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250 milliards : le nombre de mails envoyés chaque jour — et le pourcentage que personne ne lit est vertigineux

Publié par Ambre Détoit le 25 Juin 2026 à 8:01

Tu as probablement reçu une dizaine de mails depuis ce matin. Peut-être vingt. Peut-être que tu n’en as ouvert aucun. Et tu n’es pas seul : chaque jour, l’humanité envoie environ 250 milliards d’e-mails. Un chiffre tellement énorme qu’il est difficile de se le représenter. Mais le plus fou, c’est ce qui arrive — ou plutôt ce qui n’arrive pas — à l’écrasante majorité d’entre eux.

Personne submergée par des milliers de mails non lus

250 milliards par jour : un chiffre qui dépasse l’imagination

Selon les données du groupe Radicati et de Statista, environ 250 milliards de mails transitent chaque jour à travers les serveurs de la planète. C’est plus de 2,8 millions de mails envoyés chaque seconde. Le temps que tu lises cette phrase, plus de 8 millions de messages viennent de traverser le globe.

Pour donner un ordre d’idée, si chaque mail était une lettre papier, la pile quotidienne atteindrait une hauteur de 25 millions de kilomètres. Soit 65 fois la distance Terre-Lune. Et cette pile se reconstitue intégralement le lendemain.

En un an, l’humanité envoie donc plus de 90 000 milliards de mails. C’est plus que le nombre d’étoiles estimées dans la Voie lactée. Et le chiffre grimpe d’environ 4 % par an, sans donner le moindre signe de ralentissement.

Mais le vrai scandale se cache dans un pourcentage que les hébergeurs préfèrent ne pas trop mettre en avant.

Le pourcentage qui donne le vertige

Sur ces 250 milliards de mails quotidiens, environ 45 % sont du spam pur et dur. Des publicités non sollicitées, des arnaques, des tentatives de phishing. Cela représente plus de 112 milliards de messages indésirables chaque jour, selon les rapports de Cisco Talos.

Salle de serveurs avec technicien entre les rangées

Mais même parmi les mails « légitimes », la situation n’est pas brillante. Le taux d’ouverture moyen d’un mail marketing tourne autour de 21 %, selon les études de Mailchimp. Ce qui signifie que près de 8 mails commerciaux sur 10 ne sont jamais lus.

Additionne le spam et les mails ignorés, et tu arrives à un constat sidérant : environ 85 % des mails envoyés chaque jour ne seront jamais lus par un être humain. Soit plus de 210 milliards de messages quotidiens qui naissent, voyagent à travers des câbles sous-marins, rebondissent entre des serveurs… pour finir dans le néant.

Et ce voyage invisible a un coût bien réel que personne ne soupçonne.

L’empreinte carbone d’un message que tu n’as pas demandé

Chaque mail produit du CO2. Un mail classique sans pièce jointe génère environ 4 grammes de CO2, selon une étude de l’ADEME reprise par Mike Berners-Lee, chercheur à l’université de Lancaster. Avec une pièce jointe, on monte à 35 grammes.

Multiplie 4 grammes par 250 milliards, et tu obtiens environ 1 million de tonnes de CO2 par jour. Sur un an, les mails mondiaux émettent autant de gaz à effet de serre que certains petits pays industrialisés. Et le spam à lui seul représente l’équivalent énergétique de 3 millions de voitures roulant en permanence.

L’ironie, c’est que l’essentiel de cette énergie est dépensée pour des messages que personne n’a jamais voulu recevoir. Les géants de la tech investissent des milliards dans des centres de données refroidis à l’eau glacée, en partie pour stocker des mails qui ne seront jamais ouverts.

Mais avant de culpabiliser, il faut comprendre d’où vient cette avalanche numérique.

Qui envoie réellement tous ces mails ?

Le premier émetteur de mails au monde n’est pas un être humain. Ce sont des machines. Les systèmes automatisés — notifications, confirmations de commande, alertes, newsletters — représentent plus de 70 % du trafic mail légitime. Ton téléphone reçoit des dizaines de mails automatiques chaque jour sans que tu aies rien demandé à personne.

En France, chaque salarié reçoit en moyenne 88 mails par jour, selon une étude du cabinet Radicati. Et il en envoie 34. Sur une journée de travail de 8 heures, cela revient à traiter un mail toutes les 5 minutes. Sans compter les mails personnels.

Le pays le plus gros émetteur de spam ? Les États-Unis, responsables à eux seuls d’environ 24 % du volume mondial. La Chine suit avec 20 %, puis la Russie avec 7 %. À titre de comparaison, la France se situe autour de 1,5 %, ce qui représente tout de même plusieurs milliards de spams par an envoyés depuis des serveurs français.

Et l’histoire du mail elle-même réserve quelques surprises que peu de gens connaissent.

Le tout premier mail de l’histoire disait… rien

Le premier e-mail a été envoyé en 1971 par Ray Tomlinson, un ingénieur américain. Il l’a envoyé à lui-même, d’un ordinateur à un autre situé juste à côté. Et le contenu ? Tomlinson a avoué plus tard qu’il ne s’en souvenait pas. Probablement quelque chose comme « QWERTYUIOP » — un test clavier.

C’est aussi Tomlinson qui a choisi le symbole @ pour séparer le nom de l’utilisateur du nom de la machine. Un choix fait en quelques secondes, parce que l’arobase « ne servait à rien d’autre » à l’époque. Ce symbole anodin est aujourd’hui tapé des milliards de fois par jour.

En 1978, Gary Thuerk, commercial chez Digital Equipment Corporation, a envoyé le tout premier spam de l’histoire : un mail promotionnel à 393 utilisateurs d’ARPANET. Il a reçu des plaintes immédiates. Mais il a aussi généré 13 millions de dollars de ventes. Le spam était né, et il ne s’est jamais arrêté.

Près de 50 ans plus tard, le monstre qu’il a créé envoie 112 milliards de copies de lui-même chaque jour. Mais un dernier chiffre devrait te faire réfléchir avant d’ouvrir ta boîte de réception.

Ta boîte mail pèse plus lourd que tu ne crois

Un compte Gmail moyen stocke entre 2 et 5 Go de données. Ça paraît léger. Mais multiplié par les 1,8 milliard d’utilisateurs Gmail dans le monde, on arrive à plusieurs exaoctets de données — soit l’équivalent de centaines de millions de disques durs physiques, stockés dans des centres de données qui consomment autant d’électricité qu’une ville de taille moyenne.

Google a révélé que ses centres de données consomment environ 18,3 térawattheures par an. Une part significative de cette énergie sert à maintenir accessibles des mails que leurs propriétaires n’ouvriront plus jamais. Chaque vieux mail oublié dans ta boîte continue de consommer de l’énergie, année après année.

Le simple fait de supprimer 50 mails inutiles revient à éteindre une ampoule pendant 24 heures. Si chaque utilisateur de messagerie dans le monde supprimait 10 vieux mails aujourd’hui, l’économie d’énergie équivaudrait à la consommation électrique annuelle d’une ville de 30 000 habitants.

Alors la prochaine fois que tu verras « 1 247 non lus » en haut de ton écran, dis-toi que tu n’es pas bordélique. Tu participes simplement au plus grand gaspillage silencieux de l’histoire numérique — et tu n’es définitivement pas le seul.

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