Ce train mythique qui reliait Paris à Venise dans les années 1920 redevient le voyage dont tout le monde rêve

Fermez les yeux une seconde. Vous montez à bord d’un train aux boiseries vernies, aux banquettes en velours, aux cabines qui sentent encore les années 1920. Quelques heures plus tard, un dîner gastronomique est servi dans un wagon-restaurant d’époque. Ce train existe vraiment, et il refait aujourd’hui rêver toute une génération de voyageurs français en quête d’un ailleurs plus lent.
Le grand retour d’un mythe sur rails
Pendant des décennies, voyager s’est résumé à une course : trouver le vol le moins cher, enchaîner les correspondances, arriver vite. Aujourd’hui, la tendance s’inverse complètement. Le slow travel, cette philosophie qui consiste à savourer le trajet plutôt qu’à le subir, s’impose peu à peu comme la nouvelle façon de partir.
Dans cette logique, le train coche toutes les cases. Contrairement à l’avion, il permet d’observer les paysages se transformer kilomètre après kilomètre, de traverser des vallées et des villages invisibles depuis les airs. Ce phénomène rejoint une envie plus large de renouer avec des expériences authentiques, un peu comme lorsqu’on redécouvre les plus grands fleuves de France à hauteur d’homme plutôt qu’en photo aérienne.
Selon le voyagiste spécialisé Amplitudes, cette quête d’émotion attire de plus en plus de Français vers les grands itinéraires ferroviaires européens. Un mouvement qui, à sa façon, s’inscrit aussi dans une recherche de sobriété face aux enjeux écologiques, à l’image du jour du dépassement qui rappelle chaque année les limites de nos ressources.
Paris-Venise, le voyage devenu destination à lui seul
Le nom qui revient sans cesse dans cette renaissance, c’est le Venice Simplon-Orient-Express. Ce train mythique relie Paris à Venise en transformant chaque heure du trajet en expérience à part entière. On y dîne dans une voiture-restaurant historique, on prend un cocktail au wagon-bar, puis on s’endort au rythme des rails avant de se réveiller face aux sommets alpins.
« Les voyageurs recherchent aujourd’hui des expériences qui créent une émotion forte, mémorable, où le trajet fait partie intégrante du voyage », explique Laura Martinez, directrice générale d’Amplitudes. Selon elle, l’itinérance en train et les grands panoramas ferroviaires répondent parfaitement à cette quête, dans un pays où le rail garde une place particulière dans l’imaginaire collectif, un peu comme certains souvenirs d’enfance qu’on croyait oubliés.
Ce basculement des mentalités touche aussi la façon de choisir sa destination. On ne cherche plus seulement à cocher une ville sur une carte, mais à vivre un enchaînement de sensations. Le fameux trajet vers Venise, avec sa lagune qui apparaît doucement derrière la vitre, en est l’exemple parfait. Un contraste saisissant avec les standards de déplacement qu’on connaît en France, où la route et l’avion restent souvent la norme par défaut.

D’autres lignes légendaires prennent le relais en Europe
L’Orient-Express n’est pas le seul à profiter de cette vague. Amplitudes propose par exemple un circuit reliant Paris, Milan et Florence entièrement sur les rails, entre nuits en centre-ville et dégustations en Toscane. Plus au nord, un autre itinéraire traverse la Suède, le Danemark et la Norvège en emmenant les voyageurs sur la ligne de Flåm, considérée comme l’une des plus belles au monde avec ses fjords et ses cascades vertigineuses.
En Europe centrale, un circuit relie Budapest, Vienne et Prague, révélant l’architecture de l’ancien Empire austro-hongrois au fil des kilomètres. Et pour les voyageurs les plus exigeants, direction les Highlands écossais à bord du Royal Scotsman, souvent comparé à un hôtel cinq étoiles sur rails : gastronomie raffinée, excursions privées, et même un spa Dior embarqué.
Ce foisonnement d’options traduit un vrai changement dans la façon de voyager, à contre-courant d’une époque où tout devait aller plus vite, un peu comme cette évolution silencieuse observée dans certains lieux de passage devenus méconnaissables en quelques décennies. Le train, lui, a su garder son âme intacte.
Le vrai luxe n’est peut-être plus d’arriver le premier, mais de prendre le temps de regarder défiler les Alpes puis la lagune de Venise derrière une vitre. Et si le plus beau souvenir de vos prochaines vacances n’était finalement pas la photo devant un monument, mais ce moment suspendu entre deux villes ?