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Ni le Louvre ni la Tour Eiffel : les Français élisent une piscine art déco de 1936 monument préféré 2026

Publié par Ambre Détoit le 06 Oct 2026 à 13:00
Façade art déco de la piscine Roger-Salengro au soleil

Chaque année, la même question revient : quel monument fait vibrer le cœur des Français ? Cathédrales, châteaux, gares monumentales… cette fois, c’est un lieu inattendu qui a coiffé tout le monde au poteau. Direction le Pas-de-Calais pour découvrir ce joyau art déco que peu de gens connaissent, mais qui cache une histoire sociale bouleversante.

Une piscine face à des géants du patrimoine

Cette année, quatorze sites s’affrontaient dans l’émission Le Monument préféré des Français, présentée par Édouard Bergeon. Parmi les candidats figuraient des poids lourds du patrimoine national : la cathédrale Notre-Dame de Chartres ou encore la gare de Metz. Autant dire que la concurrence était rude.

Et pourtant, c’est un lieu populaire au sens propre du terme qui a raflé la mise. La piscine Roger-Salengro, à Bruay-la-Buissière, dans le Pas-de-Calais, a séduit les votants avec ses lignes épurées et son allure de paquebot échoué en plein bassin minier.

Une victoire qui permet au nord de la France de conserver le titre pour la deuxième année consécutive, un exploit rare face à des monuments religieux ou historiques traditionnellement favoris de ce genre de classement.

Difficile d’imaginer, en la regardant, qu’une simple piscine municipale puisse détrôner des édifices vieux de plusieurs siècles. Mais l’histoire de ce lieu n’a rien d’anodin, et elle explique tout.

1936, les congés payés et une révolution du temps libre

Quand la piscine ouvre ses portes en août 1936, la France traverse un bouleversement social majeur. Le Front populaire vient d’instaurer les premiers congés payés, et pour la première fois, des millions de travailleurs découvrent la notion de temps libre. Dans une région marquée par l’activité minière, construire un lieu dédié aux loisirs prend une portée symbolique énorme.

Le projet est d’abord pensé comme une simple « école de natation », alors même que la commune n’a pas encore de club dédié. Piscine et club naîtront finalement ensemble, en un temps record : après seulement sept mois de travaux, le complexe ouvre officiellement le 1er août 1936, en plein premier été des congés payés. Son nom rend hommage à Roger Salengro, ministre de l’Intérieur et enfant du pays.

Très vite, les habitants s’approprient les lieux, même ceux qui ne savent pas encore nager. On y vient surtout pour se retrouver, prendre le soleil et profiter d’un temps libre encore inédit pour les familles ouvrières. Cette appropriation collective, presque immédiate, en dit long sur la place que ce lieu allait occuper dans la mémoire régionale.

Visiteur admirant l'architecture paquebot du bassin

Un style « paquebot » classé Monument historique

Conçue par l’architecte Paul Hanote, la piscine adopte un style art déco aux influences « paquebot », très prisé dans les années 1930. Ses lignes horizontales et ses courbes évoquent les grands transatlantiques, symboles absolus de la modernité de l’époque. Construit en béton armé, l’ensemble s’organise autour de trois bassins, dont un immense de 70 mètres sur 50, complété par deux terrasses solarium. Jusqu’à 600 personnes pouvaient y être accueillies simultanément.

Cette architecture remarquable n’a pas échappé au temps : en 1977, plus de quarante ans après son inauguration, la piscine Roger-Salengro est classée au titre des Monuments historiques. Une reconnaissance qui consacre autant sa valeur esthétique que son rôle dans l’histoire sociale du bassin minier, un peu à la manière dont certains lieux du quotidien traversent les décennies sans perdre leur âme, à l’image de certaines bibliothèques ou lavoirs de village devenus témoins d’une époque révolue.

Son élection en 2026, près de 90 ans après son inauguration, offre à ce lieu une reconnaissance nationale méritée. Face à des cathédrales et des palais, une piscine de mineurs a su rappeler une évidence : le patrimoine français ne se résume pas aux pierres nobles, il se cache aussi dans les bâtiments du quotidien.

À Bruay-la-Buissière, cette ancienne « école de natation » imaginée pour les familles ouvrières est devenue le symbole d’une conquête sociale majeure. Et si le vrai patrimoine, finalement, se trouvait là où on ne l’attend pas ?

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