« J’ai souffert » : Pogacar battu à domicile par un médecin allemand inconnu
Chez lui, devant son public, Tadej Pogačar avait un défi un peu fou à relever : rattraper 1 177 cyclistes amateurs partis sept minutes avant lui sur une montée de 15 kilomètres. Un jeu, un événement caritatif, une fête organisée dans sa ville natale de Komenda.

Sauf que cette année encore, le scénario a dérapé pour le quintuple vainqueur du Tour de France. Et la razzia de sept coureurs venus le doubler sur la ligne cache une chute personnelle bien plus révélatrice.
Un défi taillé sur mesure qui se retourne contre lui
Le concept du Pogi Challenge est simple sur le papier : des centaines d’amateurs s’élancent avec une large avance sur la star locale, qui doit ensuite les rattraper un par un dans l’ascension de Krvavec. Une mise en scène pensée pour galvaniser les foules et lever des fonds, à la manière d’un grand rendez-vous populaire version deux roues.
Pour cette deuxième édition, le week-end avait pourtant commencé fort : un critérium avec des pointures du peloton dès vendredi, puis une soirée digne d’un festival où Tadej Pogačar avait fait le show devant ses supporters. Rien ne laissait présager la déconvenue du lendemain.
Sur les 15,13 kilomètres de côte à 7,9% de moyenne, le quintuple vainqueur du Tour a d’abord été freiné par la densité humaine. Un vrai bouchon dans les premiers hectomètres, aggravé par une chute dans le peloton amateur, comme on peut l’observer sur des vidéos partagées sur les réseaux sociaux de l’événement. Un contretemps qui allait coûter cher.
Le médecin allemand qui a fait tomber l’ogre slovène
Face à cet embouteillage, Tadej Pogačar a fait un choix surprenant : discuter avec les coureurs plutôt que de forcer le passage. Une décision qu’il paiera dans les kilomètres suivants, une fois la route enfin dégagée devant lui.
Pendant ce temps, un homme filait sans se soucier de la légende locale. Frederik Niessen, médecin allemand d’une trentaine d’années, spécialiste de l’ultra-cyclisme et coach en course sur route et gravel, a franchi la ligne en 45 minutes et 49 secondes, soit une moyenne proche de 20 km/h.
Tadej Pogačar, lui, n’a bouclé son ascension qu’en 49 minutes et 51 secondes, à 18,2 km/h de moyenne. Un écart de 4 minutes et 2 secondes qui a suffi à sceller sa défaite, malgré une voie théoriquement réservée sur la gauche de la chaussée pour lui permettre de dépasser les amateurs sans encombre.
Au total, sept coureurs ont terminé devant lui ce jour-là, un scénario qui n’aurait pas manqué de faire sourire les fans suivant l’actualité via des vidéos partagées en ligne de la course.
« Ensuite, j’ai souffert » : l’aveu qui change tout
Interrogé au micro de la télévision slovène, Tadej Pogačar n’a pas cherché à minimiser sa contre-performance. Il a d’abord évoqué l’embouteillage du bas de la montée, la chute qui l’a ralenti, puis ces échanges cordiaux avec les concurrents pendant les deux premiers kilomètres. Une explication logique, mais qui ne dit pas tout.
Car le coureur d’UAE Team Emirates-XRG a aussi glissé une confidence plus intime : il a mal dormi ces derniers jours. Une fatigue accumulée qui a fini par le rattraper dans la deuxième partie de l’ascension. « Ensuite, j’ai souffert », a-t-il simplement reconnu, loin de la démonstration de force à laquelle ses fans sont habitués.
Ce revers n’est d’ailleurs pas une première. L’an dernier déjà, un seul amateur avait tenu bon face au retour du quintuple champion : Andrew Feather, avocat britannique de 40 ans, franchissant la ligne avec trois minutes d’avance sur l’ogre slovène de 27 ans. Comme Frederik Niessen cette année, il n’était pas un simple néophyte : quadruple champion britannique de course de côte, il avait un vrai palmarès derrière lui, à l’image du médecin allemand.
Preuve que ce défi caritatif attire, année après année, des amateurs bien plus armés qu’il n’y paraît face au meilleur grimpeur du monde.
Battu deux ans de suite chez lui, Tadej Pogačar prouve surtout une chose : même les champions les plus dominants restent des humains, avec leurs nuits sans sommeil et leurs coups de fatigue. Reste à savoir qui osera relever le défi l’an prochain à Komenda.