Cette île allemande de 1,25 hectare et 4 habitants cache le tout premier sous-marin du monde

Il existe en Allemagne un bout de terre si petit qu’on pourrait le traverser en quelques minutes. Pourtant, ce confetti posé au milieu d’un lac de Basse-Saxe cache une histoire aussi improbable que fascinante. Un comte obsédé par la défense de son territoire y a fait construire une forteresse, puis a lancé des expérimentations dignes d’un roman de Jules Verne.
Un îlot minuscule au cœur du plus grand lac de Basse-Saxe
Pour rejoindre le Wilhelmstein, il faut d’abord embarquer. Comptez environ 30 minutes de traversée en bateau touristique sur le lac de Steinhude, le plus vaste de cette région allemande, avant de voir surgir les remparts au-dessus de l’eau.
Avec ses 1,25 hectare et ses 4 habitants seulement, ce bout de terre artificiel est considéré comme la plus petite île habitée d’Allemagne. Rien à voir avec les constructions insolites que l’on croise parfois ailleurs dans le monde, comme cette maison bâtie avec des bouteilles récupérées au Brésil : ici, c’est tout un système de fortification qui a été assemblé pierre par pierre, sur l’eau.
Le projet naît en 1761, sous l’impulsion du comte Guillaume de Schaumbourg-Lippe, inquiet pour la sécurité de son petit territoire. Les matériaux arrivent par bateau, à raison de près de 1 800 litres de pierres par trajet. Il faudra quatre années entières rien que pour poser les fondations. À l’origine, l’ensemble comptait une île principale entourée de 16 îlots artificiels, ensuite reliés entre eux pour former la forteresse actuelle.
Un comte fasciné par les inventions les plus folles
Une fois la forteresse achevée, Guillaume ne se contente pas d’y installer des canons. Il y fonde une école de cadets et fait armer l’île de 50 pièces d’artillerie. Mais son ambition va bien au-delà de la défense militaire pure.
Avec l’ingénieur Jakob Chrysostomus Praetorius, il imagine un véhicule amphibie capable de se déplacer aussi bien sur terre que sur l’eau. Le projet ne dépassera jamais le stade des plans, un peu comme certaines idées audacieuses qui restent aujourd’hui à l’état de concepts expérimentaux inaboutis ailleurs dans le monde.
Plus étonnant encore : le « Brochet de Steinhude », peut-être l’un des tout premiers sous-marins jamais conçus, aurait bel et bien été testé. Un prototype aurait passé 12 minutes sous l’eau avec huit personnes à son bord.
Le navire final, prévu pour mesurer plus de 30 mètres de long, n’a probablement jamais été construit dans son intégralité.
Aujourd’hui, seule une maquette rappelle ce projet complètement fou, à l’image d’autres curiosités historiques qui continuent de fasciner les visiteurs, comme au Puy du Fou et ses spectacles transformés au fil des décennies.

D’une forteresse militaire à un lieu de mariage prisé
Comme d’autres destinations qui séduisent aujourd’hui les voyageurs en quête d’authenticité, le Wilhelmstein a connu une seconde vie bien après la mort de son fondateur, survenue le 10 septembre 1777. L’usage militaire de la forteresse ne prend fin qu’en 1867. L’île devient alors progressivement un lieu d’excursion.
Dès 1900, les premiers visiteurs affluent. La même année, un premier mariage y est célébré, une tradition qui perdure encore aujourd’hui puisque l’îlot reste un cadre très recherché pour les cérémonies. On y trouve désormais un hôtel, un café, une boutique de souvenirs et même une petite plage, loin de l’ambiance martiale voulue par le comte Guillaume.
Pour s’y rendre, direction l’embarcadère de Steinhude, accessible en voiture en une demi-heure depuis Hanovre. Les bus 710 et 711 relient également le site depuis la gare centrale, aussi simplement que certains trajets réservés habituellement aux voyageurs habitués des billets d’avion. Une fois sur place, des visites guidées permettent de plonger dans l’histoire de la forteresse et de ses inventions oubliées.
Un comte paranoïaque, un sous-marin oublié et une école de cadets devenue lieu de mariage : le Wilhelmstein résume à lui seul l’art de transformer une lubie militaire en curiosité touristique. Reste à savoir combien d’autres forteresses perdues cachent, elles aussi, leur propre légende engloutie.