Deux pilotes tués en 24 heures aux qualifications du Manx Grand Prix : la course continue quand même

Deux pilotes morts en moins de 24 heures, sur la même compétition. C’est le bilan glaçant des qualifications du Manx Grand Prix, cette semaine, sur l’île de Man. Un troisième accident, survenu quelques mois plus tôt sur ce même circuit, rappelle à quel point cette course reste l’une des plus dangereuses au monde.
Sam Naughton avait 37 ans. Il roulait depuis 2020 sur les circuits routiers britanniques, et participait pour la deuxième fois seulement au Manx Grand Prix.
Un accident sur une portion redoutée du circuit
L’accident a eu lieu mercredi après-midi, pendant la session de qualifications. Naughton a chuté à Doran’s Bend, une portion de virage située dans la partie ouest du célèbre Mountain Course.
Originaire de l’île de Man, il avait fait ses débuts sur ce tracé légendaire en 2025. Cette année-là marquait son entrée dans la compétition, un an seulement avant sa mort.
Un communiqué de Manx Grand Prix Races a exprimé la tristesse de l’organisation. « Sam était dans sa deuxième année de compétition au Manx Grand Prix, et un concurrent régulier de plusieurs autres épreuves de course sur route depuis ses débuts en 2020 », précise le texte.
L’organisation adresse ses condoléances à l’épouse de Naughton, Charlotte, et à leurs quatre enfants : Bonnie, Liam, Jesse et Parker. Une famille brutalement frappée par ce genre de drame lié à la moto, un sport qui continue de fasciner malgré les risques.
Un premier drame, 24 heures plus tôt
La mort de Naughton intervient moins d’une journée après celle de Mauro Poncini. Le pilote suisse, qui découvrait lui aussi la compétition pour la première fois, a été tué dès le premier tour de la session de qualifications du mardi soir.
L’accident s’est produit à Cruickshanks, un autre point sensible du tracé. La Fédération motocycliste suisse a rendu hommage à un homme décrit comme profondément humain.
« Mauro était un homme avec un cœur extraordinaire, profondément affectueux envers ses proches et tous ceux qui l’entouraient », indique le communiqué de la fédération, qui évoque un « choc profond » et une « immense tristesse ».
Le texte salue aussi « un pilote passionné et profondément engagé », qui « vivait sa passion avec cœur, courage et un dévouement absolu ». Une formule résume l’émotion collective : « Aujourd’hui — bien trop tôt — cette même passion l’a emporté vers le ciel ».
Doran’s Bend, un point noir déjà marqué par un drame en mai

Sam Naughton n’est pas le premier pilote à perdre la vie à Doran’s Bend cette année. En mai dernier, le Britannique Daniel Ingham, 33 ans, y est mort dès le premier tour des qualifications de l’Isle of Man TT.
Père de deux enfants, Ingham courait sur l’île depuis 2016. Il avait débuté au Manx Grand Prix avant de passer aux courses du TT, la compétition la plus prestigieuse du circuit.
Ce même événement de mai avait connu un second incident : huit spectateurs avaient été transportés à l’hôpital après la chute d’un pilote pendant les essais. Une série noire qui interroge sur la sécurité de ces épreuves, un sujet que la pratique sportive intensive pose de manière générale.
L’Isle of Man TT est considéré comme l’une des courses les plus dangereuses du monde motorisé. La mort d’Ingham portait à 272 le nombre de décès enregistrés sur le Snaefell Mountain Course depuis la création de l’épreuve.
La compétition continue malgré le double drame
Malgré ces deux morts en deux jours, les organisateurs ont décidé de maintenir le calendrier. Les épreuves du Manx Grand Prix et les courses Classic TT se poursuivront jusqu’au 28 août.

Ce choix illustre une réalité propre à ce sport : les risques sont connus, acceptés, presque intégrés à l’identité de la compétition. Les pilotes qui s’alignent sur ce tracé savent à quoi ils s’exposent, comme l’a souligné à plusieurs reprises la communauté du sport mécanique confrontée à ses propres tragédies.
Le Mountain Course, long de plus de 60 kilomètres, traverse routes publiques, virages serrés et faux-plats à des vitesses dépassant régulièrement les 200 km/h. Un cadre spectaculaire, mais qui laisse peu de marge à l’erreur.
Reste une question lancinante après chaque édition : combien de temps encore cette tradition centenaire pourra-t-elle continuer à réclamer un tel tribut humain ?