À 86 ans, cet agriculteur refuse 13 millions d’euros pour ne pas voir ses champs finir en datacenter d’IA

En Pennsylvanie, un promoteur a frappé à la porte de Mervin Raudabaugh avec une offre à huit chiffres. L’agriculteur de 86 ans aurait pu empocher une fortune sans lever le petit doigt. Mais sa réponse a surpris tout le monde, et la raison qu’il donne en dit long sur ce que l’intelligence artificielle est prête à sacrifier.
Une offre à 13 millions d’euros pour transformer des champs en serveurs
Le promoteur voulait convertir une centaine d’hectares appartenant à Mervin Raudabaugh en centre de données géant. Ces installations font tourner le cloud, le streaming et les jeux en ligne, du gaming sur PS5 aux prompts envoyés à ChatGPT.
La proposition atteignait 15 millions de dollars, soit environ 14 millions d’euros. Une somme colossale pour deux fermes, de quoi changer une vie en une signature.
Mais un datacenter n’est pas un simple bâtiment : il engloutit électricité et eau en quantités massives pour refroidir ses serveurs. L’Agence internationale de l’énergie évalue leur consommation à 560 milliards de litres d’eau en 2023 dans le monde. Un chiffre qui rappelle d’autres excès énergétiques, comme ce nouveau tarif testé par EDF pour absorber les pics de demande.
Pourquoi ce fermier a préféré un chèque dix fois moins élevé
Au lieu de vendre ses terres, Mervin Raudabaugh a cédé uniquement les droits de développement, pour environ 1,9 million de dollars (1,7 million d’euros), à un fonds de préservation agricole. Le contrat interdit désormais toute construction sur ses champs, à perpétuité.
« Je ne voulais tout simplement pas que mes deux fermes soient détruites. Économiquement, je n’ai pas fait un grand sacrifice », a confié l’octogénaire à PennLive. Une phrase simple, mais qui pèse lourd face à une offre presque dix fois supérieure.
Son voisin Jeff Austin, propriétaire d’un golf visé par le même projet, a lui aussi refusé. Ce refus collectif interroge sur l’équilibre entre progrès technologique et préservation des terres, un débat qui rappelle d’autres tensions locales, comme ces agriculteurs des Vosges en colère face à des installations qu’ils jugent illégitimes.

D’autres fermiers américains ont dit non à des sommes bien plus folles
L’appétit numérique mondial ne cesse de croître, et avec lui la pression sur les terres agricoles. Selon Hines Research, la montée des datacenters d’IA nécessiterait 16 000 hectares supplémentaires raccordés au réseau, doublant la surface actuelle occupée aux États-Unis.
Mervin Raudabaugh n’est pas un cas isolé. Au Kentucky, Ida Huddleston a refusé 33 millions de dollars, plus de 30 millions d’euros, pour une ferme destinée à un méga-datacenter. Dans le Wisconsin, l’exploitant Timothy Grosser a décliné une offre allant jusqu’à 80 millions de dollars, soit près de 73 millions d’euros.
Selon Ars Technica, cité par Clubic, ces refus se multiplient alors que faillites agricoles et spéculation foncière s’envolent, compliquant l’installation des jeunes exploitants. En France, Science et Vie signale déjà des projets de datacenters en Essonne et en Alsace, loin d’être anecdotiques.
Même OpenAI ferait face à un manque de puissance de calcul, preuve que la course ne fait que commencer. Jusqu’où faudra-t-il artificialiser les campagnes pour continuer à streamer, jouer en ligne et générer des images en quelques secondes ?
Mervin Raudabaugh a préféré la terre à l’argent, et son geste résonne bien au-delà de la Pennsylvanie. La question reste ouverte : combien d’autres agriculteurs devront choisir entre leur héritage et le cloud qui fait tourner nos écrans ?