Cette « mer bavaroise » à 1h de Munich cache le palais que Louis II rêvait plus beau que Versailles
Entre Munich et Salzbourg, un lac immense porte un surnom qui intrigue depuis des générations : la « mer bavaroise ». Peu de touristes français connaissent son nom, et pourtant tout s’y trouve à portée de main, sans voiture. Un roi fou, un train du 19e siècle et un château inachevé y racontent une histoire que presque personne ne vient chercher.

Un petit port bavarois qui concentre tout
Prien am Chiemsee compte à peine 10 789 habitants, mais sa population a bondi de 23,7 % entre 1988 et 2018. La commune se trouve à seulement trois kilomètres de l’autoroute A8, l’axe qui relie Munich à Salzbourg. Un dépaysement immédiat, sans trajet interminable.
C’est aussi le seul centre Kneipp de Haute-Bavière, doublé d’un centre thermal ouvert toute l’année. Comme dans certaines destinations où les retraités français trouvent un cadre apaisant loin de l’agitation, Prien mise sur la lenteur et l’eau. Depuis la gare centrale, des trains express rejoignent directement Munich et Salzbourg, pendant que des bus desservent le port de Stock.
L’été, la Chiemsee-Bahn prend le relais. Mise en service en 1887, cette locomotive à vapeur parcourt 1,8 kilomètre entre le centre-ville et le lac. Un peu comme ces lieux qui n’ont jamais vraiment changé de visage, le trajet ressemble à un saut dans le temps.
La réplique de Versailles que Louis II n’a jamais terminée
Depuis 1845, la société Chiemsee-Schifffahrt fait naviguer ses bateaux vers les deux îles du lac. Le Raddampfer Ludwig Fessler, un bateau à roue construit en 1926, reste la vedette de la traversée. Beaucoup enchaînent train à vapeur, bateau du matin, puis retour au coucher du soleil.
Sur Herreninsel se dresse le château Herrenchiemsee, commandé en 1873 par le roi Louis II de Bavière. L’objectif était clair : reproduire, en plus grandiose encore, le château de Versailles. Les travaux se sont arrêtés en 1886, faute d’argent, laissant le palais inachevé jusqu’à aujourd’hui.
L’escalier de parade, la chambre à coucher royale et la galerie des glaces impressionnent malgré tout les visiteurs. Comme d’autres projets pharaoniques restés figés dans l’histoire, ce château inachevé fascine autant qu’il questionne. Les jardins dessinés par Carl von Effner prolongent la promenade, et le musée King Ludwig II retrace, dans l’aile sud, les ambitions du souverain.
L’île abrite également un ancien monastère du 8e siècle, l’Augustiner-Chorherrenstift. Un musée y raconte le Verfassungskonvent de 1948, qui a préparé la Loi fondamentale allemande. Deux galeries voisines célèbrent les artistes du Chiemsee, un peu à la manière dont certains spectacles évoluent et se réinventent, comme au Puy du Fou au fil des décennies.

L’île discrète que peu de visiteurs prennent le temps de voir
Face à l’agitation du château, Fraueninsel offre un contraste saisissant. L’abbaye bénédictine Frauenwörth, fondée au 8e siècle par le duc Tassilo III, conserve une tour octogonale parmi les plus anciennes constructions bavaroises. Les sœurs y produisent encore liqueurs, pain d’épices et massepain, selon les méthodes transmises depuis des générations.
C’est ce contraste entre faste inachevé et vie monastique intacte qui rend la visite du Chiemsee si particulière. Peu de voyageurs prennent le temps de traverser jusqu’à cette seconde île, pourtant à quelques minutes de bateau seulement. Beaucoup repartent sans savoir qu’elle existe.
Autour du lac, un sentier Kneipp de 3,5 kilomètres relie le Chiemsee à la vallée d’Eichental. Les amateurs de vélo disposent eux du Chiemsee-Radweg, un circuit de 54 kilomètres qui fait tout le tour du lac. C’est aussi ici que démarre le SalzAlpenSteig, un itinéraire de randonnée comparable, dans l’esprit, aux grands sentiers alpins que Chamonix voit défiler chaque été.
En ville, une église baroque, plusieurs musées, des concerts au König Ludwig Saal et le marché de Noël de Prien complètent un séjour qui ne manque décidément pas de rythme, quelle que soit la saison choisie.
Un lac, une île monastique, un palais resté inachevé : voilà le genre de destination qui rend gênant d’admettre qu’on ne la connaissait pas avant aujourd’hui. Reste à savoir si vous choisirez le train à vapeur ou le bateau à roue pour votre première traversée.