« La course est devenue quasi-vitale » : 40 sédentaires vont courir 100 km en 18 mois

Ils n’avaient jamais couru dix kilomètres de leur vie. Aujourd’hui, 20 femmes et 20 hommes se préparent à boucler 100 kilomètres et 6 050 mètres de dénivelé positif lors de la CCC, l’une des courses phares de la semaine de l’UTMB. Un défi scientifique et humain qui bouscule déjà les certitudes sur ce que le corps peut encaisser en un temps record. Les premiers témoignages des participants donnent le vertige.
Un protocole scientifique inédit pour combattre la sédentarité
Le projet « 0 to 100 » n’a rien d’un simple défi Instagram. Il est piloté par l’Université Jean-Monnet et le CHU de Saint-Étienne, sous la direction du physiologiste de l’effort Guillaume Millet, référence mondiale sur la fatigue musculaire en ultra-endurance.
L’objectif affiché dépasse la simple performance sportive. « On veut démontrer que l’activité physique est bénéfique pour la santé », résume le coach Marc Larronde, dirigeant de l’École de Trail, partenaire de l’expérience. Une ambition qui rejoint d’autres travaux récents, comme cette étude sur 45 ans qui confirme les bénéfices durables de l’activité physique.
Avant le premier pas de course, chaque participant est passé au crible en laboratoire : test de VO2 max, biopsie musculaire, analyse du sommeil, de la force, de la biomécanique et de l’équilibre. Un protocole ultra-rigoureux qui vise à quantifier, chiffre par chiffre, les transformations du corps et de l’esprit. Loin des idées reçues sur les 10 000 pas quotidiens, ici la progressivité prime sur les objectifs marketing.
Des corps transformés en quelques mois seulement
Les entraînements ont débuté en mars, avec une règle d’or : la progressivité. Marche alternée avec de la course, puis course pure, jusqu’à un « week-end choc » organisé en mai pour tester les limites de chacun.
Les résultats sont déjà tangibles. Jérémy, 46 ans et papa de deux adolescents, pesait 95 kilos pour 1,80 mètre au début de l’année. Il en a déjà perdu deux, et ses douleurs articulaires ont disparu. « Les bienfaits de l’activité physique commencent déjà à porter leurs fruits », observe son coach Marc Larronde dans le podcast RMC Running qui suit l’aventure.
Marine, médecin de 30 ans qui n’avait jamais fait de sport, raconte une bascule tout aussi radicale. Elle cherchait avant tout un mieux-être mental, pas une performance physique. En moins de six mois, la course à pied est devenue son sas de décompression, presque une addiction saine que son coach qualifie avec humour de « piqûre du virus ».
« Je ne me vois plus faire sans » : le vrai basculement psychologique
C’est la phrase qui résume tout le projet. « Avant, j’avais du mal à mettre mes baskets le soir quand je rentrais de consultation, confie Marine. Maintenant, la course est devenue quasi-vitale, c’est vraiment un sas de décompression. » Un effet qui rejoint les observations sur le sport comme antidote à l’anxiété, parfois aussi efficace que certains traitements.

Le grand test avant l’échéance finale de 2027
Dans les prochains jours, les 40 participants vont accrocher leur tout premier dossard de course. Direction l’ETC, une épreuve de 15 kilomètres pour 1 200 mètres de dénivelé, disputée lors de la semaine de l’UTMB, un an quasiment jour pour jour avant l’échéance finale.
« L’objectif est de prendre conscience de l’ambiance UTMB, explique Marc Larronde. On n’est pas sur une course de village. » Une immersion volontairement précoce pour préparer les organismes et les esprits à l’intensité de l’univers du trail, très différent de la course sur route classique.
Les réactions des deux coureurs suivis diffèrent sensiblement. Marine avoue avoir « très hâte » tout en restant « un peu stressée » face à cette première épreuve grandeur nature. Jérémy, lui, se dit plus serein : « Je prends ça comme une étape du projet et, comme je fais confiance à l’entraînement, je me dis que je devrais être capable de le finir. »
Rendez-vous est donné le mardi 25 août en fin d’après-midi à Courmayeur, en Italie, pour connaître le verdict de ce premier test grandeur nature avant la CCC de 2027.
Quarante inconnus, un protocole scientifique inédit, et une promesse simple : prouver que le corps humain garde une capacité de transformation insoupçonnée, même à 46 ans sur un canapé. La suite de cette aventure sera racontée tous les quinze jours dans le podcast RMC Running. Qui aurait parié sur Marine ou Jérémy il y a six mois ?