Flashé à 247 km/h en Ferrari, il est aussi soupçonné d’une fraude sociale à 1,8 million d’euros
Un contrôle routier sur l’A7, près d’Orange, a fait basculer une simple affaire d’excès de vitesse dans un dossier bien plus lourd.
Le conducteur d’une Ferrari Portofino. Intercepté à 247 km/h, est aujourd’hui au cœur d’une enquête pour fraude sociale qui viserait plusieurs organismes. Dont l’Urssaf et la Caf, pour un préjudice estimé à 1,8 million d’euros.
Un contrôle “banal” sur l’A7… jusqu’au chiffre sur le radar
Tout commence le 14 juin 2025 sur l’autoroute A7, au niveau d’Orange, dans le Vaucluse. Les gendarmes contrôlent une Ferrari Portofino lancée à 247 km/h. Une vitesse qui ne laisse guère de place au doute sur la gravité de l’infraction. D’après les informations reprises par La Dépêche du Midi, le véhicule est estimé à 210 000 euros. Et il est saisi lors de l’interpellation du conducteur.
À ce stade, l’histoire pourrait s’arrêter là : retrait de permis, poursuites pour grand excès de vitesse, et une voiture immobilisée. Sauf que l’environnement du conducteur intrigue très vite les enquêteurs. Selon les éléments cités par La Dépêche du Midi. Le colonel Olivier Blanc, commandant de la section de recherches de Marseille (zone Provence-Alpes-Côte d’Azur), explique que rouler dans un tel véhicule “sans aucun revenu légal” déclenche forcément des questions. Derrière la Ferrari, un détail change la lecture du dossier. La voiture n’appartiendrait pas à titre personnel au conducteur, mais à une structure liée à la famille. Les investigations vont alors quitter le terrain de la sécurité routière pour entrer dans celui. Beaucoup plus technique, de la fraude.
Une société de BTP dans le décor, de l’argent liquide dans la réalité
D’après les informations relayées par M6 Info et reprises par La Dépêche du Midi, la Ferrari est rattachée à une entreprise de BTP gérée par le conducteur. Sa mère, son frère et sa sœur. L’enquête fait émerger l’idée d’une société “fictive” ou, à tout le moins, d’une activité non déclarée. Pas de déclaration régulière, des revenus principalement en espèces. Et une situation administrative qui ne colle pas avec le train de vie.
Ce décalage est précisément le ressort de nombreuses affaires de fraude : sur le papier, une famille peut sembler sans ressources et donc éligible à des aides. Dans les faits, une activité réelle peut générer des revenus importants, surtout si elle échappe aux contrôles classiques. Selon TF1 Info (avec AFP), le parquet de Draguignan évoque un “préjudice cumulé” estimé à près de 1,8 million d’euros pour le fisc, l’Urssaf et la Caf. Le communiqué mentionne aussi des “flux financiers considérables” liés à une activité de couverture non déclarée, sans détailler publiquement toutes les méthodes.
Crédit : Skymorpher / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
Quatre interpellations, des saisies, et une audience déjà programmée
L’enquête finit par déboucher sur une opération d’interpellation au début février 2026. D’après La Dépêche du Midi, les quatre membres de la famille sont arrêtés le lundi 9 février, lors d’une intervention mobilisant une cinquantaine de gendarmes, à Roquebrune-sur-Argens (Var) et à Montfermeil (Seine-Saint-Denis). Les saisies annoncées donnent une idée de l’ampleur supposée du dossier.
La Dépêche du Midi mentionne notamment des biens immobiliers évalués à plus de 600 000 euros, environ 170 000 euros d’objets de luxe, 67 000 euros sur des comptes bancaires et 13 000 euros en espèces. De son côté, la communication de la Gendarmerie nationale autour de l’affaire évoque également plusieurs véhicules saisis, ainsi que des produits de luxe. Ces éléments, même s’ils restent à confirmer dans le cadre judiciaire, illustrent la logique des enquêtes patrimoniales. Quant à la suite, elle est déjà écrite : les prévenus devront comparaître le 27 octobre prochain devant le tribunal correctionnel de Draguignan pour répondre de cette escroquerie à la Caf.
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Fraude sociale, travail dissimulé, blanchiment : ce que recouvrent les accusations
Dans ce dossier, plusieurs infractions sont citées : travail dissimulé, blanchiment aggravé et abus de biens sociaux, auxquelles s’ajoute la fraude à la Caf. Le travail dissimulé renvoie, de manière générale, au fait de ne pas déclarer une activité, des salariés ou des revenus. Cela peut priver l’Urssaf de cotisations et fausser l’accès à certaines prestations, puisque l’éligibilité dépend souvent des ressources déclarées.
Dans l’affaire révélée par la Ferrari, l’enjeu est précisément là : afficher une situation de précarité tout en menant une vie très confortable. Le blanchiment, lui, consiste à donner une apparence légale à des fonds issus d’activités illicites. Quand une enquête parle de “flux financiers considérables”, elle cherche généralement à comprendre comment l’argent circule et comment il est transformé en biens durables : immobilier, voitures, objets de luxe. C’est aussi pour cela que les saisies sont centrales : elles permettent de “geler” des actifs en attendant que la justice tranche.
Pourquoi un excès de vitesse peut faire tomber un montage entier
Il y a, dans cette histoire, une mécanique presque classique : un événement visible, spectaculaire, met en lumière un angle mort. Sur l’autoroute, la Ferrari attire l’attention parce qu’elle est rapide, chère, et impossible à “invisibiliser”. Contrairement à des mouvements d’argent dématérialisés, elle se voit, se mesure, se saisit. Ce qui a fait basculer l’affaire, ce n’est pas seulement la vitesse. C’est l’incohérence entre l’image renvoyée au moment du contrôle et les indices matériels autour du conducteur.
TF1 Info rappelle d’ailleurs ce point dans une séquence où les enquêteurs décrivent un train de vie “pas raccord” avec les déclarations et la situation annoncée. Dans la pratique, une fois le soupçon installé, l’enquête devient collective. Les gendarmes travaillent avec le parquet, et des recoupements peuvent s’effectuer avec les organismes concernés : Caf, Urssaf, services fiscaux. Quand plusieurs administrations sont potentiellement victimes, le dossier prend vite de l’ampleur, parce que chaque “case” administrative ouvre une piste : revenus, cotisations, aides, patrimoine.
Crédit : Gzen92, CC BY-SA 4.0
Un train de vie suspect
L’affaire a tout d’un récit choc, parce qu’elle commence par un chiffre sur un radar et finit avec un préjudice estimé à 1,8 million d’euros. Pourtant, ce qui se joue réellement est moins spectaculaire qu’une pointe à 247 km/h : c’est la mécanique d’un contrôle, puis d’une enquête longue, qui s’attaque à l’écart entre déclarations et réalité. Au tribunal correctionnel de Draguignan, en octobre, les juges devront trancher sur le fond. Si les accusations sont confirmées, cette histoire restera comme l’exemple d’un train de vie trop voyant pour rester longtemps sous le radar.
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