« On m’a forcé à manger à quatre pattes comme un chien » un jeune homme dénonce sa garde à vue (vidéo)
Un jeune homme interpellé après la mobilisation du 17 octobre affirme avoir subi violences, humiliations et conditions de détention indignes durant sa garde à vue. Son témoignage intervient alors que le gouvernement a annoncé un allongement des gardes à vue liées aux violences de ce jour-là.
Un témoignage glaçant sur la garde à vue
Accusé d’avoir participé à des pillages, ce qu’il conteste fermement, le jeune homme affirme avoir été frappé à coups de matraque, au point d’avoir le bras mutilé. Victime d’un malaise, il dit avoir dû attendre 36 heures avant d’être conduit à l’hôpital.
Dans son témoignage, il décrit une cellule prévue pour trois personnes où ils étaient huit. Pour dormir, cinq d’entre eux devaient s’entasser les uns sur les autres, pendant que les trois autres restaient debout toute la nuit, sans pouvoir s’asseoir ni s’accroupir, avant de se relayer. Selon lui, les détenus n’avaient droit qu’à deux verres d’eau par jour, n’étaient pas autorisés à aller à la selle et se seraient vu retirer le papier toilette. Il affirme aussi que les policiers les menaçaient de les traîner entièrement nus devant les autres détenus en cas de désobéissance.
Reconnu par certains policiers grâce à ses vidéos TikTok, il dit avoir été raillé, humilié et contraint de manger à quatre pattes. Il dénonce par ailleurs un refus d’accès à un avocat et l’absence d’information de ses proches.
Remis en liberté sous contrôle judiciaire dans l’attente de son jugement, il est aujourd’hui soumis à plusieurs interdictions : manifester, se rendre à Paris et rencontrer certains de ses amis. Il prévoit de consulter un médecin et un psychologue.

Des gardes à vue prolongées pour les violences du 17 octobre
Ce témoignage intervient alors que le gouvernement durcit sa réponse. Invité du 20 heures de France 2 le 19 octobre, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a annoncé avoir demandé à tous les parquets de traiter les faits reprochés aux personnes interpellées sous la qualification de « criminalité organisée ». Cette procédure exceptionnelle, plutôt utilisée dans les affaires de narcotrafic ou de meurtre, peut aussi s’appliquer à des vols ou des dégradations.
Concrètement, elle permet de faire passer les gardes à vue de 48 à 72 heures, et même jusqu’à 96 heures selon le ministère de la Justice. Elle donne aussi aux enquêteurs des moyens supplémentaires : géolocalisation, écoutes téléphoniques, analyse des téléphones, et reconnaissance faciale, qui consiste à comparer le fichier des antécédents judiciaires (TAJ) avec les images publiées sur les réseaux sociaux. Selon le ministre, ces outils doivent permettre de savoir qui a participé aux pillages et où ils se trouvaient. Il a fait état de 2 513 personnes placées en garde à vue, de 149 incarcérations et d’une cinquantaine d’informations judiciaires ouvertes.
La mesure est contestée. Pour l’avocate parisienne Helin Köse, cette procédure doit rester réservée aux affaires graves et complexes, d’autant que la géolocalisation et les écoutes sont déjà possibles pour des délits classiques. « L’objectif, c’est d’envoyer le message d’une criminalisation de ces comportements », estime-t-elle, en redoutant aussi un engorgement des tribunaux dans les mois à venir.