité du capital. Les regards se tournent désormais vers la manière dont les visites protocolaires seront encadrées à l’avenir.
Cette polémique s’inscrit dans un débat plus large sur les accommodements accordés au nom de convictions religieuses ou culturelles, un sujet qui traverse régulièrement l’actualité française, comme le montrait déjà cette polémique autour de places de parking réservées aux femmes.
La Tour Eiffel, monument chargé de symboles depuis plus d’un siècle, a déjà connu son lot d’anecdotes insolites, comme ce jour où un homme a sauté de sa structure avec des ailes improvisées. Mais rarement une controverse interne n’aura autant mobilisé son personnel.
Reste à savoir si les nouvelles procédures promises par la SETE suffiront à rassurer des salariées encore marquées par cet épisode. L’enquête menée par la Ville de Paris pourrait, elle, livrer d’autres détails dans les semaines à venir.
Un départ annoncé plutôt qu’un limogeage assumé : la formule choisie par la Tour Eiffel dit peut-être, à elle seule, tout ce qu’il fallait comprendre de cette affaire. D’autres figures publiques ont récemment dû tirer leur révérence dans des circonstances tout aussi scrutées, à l’image de ce grand nom de la télévision dont la fin de carrière fait déjà couler beaucoup d’encre. Et si les polémiques autour de l’égalité femmes-hommes sur l’espace public vous intéressent, cette ville qui a osé réserver des places de parking aux femmes a, elle aussi, déclenché un débat national.