Ministre aux Comores mais « sans emploi » en France : il aurait détourné 340 000 € à la CAF et à la Sécu
Un homme se déclare sans emploi, sans revenus, domicilié à La Réunion. Pendant près de dix ans, il perçoit RSA, allocations familiales, aide au logement. Sauf que cet homme était en réalité député, puis ministre des Affaires étrangères des Comores. Le tribunal vient de le rattraper — et la facture dépasse les 340 000 euros.
Dhoihir Dhoulkamal : la double vie d’un diplomate entre Moroni et La Réunion

L’affaire remonte à une décennie de fraude minutieusement organisée. Dhoihir Dhoulkamal, citoyen français depuis l’an 2000, était officiellement domicilié à La Réunion. Aux yeux des organismes sociaux, il cochait toutes les cases du bénéficiaire légitime : pas de travail, pas de ressources déclarées. La CAF versait chaque mois, sans sourciller.
Pendant ce temps, aux Comores, le même homme occupait un siège de député avant de devenir ministre des Affaires étrangères en 2020 sous la présidence d’Azali Assoumani. Il touchait donc des indemnités de fonction à Moroni, tout en encaissant des prestations sociales françaises à des milliers de kilomètres. Son épouse suivait le même schéma, déclarée sans la moindre ressource alors que le couple menait une tout autre existence.
Les faits couvrent la période du 1er janvier 2011 au 31 octobre 2020 — soit presque dix ans de prestations indûment perçues. Mais pendant des années, l’enquête s’est heurtée à un mur inattendu.
253 525 euros à la CAF, 87 482 à la Sécu : le détail d’une escroquerie à six chiffres
Le montant total fait tourner la tête. D’un côté, 253 525 euros soutirés à la Caisse d’allocations familiales : RSA, allocations familiales, allocation logement, allocations de rentrée scolaire et même des primes de Noël. De l’autre, 87 482 euros perçus auprès de la Caisse générale de sécurité sociale de La Réunion.
Le mécanisme était d’une simplicité redoutable. Des déclarations fausses, une adresse maintenue sur l’île française, et des revenus comoriens jamais mentionnés. Les caisses de protection sociale ne croisaient pas les données avec un État étranger, encore moins avec un pays comme les Comores.
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C’est précisément le statut diplomatique de Dhoulkamal qui a longtemps gelé les poursuites. Tant qu’il était ministre, son immunité rendait toute procédure impossible. Les gendarmes de la section de recherches de Saint-Denis n’arrivaient même pas à le localiser pour l’auditionner. Il a fallu attendre un événement politique pour que la justice puisse enfin agir.
Deux ans de prison ferme, un mandat d’arrêt et une immunité tombée en juillet 2024
Ce type de fraude spectaculaire ne serait jamais arrivé devant un tribunal sans un remaniement gouvernemental. En juillet 2024, le président Azali Assoumani écarte Dhoulkamal de son poste. L’immunité diplomatique tombe. Le parquet de La Réunion émet alors un mandat de recherche international.
Ce vendredi, le verdict est tombé : deux ans de prison ferme pour « déclaration fausse » et « escroquerie ». Jugé en son absence, l’ancien ministre n’a pas comparu. Un mandat d’arrêt a été délivré contre lui. Son épouse écope d’un an de prison ferme et de cinq ans d’interdiction du territoire français.
Le couple reste introuvable. Les gendarmes n’ont toujours pas réussi à mettre la main sur Dhoulkamal, vraisemblablement réfugié aux Comores. La condamnation, prononcée par contumace, ne sera effective que le jour où il sera interpellé ou extradé — une perspective qui reste, à ce stade, très incertaine.
Ministre à l’étranger, allocataire fantôme en France : cette affaire résume à elle seule les failles béantes du contrôle des prestations sociales outre-mer. À l’heure où le gouvernement promet de durcir la lutte contre la fraude, combien de doubles vies de ce type échappent encore aux radars ?